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 Oh, ça va pas fort, fort en ce moment… Je m’interroge sur la vacuité de la vie, enfin, la mienne en particulier. Sur sa cruauté aussi et là je parle de la vie en général, j’ai même pas l’impression d’être la plus mal lotie, ça fait froid dans le dos. Je vis grâce à la certitude que la vie peut être belle mais que je ne le vois pas encore. Que l’organe qui s’occupe de ressentir le bonheur et l’envie de vivre en moi peut être soigné. Qu’il va se passer quelque chose qui va donner du sens à tout ça. J’ai peut-être pas d’ardeur à vivre mais j’en ai à trouver des raisons d’en avoir. Le problème c’est que les raisons que je trouve ne font souvent pas partie de ce monde.

 

Par exemple, une de mes raisons préférées, c’est la beauté du monde, l’odeur du matin et la couleur de la nuit (c’est une seule raison tout ça). Sauf que je suis écologiste aussi et ça fait longtemps que je sais que le monde pourrait être encore plus beau si seulement je n’étais pas là. Ça fait des nœuds dans mon self-estime de savoir que l’humanité dégrade son environnement, que je chéris tant.

Un autre exemple, avec une autre de mes raisons préférées : le sexe et l’amour (une seule raison tout ça encore), c’est vraiment ce que je préfère après la saveur de l’univers. Dans l’idée. Dans les faits je chiale ma race bordel, je n’ai même plus de catégorie « sexe » sur ce blog et rien n’est plus clivé en moi. Ça fait des nœuds dans mon self-estime de savoir que les hommes violent, battent et tuent les femmes et que la misogynie est la cause la plus pesante de ma dépression personnelle.

Je pourrais continuer en disant que j’adore bouffer mais que je suis anorexique, que je suis maman mais « seulement 40% du temps » (mon ex-mari aime le calcul) et que je vis dans la maison de mes rêves c’est-à-dire loin de tout… Oops, I did it again.

Bon, je marronne un peu comme ça ensuite je me dis arrête de marronner ok, recentre-toi, prêchi-précha et tout, je prends un psy, je fais du yoga et de la muscu, je tâche de ne pas me saboter sur des trucs indispensables, pragmatiques et pour tout dire administratifs, d’avoir un genre de vie sociale et d’activité professionnelle, mais j’y arrive pas. C’est comme si je n’avais jamais la moindre idée de ce que je dois faire ensuite. Je navigue à vue, au jour le jour. Je l’ai pas choisi, je crois pas. À un moment, dans ma vie d’avant, je vivais pas comme un oiseau du tout, j’avais fait des études, réussi mon concours, choper le CDI et le mec de ma life, je payais un crédit et tout. Rétrospectivement, je me dis que j’ai eu grandement raison d’adapter ma vie à celle d’un oiseau, de quitter mon mari, de devenir indépendante, de restreindre mon train de vie, bref, de me mettre en phase avec mes convictions. C’est vrai que j’ai choisi de le faire quelque part, mais ça a été contrainte et forcée, et pas par mes convictions mais par ma santé. J’ai compris que j’étais dans l’erreur parce que je perdais mes cheveux et que j’avais le cancer, que j’étais épuisée, que je ne m’y retrouvais pas du tout. Alors, là, j’ai choisi de vivre plus doucement, d’assumer que je ne sois pas faite pour ce monde de brute et je me suis cherchée un coin au calme. J’y suis. Plus déprimée que jamais. Je vais pas pouvoir sauver le monde de sa brutalité, de sa (pas si) lente dégradation et je ne sais pas ce que c’est que l’amour.

 

Grosse marrade.

 

Tu me connais, je prétends résoudre l’énigme par la force de ma pensée. Ça occupe les ¾ de mon temps depuis trois ans. C’est pour ça que je suis anorexique, c’est aussi une adaptation : penser ne requiert pas de peser plus de 36 kilos, vous saurez. C’est un peu con, j’en conviens, parce que mes pensées sont loin d’être le plus bel endroit sur terre, tu vois, ou alors dans le style de Moruroa. Imagine, le seul endroit où tu te sens bien, c’est Moruroa. Non mé je.

Comme je ne vois rien venir, j’essaie de comprendre ce qui s’est passé, je cherche ce qui coince. Depuis quand je suis à côté de mes pompes en fait ? Alors j’ai ouvert mes archives ces dernières semaines/mois. C’est-à-dire 21 ans de journaux intimes, 28 ans de correspondance avec mes proches et 14 années de blog, j’ai tout dépouillé, je viens de finir.

C’est pas glorieux. Le plus dur à assumer c’est ma naïveté : avec quelle allégresse j’ai piétiné ma liberté ! C’est absolument insupportable de me relire en train de parler d’amour quand j’avais 20 ans. Un supplice. Sans rire, j’ai écrit un poème pour un gars que je n’aimais pas, qui ne m’aimait pas, au contact de qui je me suis fait beaucoup de mal, qui s’appelait « Alexandre le Grand » et qui disait :

 

ALEXANDRE LE GRAND

Imaginez un astre,

Plein, brillant tiède.

Et beau.

Si beau qu'il ne pourrait souffrir

Aucun Dieu au-dessus de lui.

Il est divin

Et Dieu, c'est lui.

Comme tout Dieu qui se respecte,

Cet astre tiède vous transperce

À chaque instant de son existence.

Si vous croisez sa route,

La vôtre tendra vers elle.

Il existe et vous

Ne pouvez pas

Existez sans lui, car vous

Vivez en lui, dans ce monde qu'il

A créé.

 

Et cætera, c’est très pénible à lire. C’est l’un de mes tous premiers articles de blog. Je viens de là, tu vois. J’ai retrouvé tous mes morceaux de bravoure (…) grâce à un outil un peu miraculeux, qui s’appelle la Wayback Machine. J’ai tenu une poignée de blogs nommés Volubilis, qui ont tous servi de réceptacles à mes errances sentimentales, puis à recevoir le contenu des précédents blogs que j’avais dû mettre hors circulation pour diverses raisons. À chaque fois, d’un blog à un autre, je passais mes articles à la purge. De fil en aiguilles, en changeant de plate-forme, de blog, d’ordi, de lieu de vie, j’ai perdu ces archives. La Wayback Machine est la seule chose que je connaisse qui permette d’y avoir à nouveau accès, au moins partiellement. Si je lui donne à mouliner les adresses de mes blogs aujourd’hui effacés, elle me livre toutes les screenshots qu’elle a eu l’occasion de faire. Ils ont tous été scannés.

Après Alexandre le Grand et le blog sur Jubiiblog, cette plateforme a fermé et je me suis retrouvée sur Hautetfort en même temps que je me mettais en couple avec Graindorge. De là, je ne sais pas ce qui m’a pris au juste mais je me suis acheté un nom de domaine sur Erog, un coin coquin de ma plate-forme, volubilis.me. Je l’ai abandonné lors de ma séparation avec Graindorge, pour la plate-forme Blogger, ici présente, que je trouvais plus cool.

Je retrouve donc les odes, que dis-je, les panégyriques, les apologies, les dithyrambes que j’ai écrits pour mes bonhommes, sous les applaudissements de ces messieurs, cette petite horde de lecteurs qui me lustraient le poil sans relâche. J’étais si bonne ! Je distribuais les nudes, je suçais virtuellement des kilomètres de queue en me vantant d’être la chose enamourée de mon mari. Je scrutais avec angoisses la disparition de mes vergetures post-grossesse en me qualifiant moi-même de femme-tronc et je me demandais, sérieusement, si mon mari ne souffrait pas de somnambulisme sexuel parce que (je pensais que) je pouvais le faire éjaculer dans ma bouche sans qu’il se réveille. Ah ah. Ça me fait souffrir de voir que j’ai été ce pantin. Ça me fait du bien de savoir que j’en suis sortie, mais je ne sais pas où je me trouve maintenant.

 

Je ne vais pas remettre ces articles en ligne, les lire est assez cuisant comme ça, ça suffit à faire sens aussi, à matérialiser le chemin que j’ai parcouru. Je peux me dire « tiens, je ne suce plus symboliquement tout ce qui bouge », marrant, ou encore « je n’ai plus la même opinion sur la grossesse et la maternité », « je n’ai plus besoin de vivre avec un homme », des trucs comme ça. J’étais une personne et une femme extrêmement soumise, qui se serait damnée pour être ultra-normale, la belle idée hein ? C’est un peu effrayant parce que la lucidité d’aujourd’hui (c’est un peu facile d’être prétentieuse avec du recul) invalide complètement les réflexions d’hier. Je veux dire qu’en 2008, j’étais persuadée d’être dans le vrai, critique et intelligente etc. Vaut mieux en rire.

Mais j’en ai exhumé d’autre, qu’il me plait de remettre en ligne parce qu’ils ont été les jalons de cette progression. Ils sont là les morceaux de bravoure. Cela ne fait que quelques dizaines d’articles repêchés parmi les centaines que j’ai écrits au fil des années. Et si des lecteurices peu attentif·ves se méprennent parce qu’ils n’ont pas bien regardé la date (j’ai antidaté bien sûr), je ne vois pas bien ce que je peux y faire.

Quelque part, je suis presque certaine que je n’ai pas arrêté de m’améliorer, ça s’est fait par crises successives. Par de longues phases de colère, un peu latente comme aujourd’hui, ou carrément explosive, comme au cours des mois qui ont précédé notre divorce, et où j’ai signé une belle série en mode Kill Bill qui restent mes articles préférés :

 

Mais ta gueule, putain, ta gueule !

"Il faut passer ce pont, caporal !"

Où est-ce que j’ai mis mon flingue ?

 

Voilà, si tu t’ennuies, tu peux fouiller les archives, elles se trouvent tout en haut à gauche de la bannière d’accueil (« Archives et catégories ») et tu peux trainer sur les fantômes de mes blogs via les liens de la WayBack Machine donnés plus haut (ambiance rétro) (et très rose) pour une petite plongée en enfer.

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