mardi 28 janvier 2014

Cellules

J’appelais des renforts, il y a quelques mois, de toute mon âme. Un sursaut qui me sorte de là. Une énergie que je n’avais pas, qui me pousserait dans une direction que je n’arrivais pas à trouver.

J’ai le col de l’utérus qui a décidé de se faire hara kiri. Alors qu’il y a quelques semaines, j’étais juste porteuse d’une méchante bébête possiblement dangereuse, je sais aujourd’hui que j’ai passé ma dernière année, grosso modo, à me bidouiller un début de cancer utérin. Comme vous l’avez compris, le cancer du col est provoqué par l’attaque du virus HPV sur la muqueuse. La plupart des femmes passent entre les gouttes : la majorité d’entre nous en sont porteurs, mais nous évacuons le virus le plus souvent. Mais des fois, on ne sait pas pourquoi, ça part en quenouille, et pas juste « des fois », finalement, puisque c’est le premier cancer féminin. 20 et 30 ans seraient les âges les plus délicats… J’ai atteint le « grade 3 », celui où on ne se pose plus de questions : on taille.

Bref, mon corps est passé en mode Blitzkrieg, je ne fais pas la fière. Les premières réactions ont été violentes, tu me connais maintenant. J’ai beaucoup pleuré, j’ai crié très fort, au viol, au vol, à l’injustice. J’ai plongé dans un abîme de questionnements qui s’étend dans le temps, dans le noir du futur, dans l’horrible. J’ai eu peur de souffrir, j’ai eu peur de mourir, j’ai eu peur pour ma fille. J’ai refusé d’un bloc qu’on me mutile, tout en imaginant le pire si je ne m’y pliais pas. Je me suis plongée, sur les conseils de ma gynéco qui faisait de la rétention d’informations, dans des rapports médicaux et scientifiques sur le sujet, dont je ressortais hébétée d’effroi. Je me suis posé des questions sur mon couple, sur les relations que j’ai entretenues avec Graindorge, avec d’autres hommes, avec le sexe. Ma sexualité, qui s’est retrouvé annihilé en un souffle. Je me suis senti sale, contaminante, endolorie, mauvaise, fétide.

Enfin, un sale quart d’heure quoi.

Mais c’est passé.

La première chose à faire, c’est de ne pas rester seule. Et la première chose à ne pas faire, je l’ai senti très vite, c’est de rester triste. Ce qui est mort ne revivra pas. Mais le jardin est encore tellement grand et vivant tout autour ! Mine de rien, j’en ai planté des choses, dans ce jardin. Je sais faire des choses, je suis forte. Ma vie, elle est pas nulle ou fichue. Elle commence tout juste. Bon OK, j’ai eu des faux-départs, mais c’était déjà l’envie de participer, j’avais hâte !

L’idée d’urgence, qui me poussait au cul ces derniers mois, vient de se matérialiser. C’est pas une alerte, un appel à courir comme une dératée, c’est juste le signal que le train roule toujours. Il ne faut surtout pas qu’il avance sans moi.

Les décisions que j’ai prises ici, sont plus que jamais d’actualité. Et j’en prends d’ores et déjà d’autres, je veux vous rassurer, je me soigne et je prends les mesures qui s’imposent.

Ce que j’ignore, c’est le devenir de ce blog. Possible qu’il n’y survive pas. Quelque part, cette nouvelle, et ses suites, trouvent leur place ici, de manière légitime, honnête. Le tournant que prend ma relation à mon corps et à ma sexualité peut aussi apparaître comme très négatif, d’ailleurs je l’ai vraiment vécu comme une punition, au début. J’ai des problèmes avec la punition, de toute façon… Du coup, je me dis que c’est pas ça. Le Destin gningningnin, bof, aussi. Non, plutôt une conséquence logique. Genre une cause et son effet. Pas un truc honteux, bête peut-être, mais pas honteux. J’ai un problème avec la honte aussi…

Certes, j’ai péché. La multiplication des partenaires est un facteur de risques crucial… pour être porteur de HPV. En aucun cas pour développer une tumeur.

Pour ça, il faut des conditions propices à la dégénérescence des cellules, il faut qu’à un moment ou un autre, le corps cesse de se défendre. Peut-être une faiblesse immunitaire, mais aussi un environnement malsain. L’impression d’être une mauvaise soupe… Allons, allons, ça va pas la tête ? On parle de vivant, cette soupe vit. Même à mon stade (c’est-à-dire un stade encore précancéreux dans le sens où la maladie n’est pas générale, mais quand même le dernier stade avant ce moment-là) je garde 3 chances sur 10 de voir la maladie régresser d’elle-même. Je ne « compte » pas dessus, et en même temps, grave que si, parce que la chirurgie peut se révéler insuffisante, mais je dois garder à l’esprit que je ne suis pas tout à fait impuissante face à la situation. C’est ce que j’entendais par « je suis responsable de ce qui m’arrive ».

Evidemment que c’est ma faute, de qui d’autre ? mais franchement, y en a rien à foutre. Ce qui compte, c’est ce que je vais faire maintenant. Quand on parle de cancer, la notion d’hygiène de vie devient primordiale, parce que c’est une maladie qui s’installe, qui évolue, qui partage notre quotidien. Et là, le quotidien, le temps, le jour, il devient de l’or.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...