mercredi 4 septembre 2013

Je connais un violeur

SeenThis se faisait hier l’écho d’un article paru sur le site du Nouvel Obs, qui présentait un Tumblr (dont l'auteur est membre d'Osez le Féminisme) totalement inédit, à la lecture éprouvante, et salvatrice. LectEUR je te défie de lire intégralement cette note, et de suivre les liens donnés.

Le Tumblr Jeconnaisunvioleur, se présente lui-même ainsi, dans sa marge, en rappelant ces faits :

L’image du violeur psychopathe vivant en marge de la société est un mythe qui ne concerne qu'une faible minorité d'entre eux. Dans 67% des cas, le viol a lieu au domicile de la victime ou de l’agresseur, qui est un ami ou un proche. Dans 80% des cas, l’agresseur était connu de la victime. Un viol sur 3 est commis par le mari ou partenaire régulier. 
Quant aux "fausses accusations" dont on entend parler dès qu'il est question de viol, les statistiques sont formelles : elles sont rarissimes. En revanche, un cas sur 10 seulement est signalé à la police et 97% des violeurs ne passent pas la moindre journée en prison. 
Ils étaient nos amis, nos partenaires, des membres de notre famille ou de notre entourage. 
Nous connaissons des violeurs : laissez-nous vous les présenter.

Le viol - Pablo Picasso (1940)

A ces chiffres, ajoutons celui-ci : moins de 11 000 viols sont déclarés par an, il reste les 90% restants. Je laisse les forts en maths faire le calcul. Ou suivre ce lien.

C’EN EST TROP !

Parmi tous les récits proposés – 250 ont été soumis à l’initiatrice du blog en 4 jours – je vous en soumets un. Soigneusement choisi. Pas un viol dans une ruelle sombre ou dans un local à poubelles par un mec inconnu sur une fille torchée (vous en trouverez aussi en suivant les liens), un truc banal. C’est moi qui souligne.

Oui, ceci est un viol ! Un viol, c'est quand tu ne veux pas !





J’étais à la fac. J’avais 17 ans. J’ai mis des mots dessus il y a peut être un an. Un viol. Oui, quand c’est ton copain ça peut aussi être un viol.

Quand c’est ton copain, que tu ne prends pas la pilule, que tu lui fais confiance parce que t’es conne et que tu ne vois pas les signes avant coureurs, ça peut aussi être un viol.
Quand c’est ton copain et qu’il ne veut pas mettre de capotes parce que c’est comme se doucher avec un kway, c’est déjà le début de l’abus. Il a l’idée de faire prendre des risques à ton corps pour ne pas brimer le sien. Mais tu vois rien parce que c’est ton copain, c’est pas ce qu’on fait quand on est amoureux, faire prendre des risques et être égoïste. 

Quand c’est ton copain et qu’il te convainc que le retrait, c’est viable et sans risques, alors que tu sais, au fond que c’est une connerie, c’est le moment où tu devrais partir. Le contredire, l’envoyer se faire voir. Mais non, tu restes parce que t’as 17 ans, que ce mec a de l’ascendant sur toi. Alors que ça ne te ressemble pas, de te laisser faire comme ça. C’est peut être ça l’amour, après tout? Tu ne fais pas les maths, tu ne vois pas là où ça mène, tu n’analyses pas le mépris de ton corps que ça dénote. Ou l’inconscience. Ou les deux. En tout cas, tu sens de façon diffuse qu’il y a un problème, mais tu ne l’identifies pas. 

Quand c’est ton copain et qu’un matin il te regarde avec un air béat et satisfait, soulagé, juste après avoir fait l’amour, et qu’il reste là comme un con à te regarder avec une expression d’accomplissement, tu te dis qu’il y a un problème. Alors tu n’oses pas y croire et tu flippes. Tu flippes dans ton corps. Avant même d’avoir eu le temps de dire quoi que ce soit, on te dit qu’un orgasme entier comme ça le matin, c’est parfait pour se rendormir. Tu es encore abasourdie, alors tu demandes confirmation. Ben oui, je t’ai éjaculé dedans, après tout, ça ne risque rien, tu viens d’avoir tes règles. 

Alors tu commences à mesurer l’ampleur de la connerie qui te fait face, t’as les boules, tu le fous dehors, tu lui dis de rentrer chez sa mère. Et tu vas à la pharmacie. Et tu prends ta Norlevo au bar avec une copine qui comprend un peu et un pote qui ne comprend pas vraiment où est le problème, parce qu’un accident, ça arrive. 

Sauf que ce n’était pas un accident. Ce mec a pris la décision de se servir de mon corps comme il l’entendait, sans me demander mon avis. Sûrement parce que j’étais sa copine.Parce que quand c’est ta copine elle n’a pas à te frustrer parce qu’elle ne s’occupe pas de stériliser ses ovaires. Parce que quand c’est ta copine tu as des droits sur elle. Tu as le droit de satisfaire tes envies. Tu as le droit de poser tes conditions et de refuser de te protéger. De refuser de la protéger.

J’aurais dû partir, je suis restée un mois de plus avec ce mec qui était mon copain. Je lui ai donné la notice de la Norlevo. J’ai refusé qu’il me touche. Il trouvait que j’exagérais. Il se présentait comme le pauvre mec maltraité par sa copine qui ne veut plus baiser. Parce qu’elle fait toute une histoire. Il n’a jamais compris. Il me dégoûtait tellement. Je l’ai quitté. Au moment où je lui expliquais que oui, c’était parce qu’il m’avait fait quelque chose pour laquelle que je n’étais pas d’accord, il a plaidé le fait qu’à force de se retirer, il avait l’impression de se branler avec mon corps.

Il n’a jamais su qu’il avait trouvé les mots exacts pour exprimer ce que je ressentais. 
J’avais 17 ans et je suis restée deux mois avec Y.

J’ai appris peu de temps après qu’il était un bébé Ogino.



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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...