dimanche 7 octobre 2012

Cycles


Un thème qui m’est cher.

Le cycle est le principe même de la vie, du temps, de tout. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. C’est la seule chose qui puisse me consoler de mourir : je nourrirai des asticots, quoi qu’il advienne, et je deviendrai un caca d’asticot, un bout d’humus, un grumeau de terre, riche en sels minéraux pour activer les cycles de vie d’une plante poussée par là, elle me suera sous forme d’eau ou de CO2, je visiterai encore la terre ou enfin le ciel, et puis, si je continue bien sans me fatiguer cette fois, je deviendrai un bout d’étoile, c’est sûr.

En attendant, je cycle, encore et toujours. Synonymes, à utiliser sans modération au fil de ce post pour remplacer ce verbe qui n’existe pas : tourner, virer, faire des ronds, virevolter, danser, valser, pivoter, braquer, aller et venir, contourner, pirouetter, faire des tours sur soi-même, prendre la tangente, tourbillonner, évoluer, changer, circuler circulairement, repartir de zéro (je vous laisse allonger la liste).

Je vais passer sous silence mes errements matériels, je préfère parler d’hormones. J’ignore, et pourtant il serait bon de savoir, ce qu’il en est des hommes, mais les filles, attention, ça cycle tout le temps. Ça n’arrête pas de continuer de faire ce qu’elles ont à faire, point barre. Et quand il n’y en a plus, il y en a encore, c’est le principe. Je m’étale là, ça va encore faire des lignes et des lignes à vous arracher les yeux, hop, une photo.





La femme a tout un tas de cycles qui lui sont propres (mais un peu sales), elle cycle sur plusieurs tons, si vous voulez. Nous allons cesser de nous demander pourquoi la femme change tout le temps d’avis, pour se demander comment elle le fait.

Alors, là, attention, tout dépend jusqu’où on veut aller dans le fond des choses, le corps est un peu comme une image fractale, ça n’a point de fin vers l’infiniment infime. Donc, je ne vais pas vraiment vous parler d’hormones, juste un peu


Certains ouvrages présentent notre « appareillage reproductif » à travers trois cycles : le cycle ovarien (l’ovulation), le cycle utérin (les menstruations) et le cycle cervical (dont dépend la nature de notre humidité interne). C’est assez intéressant de le voir comme ça parce que bien sûr tout ça marche ensemble, mais pas toujours. Ce qui est une autre chose importante à savoir sur la femme : il est normal qu’elle sorte de sa marche normale.

Appareil reproductif de la femme (1)


Je vous présente mes ovaires : deux petites boules un peu plates, grosses comme une amande, qui flottent avec allégresse au bout de mes trompes. S’y trouvent plus de 300 000 ovocytes, chacun de ses ovocytes baignant dans un cocon de cellules folliculeuses, appelées follicules primordiaux, de 0,025 mm de diamètre. Je vous avais bien dit de chausser vos plus grosses lunettes !

Le cycle ovarien commence le premier jour des règles. C’est un moment où les bruits de couloirs sont à leur comble, les terribles rouages de l’administration féminine concassent plein tube : l’hypothalamus (une glande) charge la neuro-hormone LH-RH (pour Hormone Lutéinique et je sais pas quoi) de dire à l’adéno-hypophyse (encore une glande, ces deux-là se situant respectivement dans notre cerveau et à sa base) de charger la petite dose de FSH (pour Hormone de Stimulation Folliculaire) qui va bien pour  que les cellules folliculeuses d’un seul des deux ovaires autour d’un ovocyte en particulier se mettent à s’épaissir, mûrir, et faire des petites poches qui vont se remplir de liquide (folliculaire, of course). Le follicule gonfle, gonfle à la surface de l’ovaire. Le reste des cellules de l’ovaire se mettent à fournir de l’œstrogène au fur et à mesure que ça grossit. La dilatation est à son maximum après 14 jours, et le follicule mesure maintenant… 15 mm, la femme peut le sentir. On l’appelle follicule de De Graaf, à ce stade. Ça va péter dans 24 heures. Préparez-vous.

Le système hormonal féminin (2)

Pendant tout cette phase, appelée phase folliculaire, je suis « normale ». Bon, j’ai mes règles au début, pendant une petite semaine, ce qui ne me met pas vraiment en joie, mais paradoxalement ce ne sont pas forcément les pires journées du cycle. Au cours de la semaine suivante, je suis juste moi, douce, paisible et bienveillante.

Parce que l’hypophyse, sous la pression de l’œstrogène, est au taquet aussi pour délivrer des autorisations de délirer à tout va (le formulaire LH, encore lui) la tension du liquide dans le follicule augmente encore et paf, ça pète, l’ovocyte est libéré, on appelle ça la ponte ovulaire, ou plus vulgairement, l’ovulation, oui monsieur.

Maturation du follicule et ovulation (1)

La, pendant la phase ovulatoire, point de vue hormones, ça dézingue dans tous les sens, je vous raconte brièvement ce qui est simplement visible et sensible : mes seins durcissent, se tendent, grossissent, deviennent plus ou moins douloureux. Je mouille toute la journée (cf infra le cycle cervical), j’ai le vagin tuméfié et facilement excitable, mes lèvres grandes et petites sont extrêmement sensibles, pour accueillir aisément  (et avec plaisir en plus) une verge et sa dose de sperme, ce qui, d’ailleurs, me préoccupent beaucoup pendant quelques jours. Je me sens joyeusement lubrique. C’est dans ces moments-là que je peux me faire des orgasmes spontanés

Je vous rappelle que mes ovaires sont doucement balayés par les franges du pavillon de mes trompes. Celles-ci vont "capter" l’ovocyte qui a un peu de mal à se sortir du bordel ambiant. L’ovocyte, maintenant appelé ovule, n’a point de moyen de locomotion. C’est mon corps qui se mobilise pour le faire avancer, vous imaginez l’énergie que ça nous prend ? Les parois des trompes de Fallope, dans laquelle l’ovule flotte, sont musculeuses et vont se mettre à onduler, les cils vibratiles qui les tapissent à vibrer, pour le faire progresser vers l’utérus. Mais il va rester là, dans ce couloir pas plus épais qu’un cheveu, à attendre qu’on le féconde. Sa patience durera 24 heures, grand maximum. Passé ce délai, il va dégénérer et notre corps va discrètement l’éliminer…

Après la ponte ovulaire, l’ovaire présente une petite plaie à sa surface, là où les parois du follicule de Graaf se sont effondrées sur elles-mêmes. Après le cataclysme, l’administration reprend rapidement ses droits, on ouvre une cellule de crise, on cherche des solutions pour rebondir ! Le formulaire LH est ressorti pour l’occasion, pour demander la réfection du follicule en corps jaune  qui pourra, à coups de progestérone, ordonner celle de l’utérus afin qu’il songe à nidifier.

Un second cycle, qui a commencé en même temps que le premier mais par une phase très calme,  est en cours et s’emballe : le cycle utérin. La muqueuse utérine, jusque-là doucement proliférante, devient carrément sécrétante, s’épaissit et se plisse, pour augmenter sa surface, riche en glandes et en vaisseaux sanguins. Un petit paradis qu’on appelle l’endomètre. 20 jours après le début du cycle (premier jour des règles), soit 5 jours après l’ovulation, je suis toute prête à recevoir un bébé. Il y a donc, à partir de là, deux options possibles.

L’ovule a été rejoint dans son couloir par un courageux petit spermatozoïde, il a été fécondé, il va se mettre à rouler, rouler, des trompes jusqu’à l’utérus tout beau, tout neuf, ce qui lui prend quelques jours (six et demi) quand même. Là, l’œuf va demander, grâce à l’hormone (qui sont des messagers, en fait) HGC (gonadotrophine chorionique) au corps jaune de s’occuper de lui pendant trois mois. Au-delà, le placenta prendra le relais et le corps jaune disparaîtra.

Ou bien l’ovule s’est fait poser un lapin, et il ne roule pas vers l’utérus, il est même évacué (avec les menstruations habituellement).

Cycles ovarien, utérin et évolution de l’endomètre (1)

La fin de cette troisième phase, la phase luthéale, juste avant les règles, est terrible,  je peux devenir franchement méchante : mon corps n’aime pas qu’on lui pose des lapins. Outragé au plus profond de lui, il ne supporte plus d’être touché et décourage quiconque d’essayer, car je fais personnellement payer, surtout à mes partenaires sexuels, le prix de l’échec de ma fécondation. Enfin, je ne vois pas d’autres explications…

Dans la foulée, l’administration met en branle un nouveau protocole. Le corps jaune coupe les vivres puis, inutile, dégénère. Les taux d’hormones ayant brutalement chuté, plus rien ne justifie l’entretien de l’endomètre, qui va dépérir, s’asphyxier, partir en lambeaux et en hémorragies, ce sont les règles, ou menstruations. Tandis qu’ils s’achèvent, les deux cycles étroitement concernés l’un par l’autre sont relancés.

Le cycle menstruel (1)

Un troisième cycle fait son office, un peu plus discret : le cycle cervical. Lorsque l’œstrogène domine la situation, 24 heures avant l’ovulation, le mucus de notre col utérin est fin et humide, la teneur en calcium et en sodium a chuté, ce qui aide les spermatozoïdes à évoluer dans le vagin et franchir le col. Lorsque la progestérone prend le relais, après l’ovulation, il va devenir au contraire plus épais et plus sec. Et là, ça devient coton pour eux…

Petit tableau de synthèse… (1)

Vous avez de quoi briller en société, maintenant !

Voyez, notre corps murmure en lui, et hurle notre sexualité dehors à tout instant. C’est pourquoi, dans un souci de diffusion de la vérité afin que le reste du monde ne soit plus jamais surpris, je vous donne une information capitale : j’ai commencé, mercredi 3 octobre, un nouveau cycle.

Je devrais êtres normale, douce, gentille et paisible jusqu’aux alentours du 20 où je vais devenir joyeusement lubrique, pour finir franchement méchante au début du mois prochain.



(1) Illustrations de Reimer, extraites de Notre corps, nous-mêmes, par le Collectif de Boston pour la santé de la femme, éditions Albin Michel, 1977.
(2) Illustration M.-C. Delahaye, extraite du Livre de bord de la future maman, éditions Marabout, 2007.

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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...