dimanche 25 mai 2014

Ecoute, petit Homme !




En 1945, 
Wilhelm Reich décrivait un monde fait d’hommes qui tuent leurs frères et violent leurs sœurs, de « gouvernements démocratiques » qui se complaisent au commerce avec des brutes de la pire espèce, un monde sans moralité, pour lequel la nature n’est qu’une matière première, en même temps qu’on y hisse des dieux sanguinaires. Le monde dans lequel tu vis lecteur.


L’auteur soutient cette pensée amère : petit homme, si seulement tu refusais véritablement, en ton âme et conscience, de servir le meurtre et la destruction, le monde ne serait pas comme il est.





ECOUTE, PETIT HOMME !
par Wilhelm Reich


Ils t'appellent "petit homme", "homme moyen", "homme commun" ; ils annoncent qu'une ère  nouvelle s'est levée, "l'ère de l'homme moyen". Cela, ce n'est pas toi qui le dis, petit homme ! Ce sont eux qui le disent, les vice-présidents des grandes nations, les leaders ouvriers ayant fait carrière, les fils repentis des bourgeois, les hommes d'état et les philosophes. Ils te donnent ton avenir mais ne se soucient pas de ton passé. Tu es l'héritier d'un passé horrible. Ton héritage est un diamant incandescent entre tes mains. C'est moi qui te le dis ! 
 Tu t'en remets au puissant pour qu'il exerce son autorité sur le "petit homme". Mais tu ne dis rien. Tu confies aux puissants ou aux impuissants animés des pires intentions le pouvoir de parler en ton nom. Et trop tard tu t'aperçois qu'une fois de plus on t'a trompé.
Le grand homme sait quand et en quoi il est un petit homme. Le petit homme ignore qu'il est petit et il a peur d'en prendre conscience. Il dissimule sa petitesse et son étroitesse d'esprit derrière des rêves de force et de grandeur, derrière la force et la grandeur d'autres hommes. Il est fier des grands chefs de guerre, mais il n'est pas fier de lui. Il admire la pensée qu'il n'a pas conçue, au lieu d'admirer celle qu'il a conçue. Il croit d'autant plus aux choses qu'il ne les comprend pas, et il ne croit pas à la justesse des idées dont il saisit facilement le sens. 
le grand homme se distingue en ceci de toi qu'il ne considère pas comme le but suprême de la vie d'amasser de l'argent, de marier ses filles à des hommes d'un haut rang social, de faire carrière dans la politique ou d'obtenir des titres universitaires. 
Tu te permets, petit homme, aveuglé par ta dégénérescence incommensurable, d'appeler "anormal" un homme franc et simple, parce que tu te prends pour le prototype de l'homme normal, pour l' "Homo normalis". Tu lui appliques les critères de tes misérables "normes" et tu conclus qu'il en dévie. 
Il aimerait savoir ce qui te pousse à faire certaines choses, à mentir quand il faudrait dire la vérité, à persécuter toujours la vérité et non le mensonge. Tu es toujours du côté des persécuteurs, petit homme ! Le grand homme devrait, s'il avait l'intention de gagner ton amitié inutile, descendre à ton niveau, parler comme tu parles, se parer de tes vertus. Mais s'il avait tes vertus, ton langage et ton amitié, il cesserait d'être grand et simple. La preuve ? Les personnes qui parlent comme tu voudrais qu'elles parlent n'ont jamais été vraiment grandes. 
Tu dévores ton bonheur ! Tu n'as jamais connu le bonheur en toute liberté. C'est pourquoi tu dévores goulûment ton bonheur sans prendre soin de le sauvegarder. On t'empêche d'apprendre comment on préserve son bonheur, comment on le soigne, comme le jardinier soigne les fleurs, le paysan la moisson. Les grands chercheurs, les grands poètes, les grands sages t'ont fui, parce qu'ils tenaient à conserver leur bonheur. Près de toi, petit homme, il est facile de dévorer son bonheur mais difficile de le préserver.
Chacune de ces défaillances révèle la grande misère de l'animal humain. Tu dis : "Pourquoi prendre tout ça au tragique ? Est-ce que tu te sens responsable de tous ces maux ?" En parlant ainsi, tu te condamnes toi-même. Si tu assumais seulement une fraction de la responsabilité qui t'incombe, le monde ne serait pas ce qu'il est, et tu ne tuerais pas tes grands amis par tes petites bassesses.
Tu n'as pas le courage de penser, petit homme, parce que toute pensée réelle s'accompagne de sensations somatiques et que tu as peur de ton corps. Beaucoup de grands hommes t'ont dit : Retourne à tes origines, écoute la voix qui parle au fond de toi-même, suis tes sensations authentiques, aime l'amour ! Mais tu fais la sourde oreille, parce que tu ne peux plus percevoir de tels appels : ils se perdent dans le désert et ceux qui les lancent dans le désert périssent dans les étendues arides, petit homme.
Tu es d'avis que la fin justifie les moyens, même des moyens les plus infâmes. Tu as tort : la fin est contenue dans la route qui y mène. Chacun de tes pas d'aujourd'hui est ta vie de demain. Aucun grand objectif ne saurait être atteint par des moyens immoraux. 
Tu te tiens sur la tête et tu t'imagines que tu avances en dansant vers le royaume de la liberté. Tu te réveilleras de ce rêve trop haut, petit homme, et tu te retrouveras impuissant, étendu à même le sol.

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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...