Ψ / Semaine 11


Blackhole - PEJAC




Onzième semaine : ça veut dire qu’à la fin de celle-là, ça fera 3 mois que je suis ici, trois mois sans visites, sans ma fille, sans ami·es, sans réseaux sociaux, à bouffer, bouffer, bouffer et boire beaucoup d’eau. Jusqu’à présent, peu ou prou, je trouvais que c’était des vacances de mon esprit. Mais là, tout se remet en branle dans ma tête, ça va être un peu douloureux mais les vrais changements vont s’opérer à partir de tout de suite.



SEMAINE 11

Jour 68 : lundi 15 avril

Instant délicat avec mon psy n°1, qui me demande si j’ai une date de sortie en vue alors que mon psy n°2 me pense encore loin du compte, je suis un peu le cul entre deux chaises avec leurs sons de cloches qui sonnent pas pareil. Je suis moi-même assez clivée : je ne me sens pas prête à sortir et en même temps je voudrais que ça aille plus vite et en même temps aussi j’ai du mal à suivre le rythme. Je trouve que la collation, là, pain beurre compote, c’est trop, j’arrive au repas du soir sans appétit parce qu’elle arrive plus à 17h qu’à 16h (les infirmières sont speedées depuis quelques jours) et ça craint du boudin. Il accepte de l’ajuster (juste 3 petits biscuits à la place du pain/beurre) tout en appuyant sur le fait que mes demandes sont légèrement paradoxales.

Je suis encore plus contrariée quand le petit-déj arrive avec 20 minutes de retard, la faute au sous-effectif des équipes qui fait que les infirmières courent partout. Ça et les portes qui donnent sur l’extérieur qui sont encore fermées (personne n’a eu le temps de les ouvrir), plus la merde qui reste étalée sur la cuvette des chiottes toute la matinée et une bonne partie de l’après-midi (personne n’a eu le temps de nettoyer), je me sens très grognon. I. est alitée toute la journée sans que personne ne se soucie de son sort, la manière qu’on les soignants de la traiter comme une malade imaginaire est extrêmement dérangeante (dans deux semaines on va lui diagnostiquer une verticulite puis un anévrisme au foie qui grossit à vue d’œil) d’autant que c’est pas la première à qui ça arrive. Il faut être en bonne santé pour rentrer à la clinique Saint Vincent de Paul, faites tourner.

Et puis la collation qui n’arrive pas… De rage, je sors dans l’après-midi pour me payer un chocolat chaud et une pâtisserie (même la vendeuse me dit « ça fait beaucoup de sucre ») ce qui est une grosse entaille dans mon contrat de soin et une mauvaise idée de manière générale parce que je ne vais pas pouvoir manger toute la collation qui m’attend dans ma chambre (encore du pain… que je jette) quand je rentre. J’ai peur pendant plusieurs heures de ne pas pouvoir non plus avaler le dîner mais en fait si. C’est incroyable tout ce que je peux bouffer maintenant.

Le soir, Notre Dame s’enflamme et pour la première fois depuis longtemps nous allumons la télé de notre salon de cadrage, complètement obnubilées par les images de l’incendie.


Le malaise se poursuit dans la soirée quand je croise I. dans les couloirs, titubante et accompagnée par un soignant, lorsqu’elle s’effondre devant l’ascenseur. L’infirmier me fait les gros yeux comme si j’y étais pour quelque chose et me fait décamper.

Je bouquine un peu avant de me coucher et je redécouvre un mot bien adapté pour décrire ma journée :


(en) CAPILOTADE : en piteux état, en miettes.


Un petit poème…


La beauté bigarrée
de Gerard Manley HOPKINS

Gloire à Dieu pour les bariolages,
cieux à deux tons comme des vaches bringées,
mouchetures roses de truite fugace,
fraîches braises de châtaignes chues, ailes de pinsons,
paysages parcellaires, rapiécés de parcs, friches et labours,
et les métiers avec leurs engins, leurs outils, leurs atours.

Tout est divers, singulier, curieux, insolite
ou bien moiré, tacheté (mais comment ?)
le lent de hâte, l’aigre de douceur, l’ombreux de clarté.
Et lui qui les déploie, sa beauté jamais ne cille,
loué soit-il.

Pied Beauty

Glory be to God for dappled things —
  For skies of couple-colour as a brinded cow;
    For rose-moles all in stipple upon trout that swim;
Fresh-firecoal chestnut-falls; finches' wings;
  Landscape plotted and pieced — fold, fallow, and plough;
    And áll trádes, their gear and tackle and trim.

All things counter, original, spare, strange;
  Whatever is fickle, freckled (who knows how?)
    With swift, slow; sweet, sour; adazzle, dim;
He fathers-forth whose beauty is past change:
                Praise him.


Je colle dans mon journal cette belle affiche de ce beau film de Beatriz Seigner que je me promets de voir.


Jour 69 : mardi 16 avril

Je me réveille blasée et sans souvenir de mes rêves de la nuit. C’est jour de pesée et jour de psy aussi. Je déverse sur lui ma frustration, il dégaine à chaque fois son téléphone pour engueuler quelqu’un pour me montrer que chacune de mes plaintes est une occasion « d’améliorer son service », ça me met légèrement mal à l’aise. Il accepte de modifier le contenu de ma collation (des gâteaux secs au lieu du pain, ce qui avait déjà été dit hier mais pas mis en application) et me félicite pour mon « parcours presque sans faute » (presque parce qu’apparemment il y a eu une semaine où j’ai perdu 300 grammes).

Je continue la passionnante lecture de Middlesex de Jeffrey Eugenides, quand le personnage principal, qui est encore une fille à ce stade de la lecture, s’entiche de « L’Obscur Objet », de type rousse incendiaire, qui commence par lui signifier son désintérêt en la traitant moyennement bien. J’ai connu ça dans ma jeunesse (mais avec une brune glaciale).

« Derrière mon visage impassible, mon âme se recroquevilla en boule, attendant que ça passe. »

En soirée, mon humeur s’est améliorée et j’organise un visionnage de La Domination masculine de Patric Jean avec quelques filles de la clinique. Au chapitre des violences conjugales, j’ai droit aux sempiternels commentaires de type « Ça arrive surtout aux filles mal structurées », ou « Les femmes aussi sont violentes mais elles ne tuent pas parce qu’elles sont moins fortes », c’est dingue ce besoin à peu près automatique qu’ont les femmes de courir au secours des hommes violents et de rejeter le tort sur les femmes violentées ou même les femmes en général, avec ce genre de propos assez ridicules. Les femmes provoquent le meurtre et le viol à les entendre, tout en étant limitées dans leur capacité à violer et tuer par leur faiblesse physique, aucun rapport avec l’environnement social, l’éducation et l’infinie tolérance dont dispose la violence masculine, hein. Elles ferment leur bec devant une fille « mal structurée » parce qu’elle a été… violée, puis le carnage de 21 filles parfaitement structurées à l’école Polytechnique de Montréal par un type pas plus fort que ça mais muni d’un pistolet mitrailleur. C., qui n’a pas manqué de commenter juste avant a préféré aller se laver les dents plutôt que de regarder la série d’images muettes de femmes frappées, mutilées, tuées qui closent le film. En la voyant détourner ainsi le regard, je suis presque sûre qu’elle connaît la violence masculine. Je suis presque sûre qu’elle la refoule pour pas que son monde devienne invivable. Welcome.


Jour 70 : mercredi 17 avril

[Je vis dans un monde verticalisé : on ne marche plus, on grimpe. Dans un supermarché sens dessus-dessous, mon ex-mari discute d’infidélité avec une petite fille et sa mère (il les a pris sous son aile après le renversement du monde), comme de la plus belle chose du monde du coup je le prend à partie : il assume l’adultère maintenant ?? La petite fille prend sa défense (sa mère reste mutique) en arguant qu’elle a connu bien pire que l’adultère : la vision d’une mort atroce, la fuite de son pays…. Je suis un peu gênée d’entendre un enfant défendre mes positions comme si je n’étais pas entièrement d’accord et en même temps je suis assez étonnée de constater que Graindorge s’occupe de femmes qui ont un passé aussi horrible vu qu’il est au premier rang des hommes qui ne veulent pas trop entendre parler de victimisation des femmes mais alors je comprends qu’elles ont vécu des trucs vraiment horribles, elles, pas comme mes petits problèmes à moi qu’il relativise facilement. Bref, je nage dans ma frustration.]

Tiens, ma bonne humeur est de retour. J’ai pourtant du grain à moudre bien fin pendant le groupe de parole « Addictions » qui est essentiellement passée à écouter mes comparses se plaindre d’être les esclaves personnels de leurs maris et de leurs enfants. Elles ont peur de rentrer à la maison et que tout recommence, de l’épuisement à la tentative de suicide en passant par la déchéance alcoolique. Frissons dans le dos.

Ma lecture de Middlesex se poursuit, l’héroïne est sur le point de découvrir qu’elle n’est pas une fille, malgré l’avis du médecin qui l’a examinée et qui a déduit de tous ses efforts qu’elle a fait pour coller au genre qu’on lui a assigné à la naissance par négligence qu’elle est une fille. Comme ses parents ne lui ont pas encore demandé son avis, ils pensent que tout va très simplement continuer comme ça s’est toujours passé jusque-là, après un petit coup de bistouri. Son père Milton, très embarrassé, tente de la rassurer en prenant soin de ne surtout pas instiller le doute dans l’esprit de son futur fils.

« Il y a avait tant d’amour dans le regard de Milton qu’il était impossible d’y chercher la vérité. »

Je me rase les cheveux dans l’après-midi, je sors faire quelques courses et quand je rentre, je fais connaissance avec la nouvelle personne qui va partager ma chambre : M., 71 ans. Elle est sale, elle dégage une odeur assez épouvantable, elle est peu autonome et elle est complètement paumée. Je sais intuitivement qu’il faut être très gentille avec elle. Elle répète qu’elle ne va jamais pouvoir sortir de la chambre, qu’elle ne pourra pas retrouver les toilettes, qu’elle ne sait déjà plus où se trouve la salle à manger. Je passe une demi-heure avec elle dans l’ascenseur, à faire, refaire et re-refaire les trajets qui vont ponctuer son quotidien : les toilettes, la salle de soin, la salle à manger. Tellement que j’en ai le mal de mer. Je lui note les horaires sur un papier, je règle sa radio sur sa station préférée et je l’exhorte, enfin, à se laver, ce qu’elle refuse parce qu’elle ne sait pas utiliser le mitigeur, sa belle-fille s’en chargera quand elle passera la semaine prochaine... Elle refuse aussi de fermer la porte des toilettes quand elle y est, elle m’impose sa nudité après quelques heures seulement de cohabitation et rentre dans la salle de bain quand je m’y trouve… à chaque jour suffit sa peine, je me dis.

Jour 71 : jeudi 18 avril

L’odeur de M. étant très intense, j’ai dû laisser la fenêtre ouverte toute la nuit. Au lever, elle se plaint du bruit qui l’a empêché de dormir. Je saute sur l’occasion pour négocier un truc : je ne fermerais la fenêtre à la condition qu’elle se lave. Je prends même le temps de lui apprendre à se servir du mitigeur. Et elle se lave.

Encouragée par cette première victoire, je lui rappelle les règles de bienséance que tout le monde s’impose ici : la porte des toilettes, la nudité, l’intimité etc. Je reste patiente, respectueuse et je refais un petit tour d’ascenseur avec elle, jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait rassurée. Je ne verrais plus jamais ses fesses ni son caca, alléluia, je l’ai même tellement à la bonne que je me retrouve dans ses « intentions personnelles » pendant sa prière quotidienne. What else ?

Je profite du fait qu’elle assiste à la messe (dédiée à Notre Dame) dans le salon télé pour faire une nouvelle séance de PSIO qui me met bien. C’est sûr, je vais acheter ce truc, quoi qu’il m’en coûte, ça pourrait bien me sauver la vie.

Middlesex devient absolument encore plus passionnant qu’il ne l’était déjà. Cinq mots et quatre extraits pour tes beaux yeux, lecteurices.

CHASSIE : matière gluante qui coule des yeux infectés.
CHASSIEUX : qui a de la chassie.

NE PAS CONFONDRE : LIMBES / LIMBE / NIMBES
LIMBES (pluriel) : 1) séjour des âmes des justes avant la Rédemption ou des enfants morts avant le baptême 2) Région, situation mal définie.
LIMBE (singulier) : 1) partie graduée en arc de cercle d’un instrument de mesure 2) partie supérieure d’une corolle ou partie plate d’une feuille.
NIMBES : zone lumineuse qui entoure la tête des représentations de dieu, des anges, des saints (auréole).

Callyope devenue Cal passe de l’autre côté du miroir (et de la porte des toilettes).

« C’est à des moments pareils que je comprenais ce que je laissais derrière moi : la solidarité d’une physiologie partagée. Les femmes savent ce que signifie avoir un corps. Elles comprennent ses difficultés et ses fragilités, ses gloires et ses plaisirs. Les hommes jugent que leur corps n’est qu’à eux. Leur rapport à lui demeure privé, même en public. »

« Je commençais à comprendre quelque chose à propos de la normalité. La normalité n’était pas normale. Elle ne pouvait pas l’être. Si la normalité était normale, personne ne s’en soucierait. On pourrait la laisser se manifester d’elle-même. Mais les gens – particulièrement les médecins – avaient des doutes quant à la normalité. Ils n’étaient pas sûrs que la normalité. Ils n’étaient pas sûrs que la normalité fût à la hauteur de sa tâche. Ils se sentaient donc enclins à lui donner un coup de pouce. »

« Les révélations que m’offraient les toilettes pour hommes étaient décevantes dans l’ensemble. Nulle part le fier phallus n’était visible ; rien que chipolatas fripées, escargots sans coquille. ».

« Au XXe siècle, la génétique a mis la notion grecque de destin dans nos cellules mêmes. Ce nouveau siècle que nous venons juste d’inaugurer a trouvé quelque chose de différent. Contrairement à toute attente, le code qui sous-tend notre être est effroyablement inadéquat. Au lieu des 200 000 gènes attendus, nous n’en avons que 30 000. Pas beaucoup plus qu’une souris. Et c’est ainsi qu’une nouvelle possibilité se fait jour. Compromis, vague, esquissé mais pas complètement oblitéré : le libre-arbitre fait un come-back. La nature vous donne un cerveau, la vie en fait un esprit. »

35e jour sans clope (j’ai décidé de compter jusqu’à 1000 avant de vraiment considérer que je suis sauvée) et c’est trafic de liquide à vapote dans les couloirs de la clinique : je commande 50 ml de saveur « noix de coco » pour 10 balles à une fille qui vend pour son mec.

L’ascenseur est en panne et ce n’est peut-être pas tout à fait étranger au fait que M. passe beaucoup de temps dedans à s’entraîner à faire des trajets chambre > salle de soin > salle à manger > chambre. En tout cas elle est momentanément obligée de prendre l’escalier, ce qu’elle refusait vivement jusque-là. Marcher c’est pas son truc, elle passe toute la journée couchée sur le lit, ce qui me questionne un peu mais pas plus que ça.

Moi je vais bien mais R. commence à trouver le temps de cadrage dur à supporter : elle pète une pile, avec le soutien de C. sur une pauvre patiente qui n’avait rien demandé d’autre que de regarder la télé. Je me retrouve à baisser la tête sous les cris qui fusent au-dessus, à préciser à faible voix que le salon où nous passons notre temps ne nous ai pas réservé… Son psy va estimer dans la foulée qu’elle va pouvoir passer en salle-à-manger, et donc quitter le cadrage. Chuis triste, c’est un peu comme si je perdais ma maman.

J’ai ma fille au téléphone dans la soirée, depuis la maison de ma mère. On parle de Michaël Jackson dont elle est une grande fan, parce qu’elle a regardé le début du documentaire qui a fait un peu causé dans les chaumières, Leaving Neverland… J’en profite pour lui toucher deux mots sur ce qu’est la pédophilie (détail qui va devenir important dans quelques jours, mais vous verrez ça plus tard) et lui promet de lui envoyer un dossier que Courrier International a consacré à la question. Et sinon elle me transmet des commentaires de son papa qui exprime des doutes quant à ma capacité et même au bienfondé de ma démarche de prise de poids : 45 kg selon lui, c’est « trop pour mes os ». Je lui expédie un SMS le priant de se mêler de ses affaires, de bien vouloir croire qu’ici je suis entourée de médecins et que ce qui abîme les os, justement, c’est l’anorexie, merci. Je vis dans le déni de mes proches depuis mon adolescence sur mon état de santé et je suis bien décidée à m’en distancier.

Quand je vais me coucher (22h), M. dort déjà et elle ronfle fort fort. Je note : acheter des boules Quiès.

Jour 72 : vendredi 19 avril

Tiens j’ai mes règles. R. et C. veulent reparler de l’incident d’hier : elles « ne se sentent pas respectées » que n’importe qui puisse allumer la télé sans leur demander leur avis, ce qui n’est toujours pas mon avis, du coup on n’avance pas vraiment sur la question et je vois même pas l’intérêt de le faire d’ailleurs.

Je glane au fil de la lecture de mon Causette encore deux films / séries à mater dès que je retrouverais ma liberté :

- Le film Sibel de Çağla Zencirci, où il est question d’une femme muette et qui communique par le biais d’une langue sifflée.
- La série Patrick Melrose, qui aborde la question de l’inceste.


M. est visitée par son psy dans la matinée et je pouffe de rire en le voyant faire comme moi l’aller-retour en ascenseur quand elle prétend ne plus savoir comment se rendre en salle de soin. J’ai appris dans l’intervalle que ce n’est pas son premier séjour ici : elle connaît probablement mieux les lieux que moi…

Dans la soirée C. va s’excuser auprès de la femme qu’elle a incendiée hier, ce que je trouve vachement raisonnable. L’ambiance redevient sympathique et on se fend d’un petit Time’sUp qui nous détend les zygomatiques jusqu’au coucher.

Jour 73 : samedi 20 avril

[En vrac : je dérive sur une plaque de glace en pleine mer au pôle Nord en déployant beaucoup d’efforts pour ne pas la faire chavirer et je perds mes clés de voiture dans l’eau, merde… Quelqu’un dort dans mon lit… Machérie me reproche de chercher sa compagnie pour tromper la solitude.]

La migraine du mois m’assaille dès le lever et pas moyen de trouver un médecin en mesure de me prescrire 1g d’Efferalgan. Ça me rend pas trop ronchon et je trouve même l’occasion de commencer une nouvelle lecture, un livre que Machérie m’a offert à Noël : Sorcières, la puissance invaincue des femmes. La réflexion de l’autrice démarre à partir du féminicide massif qui a parcouru l’Europe il y a pas tant de temps que ça et dont il a déjà été question ici.

« Nous sommes les petites filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler. »

« Les contemporains sont façonnés par des évènements qu’ils peuvent ignorer et dont la mémoire-même se sera perdue, mais rien ne peut empêcher qu’ils seraient différents, et penseraient peut-être d’autre façon, si ces évènements n’avaient pas eu lieu. »
Françoise d’Eaubonne

Parmi les sources de Mona Chollet, je me promets de voir, lire ou écouter :


- Le magicien d’Oz, de Lyman Franck Baum
- Une sorcière comme les autres, d’Anne Sylvestre
- La newsletter Witch please de Jack Parker





Machérie m’appelle dans l’après-midi, pour me donner des mauvaises nouvelles surtout : l’association culturelle où je suis bénévole et elle salariée part en quenouille ; elle n’a pas vu mon chat Oz depuis des semaines ; j’ai reçu un courrier des Finances Publiques qui m’annonce une dette de 4300 euros suite à une erreur de calcul de mon administration dans le calcul de mon salaire.

Une journée riche en émotions, hein.

Jour 74 : dimanche 21 avril

Je suis réveillée un peu tôt par Marinette qui a une vessie contrariante et je perds mes rêves de la nuit.

Je suis seule en cadrage aujourd’hui, R. et C. étant sorties pour la journée. J’en profite pour préparer mon second cahier-journal puisque j’ai déjà rempli les 140 pages de celui-ci. Je découpe des journaux et je m’étonne un peu de mes choix esthétiques : je tapisse les premières pages de scène de guerre et de ruine.

Je continue Sorcières, de Mona Chollet (et peut-être qu’il y a une réponse à l’étonnement que je viens de formuler, ce qui me fait un peu peur quand même).

« Je crois que la magie est de l’art, et que l’art est littéralement de la magie. L’art, comme la magie, consiste à manipuler les symboles, les mots ou les images pour produire des changements dans la conscience. En fait, jeter un sort, c’est simplement dire, manipuler les mots, pour changer la conscience des gens, et c’est pourquoi je crois qu’un artiste ou un écrivain est ce qu’il y a de plus proche, dans le monde contemporain, d’un chaman. »

« Les garçons sont incités à envisager leur trajectoire future de la façon la plus aventureuse possible. Conquérir le monde tout seul représente le destin le plus romantique qu’ils puissent imaginer, en espérant qu’une femme ne viendra pas tout gâcher en leur mettant le fil à la patte. Mais, pour une femme, la perspective de tracer son chemin dans le monde est dépeint comme triste et pathétique aussi longtemps qu’il n’y aura pas un type dans le tableau. Et c’est une tâche si énorme que de réinventer le monde en dehors de ces conventions étroites ! »
Thecut.com

« Cette tension entre le besoin d’un ancrage amoureux et le besoin de liberté et partagée par les hommes et les femmes, c’est elle qui rend le couple à la fois si désirable et problématique. »

Puisque « l’emploi » de la mère de famille est d’assurer l’atmosphère pacifique et sereine du foyer, de veiller au bien-être à la fois mental et matériel de tous les autres membres de la maisonnée, son agacement propre apparait illégitime ».

« La censure de la colère joue un grand rôle dans l’effacement de l’identité. »

« Dans les années 60-70, l’État français, tout en refusant de légaliser l’avortement et la contraception en métropole, les encourageait dans les départements d’outre-mer ; à la Réunion, des médecins blancs pratiquaient des milliers de stérilisations et d’avortements forcés. »
Françoise Vergès
Le ventre des femmes, capitalisme, racialisation, féminisme.


Des femmes à connaître :
- Marielle, élue municipale de Rio qui a été assassinée parce qu’elle était lesbienne.
- Caster Semenya, athlète sud-africaine remise en question dans son statut de femme.




À lire ou à voir :
- I am not a witch, film de Rungano Nyoni.



Je me retrouve en tête à tête avec J. pendant le repas de midi, on discute de nos ex-maris tous deux paysans. Et pour la première fois, puisque je suis livrée à la solitude pendant les deux heures de cadrage, j’allume l’écran qui trône dans notre salon. Je tombe sur un docu d’Arte bien beau : Fleuve invisible - Un trésor sous la plaine du Rhin.

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