samedi 14 octobre 2017

Match Point / Jour 2




Personnellement, je me relis, je fais une crise d’apoplexie à chaque fois. Comment le début de notre relation a-t-elle pu être si catastrophique ?? Physiquement et psychologiquement, j'étais pas préparée, ça a été un choc énorme de partager à nouveau le lit et les journées de quelqu’un.


T’es paumé.e ?



Jour 2 (le jour le plus long aussi du coup)

Quand je renonce à dormir et que je me lève aux alentours de 8 heures - tout le monde dort - j’ai un casque en plomb sur les oreilles, le cœur qui bat n’importe comment et les jambes un peu molles. Je trouve moyen de prendre ma voiture et de ramener autant de croissants que le contenu de mon porte-monnaie le permet (quinze). Je prépare un café, je lis un journal qui traîne, je mange. Les gen.te.s se lèvent les un.e.s après les autres, un peu flou.e.s, on a toustes une haleine et une coupe de cheveux de poney, ça renverse du café sur le bar à cause des micro-tasses de café que les croissants rentrent pas dedans ; convivial. À 11 heures, Johnny Boy apparaît, en panique : la meuf qui était dans son lit hier soir n’y est plus ! Quand ses deux yeux font le point, il me voit.

Ça faisait un moment que je n’avais pas été regardée comme ça. Psychologiquement, ça m’inonde de plaisir. Je suis carrément d’attaque pour lui vendre le bon dieu.

Une heure plus tard (café, pétard), j’ai chaussé la Micra et je le suis par les petites routes qui mènent chez lui… En chemin : Ben Harper.


J’ai le ventre qui papillonne et les pieds qui fourmillent, c’est génial ; mais c’est facile. Aller chez lui, pénétrer son intimité et me retrouver en terrain inconnu, ça a été la barrière la plus facile à lever.

Il vit dans un lieu agréable, un peu bordélique mais sans odeur suspecte. Il y fait chaud, le lit est grand et il y a plein de trucs à grignoter dans les placards (j’ai juste pas le droit de grignoter dans le lit). Je m’acclimate assez bien. On traîne en écoutant de la musique et en regardant des bêtises (les Têtes à Claques, d'où vient le surnom de Johnny Boy... ou Zap de Spion, probablement la preuve la plus éclatante de la non-supériorité du sexe masculin).




Mais après, ça devient chouïa moins fluide. Le pire ça a été les poils, le sang et la sueur.

J’ai fait la maline pendant 2 années sans mec et sans m’épiler, mais dès qu’il y a eu de la bite hors de son caleçon, je les ai plus assumés mes poils, c’est ça la vérité. Je suis rentrée dans le rang : tous les deux mois à peu près je discipline mon corps pour ne pas pousser à la confrontation. Les poils, c’est carrément hyper trop polémique, au secours. Marre de négocier, à peu près autant que de m’épiler. Alors je suis d’accord avec moi qu’à la moitié du temps. Or, ce jour-là, c’est un jour sans discipline corporelle aucune. C’est-à-dire avec poils. J’étais à moitié malade, le seul truc gênant que j’ai pas fait, c’est vomir. J’étais éreintée par cette nuit sans sommeil. Je me sentais terriblement sale, maigre, diminuée et complexée. J’ai buté.


Fairy Tales for Adults - Artus Scheiner

J’ai mis un temps monstre, à peu près trois heures, pour enlever le haut, puis le bas, puis être nue et enfin sortir de sous les couettes complètement et visiblement toute nue. Franchement, c’était quasi-traumatique. Je me suis mise à perler de cette sueur qui porte le stress et la peur, c’est devenu cauchemardesque. Prendre ma douche signifiait me mettre nue devant lui (la salle de bain sans porte et la douche - vitrée - en face du lit) mais je ne pouvais plus y couper.

Artus Scheiner
Avec le recul, je comprends qu’en fait, c’était le choc de devoir à nouveau partager mon intimité avec quelqu’un après ces mois de célibat, intimité qui était alors un peu encombrante - j’étais fébrile. En vrai, je lui ai carrément plu, même avec mes poils, et même si les poils c’est pas son truc (running gag du week-end).

Une fois que cette barrière a été levée assez haut, j’ai pu accéder à son intimité à lui et c’est devenu plus facile. J’ai voulu caresser de la peau nue et prendre son sexe dans mes mains, fourrager du poil, sentir ses aisselles, mater son cul, l’embrasser et baiser avec lui.

Aujourd’hui, il me dit qu’il n’avait pas remarqué les différents états d’esprit diversement remuants par lesquels j’étais passée pendant ces trois jours. J’ai bu toute seule ma honte et mon stress ; et puis c’est passé.

C’est comme ça que j’ai fait l’amour avec Johnny Boy pour la première fois.

On se paluchait depuis des heures, on en avait foutrement envie. On a réglé la question de la contraception et de la prophylaxie : capote obligatoire. Là aussi je sens comme de la déception (et peut-être même de la crainte vu que je lui ai parlé de ma santé sexuelle), et je le comprends, parce que je suis moi-même aujourd’hui incapable de baiser avec la légèreté d’antan et que tout comme lui, la capote m’indispose. C’est toujours une conversation délicate à avoir, mais à avoir absolument. C’est la première chose que je dis à un partenaire sexuel potentiel depuis que je ne prends plus la pilule (donc depuis seize ans) : je ne prends pas la pilule. Ensuite je lui cause HPV. Eh bien, je te jure, ça fait le tri. Ça prend 10 minutes, pas plus, mais après il est évident pour tout le monde que c’est capote ce soir.

Mariel Clayton
Il bandait encore après ça, c’était cool. J’ai réalisé que toutes les conditions étaient réunies pour que ça ait sereinement lieu. Hosanna, je me suis détendue. Lui, il était complètement à l’aise dans son corps, c’était réjouissant de le voir se trimballer nu à peu près toute la journée. Il est trop sensuel ce gars, je me dis j’le veux ! j’le veux ! quand je le vois. C’est tout tendre, musclé, plein et tendu. J’ai envie de mordre et de sucer.

On se trouve au-delà de la fatigue, à ce moment-là ; j’en garde un souvenir impérissable pourtant ça n’a pas particulièrement fait d’étincelles. Il bande mou de temps en temps et moi je peine à jouir. Ça devait ressembler à une baise fatiguée, regardé de l’extérieur. Une baise charentaise, sans cabrioles, qu’avec les trucs qui marchent, sans trop bouger. Une baise charentaise avec un mec que je ne connais qu’à peine, ça promet de chouettes réjouissances une fois qu’on ne sera plus fatigués ! L’alchimie se fait tout de suite, ce confort, cette familiarité immédiate. Il partage mes mœurs, j’aime comme il me touche, comme il me prend et comme il se lâche.

En tout cas, on finit heureux et contente. On s’est câlinés encore un moment à l’horizontale, devant la parodie à base de rats musqués géants la plus affreusement romantique de tous les temps : Princess Bride. Johnny Boy est un être qui a repoussé les limites de l’humour, c’était encore plus drôle de le regarder avec lui (alors que je l’ai déjà vu 766 534 fois).

  

Pendant les pubs, on est restés dans le ton : on a parlé de nos visions mutuelles de l’amour et plus précisément de notre relation à tous les deux. Il s’excuse quasiment des mots qu’il m’a dits la veille, il a peur de se lasser, on préfère tous les deux ne pas parler de couple, on se montre prudents tout en affirmant notre intérêt l’un pour l’autre. Tu comprends, on vient de faire l’amour, on se demande ce que ça implique. On se rassure mutuellement. C’est peut-être pas super romantique et même un peu étrange de se dire « je m’engage pas » quand on commence un truc, mais le contraire me ferait carrément fuir. Je trouve la distance pile-poil bien posée, parce que ça a permis à la tendresse de s'installer sans crainte. C’est sûr maintenant : je kiffe ce mec.



Et après ça, enfin, enfin, on a dormi.





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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...