vendredi 20 février 2015

"Monsieur" Obiang


Avez-vous remarqué que dans les articles de presse, les noms de Coulibaly et Kouachi ne sont jamais précédés de « Monsieur » ?

Je parie que ça ne vous choque pas.

Vous pourriez parier que moi non plus, et vous auriez raison.

Par contre, l’inverse me dérange vraiment lorsque je croise dans cette coûteuse serpillière qu’est Le Monde le mot « Monsieur » avant le nom « Obiang », comme s’il s’agissait d’un homme d’état comme les autres, auquel on doit le respect, comme aux autres. C’est pareil quand je croise ce mot devant « Poutine », notez.

Vous connaissez Obiang, ou plus précisément Teodoro Obiang Nguema Mbasogo ? Il s’agit d’un connard notoire auquel j’ai bien du mal à donner la moindre politesse.

Je dirais même plus : quand je vois ce que certains font avec la politesse, ça me donne envie de dire des gros mots (logiquement, vous en trouverez un certain nombre dans ce post).

« Monsieur » Obiang est président de la République de Guinée Équatoriale, ancienne colonie britannique puis espagnole qui n'a connu que deux "présidents" depuis son indépendance en 1968, le connard sus-cité et avant lui son oncle. Déjà là, on se dit bon. « République », de res publica, la « chose publique » en latin. Le truc qui appartient au peuple quoi, et qu'on à tendance à associer aux démocraties, états de droits et autre secteurs du "monde libre". On n’y croit pas une seconde quand on connaît l’histoire du pays (il y a un message subliminal sarcastique dans cette phrase) (comme il est très subliminal, un indice : personne ne connaît l’histoire de la Guinée) .

Petit topo.



Obiang, connard notoire
Obiang est le neveu de son prédécesseur, qu’il a renversé et fait fusiller rapidement (il a quand même eu le temps de détruire les réserves de change de son pays avant, le plongeant dans une grave crise monétaire). Francisco Macías Nguema (il se faisait appeler « Le Miracle Unique », mais vous comprendrez que j’ai pas très envie) méritait bien moins encore du Monsieur : en 11 ans, il a génocidé son propre peuple (20 000 morts et 150 000 réfugiés soit la moitié de la population du pays...), fermé les écoles, les hôpitaux, les chemins de fer, ruiné l’économie (culture du cacao, pêche), interdit de porter des chaussures, « suicidé » ses opposants et émis 1 600 timbres postes en bon philatéliste et ex-fonctionnaire de la poste. Ce Macias avait pour habitude de placer sa propre famille aux postes gouvernementaux, et malgré une paranoïa forcenée, il n’a pas pu empêcher son neveu Teodoro Obiang (qu’il avait placé à la tête de l’armée) de le faire passer ad patres (jeu de mots familial opportun) en septembre 1979.

Évolution de la démographie entre 1961 et 2003 (chiffre de la FAO, 2005). Population en milliers d'habitants. Source.

Bon. Avouez, parler de république dans ces conditions, c’est comme dire "monsieur" à ce genre de personnes, hein, c’est injurier notre intelligence.

Autant la France ne pouvait pas faire d’affaires avec Macias (puisque son pays n’avait plus d’économie), autant, dès 1980, la France se jette sur la Guinée Équatoriale. Pas pour le cacao. Pas pour la pêche. Non, pour le pétrole qu’on soupçonnait fortement de reposer sous les pieds de ce connard. Elf et la Compagnie Française des Pétroles (qui deviendra Total) sont les premières à vouloir y mettre le doigt (mais les USA y mettront les pieds, eux). De fait Obiang « relance » l’économie du pays, grâce (entre autres, l’Espagne se positionnant bien aussi) à la France, qui construit des routes (sans goudron, inutile quand on n'a pas de transports en commun), des hôpitaux,des écoles et se charge de la réfection du port de la capitale, Malabo. Puis la France lui vend des armes et forme ses militaires (ceux qui taperont bientôt sur les citoyens). Elle est gentille la France. Pas du tout intéressée.

En quelques années, le pays engrange du fric, du fric, du fric, beaucoup de fric, jusqu’à devenir un des pays africain au PIB le plus imposant. Mais problème : sa population reste la plus pauvre du monde.

Oh, mais moi qui suis un bisounours, moi pas comprendre, comment se fait-ce ?

Hop, piqûre anti-bisounours : Obiang tond son peuple, il le nique tous les jours, et la France l'aide.

Il n’y a pas de routes goudronnées dans son pays, mais il achète de grosses voitures et selon Forbes il fait partie des dirigeants les plus riches du monde. L’argent du pétrole tombe directement dans ses poches, en passant par la Riggs Bank (celle qui tenait le compte en banque de Pinochet) qui fait tout comme si c’était parfaitement normal. L’essentiel des importations ne sert pas à nourrir la populace, mais à construire toujours plus d’équipements pétroliers. Son fils a été poursuivi, puis laissé tranquille dans l’affaire des « biens mal acquis » où la Société Générale a eu quelques soucis (rien de grave, je vous rassure).

Alors certes, Obiang ne massacre pas sa population à la même vitesse que son oncle, mais c’est pas franchement reluisantUn linceul de silence entoure sa « démocrature », silence relayé par l’indifférence mondiale. Comme en Syrie, ça assassine, ça emprisonne, ça réduit au silence et ça ne rend pas de comptes. L'espérance de vie ne dépasse guère les 50 ans et la mortalité infantile y est proprement monstrueuse. La presse est un vaste mensonge d’état et toutes formes de liberté (d’expression, de réunion, de fonder un parti…) sont réprimées, quoique la loi les envisage (pour la forme). Tous les membres du gouvernement sont de la famille du "président", invariablement réélu à 99% des voix après des simulacres d'élections multipartites (et 70% d'abstention).

Malgré tout, Obiang a plein d’amis : Hollande l’a rencontré deux fois en 2014 pour discuter cordialement de la pluie et du réchauffement climatique, tandis que Mme Girardin, notre secrétaire d'état au développement et à la francophonie chouine parce que cette belle amitié à tendance à se distendre. L'UNESCO le prime dès qu’il en a envie. Il a même reçu le prix de l’Homme de Paix 2014 par la fondation Hayatou pour avoir, je cite, «sauvé l’Afrique d’une honte sans précédent. Celle de voir le Qatar abriter la CAN sur son sol suite au refus du Maroc d’accueillir l’évènement ».

Ça ne s’invente pas, d’ailleurs, tout est vrai.

La France aime la Guinée, quoique les conseils qu’elle nous donne pour profiter de ce pays pendant nos vacances foutent un peu les boules…. Mais elle l’aime quand même, allez ! L’assemblée nationale française a fondé un « groupe d’amitié » pour la Guinée, dont je ne suis pas parvenue à trouver le moindre compte-rendu d’activités. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils n’en rament pas une ou s’il ne vaut pas mieux ne rien en dire de leurs activités. J’hésite…

J’ajoute, juste par plaisir du détail, que France Telecom y est le seul opérateur téléphonique.



Du coup, on comprend pourquoi la France donne du Monsieur à ce connard.

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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...