mardi 10 septembre 2013

Orgasme clitoridien




Voilà qui complète avantageusement ce cours d’anatomie féminine que j’ai eu la prétention de vous donner, l’an dernier.

Le clitoris est constitué de corps caverneux (bornés par une enveloppe étanche) et les bulbes de corps spongieux (ouverts comme une éponge libre) – toujours les mêmes composants que chez l’homme. Mais l’un comme l’autre sont des tissus érectiles. 
[…] 
Ils sont bourrés de vaisseaux sanguins minuscules, les capillaires, comme il y en a partout dans le corps, mais ceux-ci fonctionnent d’une façon spéciale. Le flux de sang entrant par le réseau artériel est généralement inhibé par le cerveau, laissant l’organe mou. Quand le cerveau lève l’inhibition, le sang s’engouffre, l’organe se gonfle et comprime les capillaires du circuit veineux qui ne peuvent plus l’évacuer. C’est un système auto-serrant : plus le sang arrive plus il est empêché de sortir. Les capillaires se remplissent jusqu’à ras bord, comme une baignoire une fois que le bouchon est mis. Vu l’extension de parois, cela peut ballonner grave. À preuves, les érections impressionnantes de nos chéris. Mais à preuve aussi nos érections à nous. Pour être internes, elles n’en sont pas moins glorieuses. (D’où les évaluations éminemment variables sur la longueur totale du clitoris : selon qu’on le considère au repos ou en majesté, cela va de 6 à 12 centimètres). Par ailleurs, le clitoris n’est pas le tout de l’érection féminine. Nous avons d’autres ballons en réserve : d’une part l’éponge para-urétrale, qui est un tube de tissu érectile entourant l’urètre, et d’autre part l’éponge périnéale, un petit coussinet de tissu érectile placé entre la paroi vaginale et la paroi du rectum. Si l’on met tous ses accessoires ensemble, notre capital érectile est parfaitement équivalent à celui d’un homme.

Depuis que le clitoris a décroché le premier rôle dans l’excitation et l’orgasme féminins, le vagin fait un peu figure de parent pauvre. Innervation quasi nulle, élastique mais pas gonflable, ayant d’autres fonctions à remplir que le frisson du plaisir, il est rentré sous la coupe de l’appareil reproducteur. […] 

Puis est venu le point G. à bien y réfléchir, le nec plus ultra de la volupté était niché dans le vagin […]. Désarroi des femmes qui ne sentaient rien par . Polémiques à n’en plus finir. Études et contre-études, souvent par questionnaires (mais qu’en savent-elles de leur point G, celles qui ne l’utilisent pas ?) plus rarement par examens cliniques et biologiques. Impossibilité de prouver l’existence de la chose. Mais il est pourtant clair que certaines grimpent au ciel quand on les titille  ! 

Encore une fois, c’est le clitoris qui va mettre tout le monde d’accord. Car c’est lui qui se trouve… , mais par au-dessus ! C’est lui, et aussi le coussin de tissu érectile constitué par l’éponge para-urétrale. Sous l’impulsion d’Helen O’Connell, la spécialiste  australienne de l’anatomie du clitoris, les chercheurs sont à peu près d’accord aujourd’hui (mais les discussions sont encore agitées) pour considérer que l’ensemble formé par le plafond du vagin antérieur (près de l’entrée), le clitoris et l’éponge para-urétrale qui entoure l’urètre constitue un tout fonctionnel, c’est-à-dire travaille comme un tout lors de l’excitation sexuelle et répond simultanément aux stimulations – même si chaque acteur a sa propre cuisine. Autrement dit, le point G n’est pas un point mais une zone 3D et on devrait l’appeler unité clito-urétro-vaginale. C’est un peu lourd, donc accordons-nous pour continuer à l’appeler point G, en sachant de quoi il retourne. 

[…] 

Pour terminer ce tour d’horizon anatomique, reste la question des nerfs, extrêmement emberlificotée, comme eux. 
[…] 

Une chose est avérée, c’est le rôle prépondérant du nerf pudendal. Anciennement nommé nerf honteux, il porte aujourd’hui un nom latin qui veut dire la même chose, et l’on n’y gagne qu’en obscurité, mais soit. Il sort de la moelle épinière au niveau du coccyx et se ramifie pour innerver toute la partie basse et externe des organes génitaux, en particulier le clitoris dont il est le porte-parole attitré. 

Une chose se discute, c’est le rôle complémentaire du nerf pelvien. Celui-ci sort de la moelle épinière un cran plus haut, et part vers les structures internes, utérus, vessie, bulbes vestibulaires, éponge périnéale, éponge para-urétrale, vagin profond. Ce réseau de nerfs joue évidemment un rôle dans la gestion de la fonction sexuelle, mais en a-t-il un dans le ressenti conscient ? Tous les avis sont dans la littérature.


La révolution du plaisir féminin, sexualité et orgasme
par Élisa Brune, aux éditions Odile Jacob (2012)

1 commentaire:

  1. Arf!

    http://sexes.blogs.liberation.fr/2012/03/12/le-secret-du-voile-daphrodite/

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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...