dimanche 14 décembre 2014

Violences faites aux femmes : charte à l'usage des journalistes


Une charte à destination des journalistes rédigée par  Pilar Lopez Diez, professeure à l’université Complutense de Madrid et chercheuse en «Politiques de genres et moyens de communication» à l’Instituto de la Mujer, qui est passée par ici avant de se retrouver . Et puis ici du coup.



  1. Nous utiliserons les termes de "violence de genre", "violence machiste", "violence sexiste" et de "violence masculine contre les femmes", dans cet ordre de préférence. Nous rejetons les expressions "violence domestique", "violence au sein du couple" et "violence intrafamiliale"».

  1. La violence de genre n’est pas un fait divers, mais un problème de société. Pour cette raison, nous ne lui réserverons pas ce type de traitement. Nous ne publierons ni photos ni détails morbides.

jeudi 27 novembre 2014

Le Roman de Tristan et Yseut - Joseph Bédier / IV - Le philtre


Attention, vous atteignez la strate la plus basse et en même temps le High Level du romantisme : le philtre.


Tristan et Iseut - John Duncan (1912)





IV
LE PHILTRE


Nein, ezn was nith mit wine,
doch ez im glich wœre,
ez was diu wernde swaere,
diu endelôse herzenôt
von des si beide lâgen tôt.
(Gottfried de Strasbourg.)

vendredi 21 novembre 2014

La Petite Sirène / Disney (1989) vs Hayao Miyazaki (2008) (III)







Rôles d’HOMMES, rôles de FEMMES

En même temps, quand on voit la gueule des personnages de Disney, on ne peut pas vraiment s’étonner de la nature des interactions qu’ils ont entre eux. Là où on ne veut rien reprocher à Andersen, on peut se le permettre chez Disney. Le principe du cliché est de réduire. Le cliché est raciste, sexiste, discriminatoire et avilissant par essence. Le cliché est une caricature d’identité. Aussi, je vous le demande : pour qui, pour quoi, un créateur ressent-il le besoin de diminuer, réduire ses personnages ?


mercredi 19 novembre 2014

La Petite Sirène / Disney (1989) vs Hayao Miyazaki (2008) (I)


Karen Zachary Wang


Après le conte moyenâgeux et les animés antédiluviens, abordons la seule chose qui nous intéresse vraiment : ce que l’on fait aujourd’hui, avec ce trope de la femme-poisson. Et bien, après avoir ingurgité autant de déclinaisons de ce récit, j’en viens à la conclusion qu’il n’y a presqu’aucune différence entre le patriarcat de 1835, celui de 1968, celui de 1975, et celui de 1989. Si vous pensiez pouvoir utiliser l’argument « Ce sont des histoires qui correspondent à leur époque » et que je devrais réhabiliter Andersen à l’aune des progrès qui ont été faits depuis, on va être bien embêtés.

J’établirai donc l’indéfectible lien qui unit le dessin animé de Disney La petite Sirène, réalisé par John Musker et Ron Clements, sorti aux USA en 1989, au conte d’Andersen repris par Aksenchuk et Katsumata, tout en le comparant à ce que Miyazaki nous suggère en guise de mythe de la femme-poisson dans Ponyo sur la falaise, sorti en 2008, sur les points suivants :

👇
a La nature, les animaux et l’océan 
a Le portrait de la petite sirène 
a La famille : papa, maman et leurs filles 
a Homme + femme = amour 
a Rôles d’hommes, rôles de femmes 
a Le retour à l’ordre cosmique

mardi 18 novembre 2014

La Petite Sirène / Ivan Aksenchuk (1968), Tomoharu Katsumata (1979)



Vous avez lu le conte ? Destiné à l’édification des petites filles et au plaisir des adultes, sa cruauté laisse songeuse. Celle-ci nous est parfaitement restituée dans ces deux animés.


a

lundi 17 novembre 2014

La Petite Sirène / Hans Christian Andersen (II)











Elle avait toujours été silencieuse et réfléchie ; à partir de ce jour, elle le devint encore davantage. Ses sœurs la questionnèrent sur ce qu’elle avait vu là-haut, mais elle ne raconta rien.

Plus d’une fois, le soir et le matin, elle retourna à l’endroit où elle avait laissé le prince. Elle vit mûrir les fruits du jardin, elle vit fondre la neige sur les hautes montagnes, mais elle ne vit pas le prince ; et elle retournait toujours plus triste au fond de la mer. Là, sa seule consolation était de s’asseoir dans son petit jardin et d’entourer de ses bras la jolie statuette de marbre qui ressemblait au prince, tandis que ses fleurs négligées, oubliées, s’allongeaient dans les allées comme dans un lieu sauvage, entrelaçaient leurs longues tiges dans les branches des arbres, et formaient ainsi des voûtes épaisses qui obstruaient la lumière.

a

dimanche 16 novembre 2014

La Petite Sirène / Hans Christian Andersen (I)


La Sirène est une créature hybride mythologique, à mettre au rang des prédateurs de la race humaine, du moins de sa moitié masculine.

 Wiki nous apprend que la tradition la plus tardive, gréco-romaine, les dote d’abord d’ailes et de plumes. Elles sont déjà des déesses marines, chanteuses et musiciennes ensorcelantes, qui égarent et abîment les bateaux.

Mosaïque d'Ulysse et les sirènes - ville de Dougga
La sirene repue
Gustav-Adolf Mossa (1905)
La Sirène et le pêcheur 
Frederic Leighton (1856-1858)
Dans la mer - Arnold Bocklin (1827 - 1901)
Sirène - John Williams Waterhouse (1900)

vendredi 14 novembre 2014

The Dinner Party – Kali… et les autres



Après avoir croisé des femmes-vagins, des femmes-ventres et des filles faciles sur le carrelage du Dinner Party, nous rencontrons une femme qu’on ne pénètre pas : Kali/Durga. Comme Ishtar, sa principale caractéristique est sa dangerosité, souvent capricieuse, sauf qu’elle est ici davantage considérée comme un allié protecteur qu’un ennemi. Elle se défait de son aspect de fertilité, pour n’incarner plus que les rouages de la guerre et de la mort.



Inanna / Ishtar
Nous retrouvons au Proche Orient aux alentours de -4000, la déesse sumérienne Ereshkigal, la frangine d’enfer d’Inanna/Ishtar (dont elle est en fait une variation « noire »). Régnant sur le monde souterrain, elle y vivait une véritable passion avec son amant Nergal. Ce dernier, pour pouvoir vivre auprès de sa bien-aimée, dû se résigner à ne plus avoir de relations sexuelles avec elle. Elle prend l’apparence d’une belle jeune femme, avec des serres d’oiseau de proie et des ailes vigoureuses sur le dos. Elle apparaît toujours exaltée (de passion), pleurante (d’amour) ou hors d’elle (de jalousie), comme en témoigne sa réaction quand sa sœur parvint aux Enfers pour la détrôner. Elle avait pour messager Namtar, le Destin, qui balançait au gré de ses ordres maladies, désespoir et calamités sur les humains. Ereshkigal elle-même, ainsi que son royaume, les Enfers, prennent dans les textes le nom d’Irkalla, que l’on trouve également sur le Dinner Party.

lundi 10 novembre 2014

Le Roman de Tristan et Yseut - Joseph Bédier / III - La quête de la belle aux cheveux d'or


Bon, là, on attaque le gros du dur. Blanchefleur est morte, le roi est bon et mélancolique, Tristan preux et bien élevé, l’aventure peut vraiment commencer. Il est pour le moment bien clair que Tristan ne trouve aucun intérêt à Iseut, et que celle-ci le déteste cordialement. Et ça ne va pas s’arranger : Tristan s’en part la conquérir pour son bon roi Marc.



III
LA QUÊTE DE LA BELLE AUX CHEVEUX D’OR


En po d’ore vos oi paiée
O la parole do chevol,
Dont jo ai puis eü grant dol.
(Lai de la Folie de Tristan.)


lundi 3 novembre 2014

Le Roman de Tristan et Yseut - Joseph Bédier / I - Les enfances de Tristan

< Blanchefleur, l'une des plus vieilles femmes mises dans un frigo pour les besoins de la cause poétique.

Tristan et Yseut, c’est le plus vieux témoignage de la plus vieille femme dans le frigo… C’est la plus vieille histoire à user de ce trope follement romantique qui consiste à tuer par amour. La plus vieille histoire d’une fille si belle qu’elle en est méchante, à narrer les atroces turpitudes des hommes qu’elle ensorcelle. La toute première à raconter comment une femme force un homme à l’enlever, à fuir en se mettant tout le pays à dos et mourir pour elle. Cette histoire se distingue du « roman courtois », dans lequel la femme n’est qu’un objet passif du désir du chevalier. Ici, Yseut, elle fout les glandes à tout le monde.

Au fil du temps, ce récit particulièrement chevaleresque  a fini par rejoindre celui d’Arthur et de sa table ronde. On tue avec bravoure, on maudit avec courage, et l’on meurt en emportant avec soi la femme qu’on aime. Tel sont les fondements de notre littérature, de notre culture. Ça fait envie !

Il existe plusieurs versions de cette histoire.

La plus ancienne et la plus connue est Le Roman de Tristan et Yseut de Béroul, rédigée aux alentours de 1170. Elle est aujourd’hui incomplète, tout comme Le Tristan de Thomas d’Angleterre, écrit vers 1175. Marie de France (à qui l’on doit d’ailleurs le Lai de Graelent qu’écoute Tristan dans la version de Bédier) s’est inspirée de cette histoire pour écrire Le Lai du Chèvrefeuille, entre 1160 et 1189. Le Cligès ou la fausse morte de Chrétien de Troyes est également considérée comme une version du mythe. De nombreux auteurs après eux ont tricoté leur propre version, ajoutant d’autres fragments à ce grand puzzle (allez voir la page Wiki de ce mythe).

Pour ma part, je vous laisse avec la version de Joseph Bédier, qui a les immenses avantages d’être complète et intelligible, puisque rédigée au début du siècle précédent. Elle est constituée de 19 chapitres, que voici, et que j’égrènerai au fil des mois.


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I — Les enfances de Tristan     II — Le morhalt d’Irlande     III— La quête de la belle aux cheveux d’or     IV — Le philtre     V — Brangien livrée aux serfs     VI — Le grand pin     VII — Le nain Frocin     VIII — Le saut de la chapelle     IX — La forêt du morois     X — L’ermite ogrin     XI — Le gué aventureux     XII — Le jugement par le fer rouge     XIII — La voix du rossignol     XIV — Le grelot merveilleux     XV — Iseut aux blanches mains     XVI — Kaherdin     XVII — Dinas de Lidan     XVIII — Tristan fou     XIX — La mort


jeudi 30 octobre 2014

NON C’EST NON ! Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire - Irene Zeilinger


Aujourd’hui, publié aux éditions Zones, ce précieux petit manuel d’auto-défense dont je souhaite partager ici de substantifiques extraits.

En fait, des extraits, et tout son plan ! Ceci pour vous permettre de bien voir l’angle d’attaque de l’auteur, qui commence chaque chapitre en énumérant les raisons pour lesquelles, en situation d’agression, les femmes sont d’éternelles victimes… mais c’est pour mieux emboutir ce sinistre état de fait, que l’on sous-qualifie souvent de cliché (alors que c’est un très gros vrai problème) à coup de kickers !
Les conseils donnés peuvent authentiquement vous sauver la vie, et on trouve tout ce qu’il faut pour garder la tête froide quand ça commence à chauffer.

Selon le principe du lyber, le cyber-livre-libre (à prononcer très vite), vous en trouverez le texte intégral sur le site des éditeurs. A mettre dans toutes les mains (16 euros chez votre libraire favori) !


Irene Zeilinger
NON C’EST NON
Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre
de se faire emmerder sans rien dire.



lundi 27 octobre 2014

Que d'eau !


Initialement, nous avons décidé de recueillir nos eaux « usées » (les animaux « souillent », nous on « use ») pour pouvoir arroser plantes et jardin à moindres frais : cette maison étant un luxe à elle seule, nous avons l’intention d’y vivre… comme des pauvres. Que nous sommes d’ailleurs, alors, même pas besoin de se forcer, hein

(Image non contractuelle)
Procédé ultra-simple, et assez efficace en soi : il suffit de placer une bassine ou un petit seau au fond de chaque lavabo, et de les vider une fois pleins dans une cuve ad hoc. Au départ, nous n’avions pas l’intention de diminuer notre consommation d’eau, simplement d’en recueillir une partie (la moins sale) pour l’utiliser deux fois.

Or, c’est en faisant cette drôle d’expérience que ce redoutable constat s’est imposé à nous : nous (deux femmes et une petite fille) rejetons chaque jour, et sans compter les bains, les douches, l’eau de lavage des vaisselles et celle des chasses d’eau (que nous ne recueillons pas), 15 seaux de 5 litres par jour. Nous avons même pu observer in vivo les constantes suivantes :

Nous utilisons, chaque jour 
- 2 seaux par adulte et un seau par enfant pour la toilette, donc 5 seaux. 
- 2 seaux par personne pour le lavage de mains et un usage normal du robinet : 6 seaux. 
- 4 seaux pour rincer toute la vaisselle du jour. 

jeudi 23 octobre 2014

Grammaire non sexiste




Notre langue porte les prérogatives de la domination masculine dans nos conversations, dans les formulaires de l’administration, dans nos journaux, dans notre boîte aux lettres, dans nos relations quotidiennes.


mardi 9 septembre 2014

Attention, albums !!


Aujourd’hui, une étude passionnante livrée par l’association Du côté des filles, trouvée chez Olympe mais initialement essaimée depuis Fille d’album

Cette étude a été réalisée au cours de l’année 1994, et elle portait sur la quasi-totalité des albums de jeunesse parus cette année-là, c’est-à-dire 537 nouveautés passées au crible du sexisme.

Attention, albums !!



dimanche 31 août 2014

Projet d'une loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes - Sylvain Maréchal


1801 ; la Révolution, c’était hier. Les élites intellectuelles et politiques sont en effervescence, on érige des idéologies, des pensées, on construit des rêves, on exige des lois ! Athéisme, collectivisme et anarchisme sont sur toutes les lèvres, on les combat ou on les défend. Ce sont d’ailleurs de ces valeurs que se réclame Sylvain Maréchal, écrivain et militant républicain qui se distingua lors de la Conjuration des Égaux au côté de Gracchus Babeuf. Un « progressiste », dirait-on, qui voulait libérer l’Homme de toute servitude.

Mais nous sommes au temps où « tous les hommes naissent libres et égaux en droits » ne concernait pas encore les femmes.

Aussi devons-nous à sieur Maréchal ce mémorable pamphlet, qui prend la forme d’une proposition de loi pour interdire aux femmes la lecture et l’écriture.

La première partie est une compilation des arguments les plus éculés et les plus vexatoires contre l’éducation des femmes. La suite apporte les conclusions pratiques : comment s’y prend-t-on au juste pour maintenir les femmes dans l’ignorance ?





AUX CHEFS DE MAISON,
AUX PÈRES DE FAMILLE,
ET AUX MARIS.


samedi 30 août 2014

Esprit Philosophie


Frédéric Truskolaski a encore frappé !

Vous vous souvenez de lui, le gars qui sort des magazines de son chapeau… Cette fois, il essaie de nous faire croire qu’il a payé des gens pour réfléchir et nous repropose son « bimestriel » Esprit Philosophie.

Si vous en avez acquis un numéro alors que vous cherchiez votre Philosophie Magazine, je comprends votre déception.

Pourtant, vous auriez dû vous méfier…

mercredi 13 août 2014

Locus de contrôle


De locus, « lieu » en latin : le lieu de contrôle. Il s’agit d’une notion admise en psychologie aujourd’hui et décrite par Julian Rotter dès 1954 dans le cadre de sa théorie sur l’apprentissage social.

C’est assez simple : habituellement, où placez-vous la cause de ce qui vous arrive dans votre vie ? A l’extérieur de vous (la faute à la fatalité, les autres, l’Etat…), ou à l’intérieur de vous (grâce à vos actes, vos performances) ?


Si vous ne voyez pas bien ce que je veux dire, saisissez-vous d’un papier, d’un crayon, et réalisez le questionnaire à choix forcé suivant…

Notez pour chaque ligne l’affirmation qui vous correspond le mieux, A ou B. Puis comptez vos points en fonction de vos réponses. Vous pouvez « tricher », et décider de ne mettre qu’un demi-point quand vous n’êtes pas certain.e de pouvoir trancher.


ECHELLE DE LOCUS

(Librement traduite, adaptée et condensée par moi-même. Vous pouvez consulter le test original et la notation, le tout en anglais.)


mercredi 6 août 2014

The Dinner Party - Kali



Aile 1 : l’Antiquité

Déesse primordiale   -   Déesse de la fertilité   -   Ishtar   -   Kali   -   Déesse Serpent   -   Sophie   -   Amazone   -   Hatchepsout   -   Judith   -   Sappho   -   Aspasie   -   Boadicée   -   Hypatie


Représentation de Kali, temple de Shiva Nâtarâja, Chidambaram, Tamil Nadu


mardi 5 août 2014

Survivre au progrès - Mathieu Roy et Harold Crooks (Canada, 2011)



« L’économie est si déconnectée de la réalité qu’elle en devient nocive. Dans un cours d’introduction à l’économie, tous les professeurs vont commencer par montrer un graphique très impressionnant du système économique, avec les matières premières, les processus d’extraction, les fabricants, les grossistes, la vente au détail et des flèches dans tous les sens. Pourtant, ils savent très bien que l’économie n’est pas une science. C’est un ensemble de valeurs qu’ils essaient de mettre en équation pour faire comme si c’était une science. 
Mais si on demande à un économiste «Dans cette équation, où est-ce que vous mettez la couche d’ozone ? La nappe aquifère d’eau fossile ? Les terres arables ou la biodiversité ? » Il répond « Ce sont des paramètres extérieurs [externalities]. » On pourrait aussi bien être sur Mars. 
Cette économie n’est pas ancrée dans la réalité. 
C’est toute la chaîne de vie qui filtre l’eau dans le cycle hydraulique. Ce sont les micro-organismes dans le sol qui génèrent cette terre qui permet de faire pousser notre nourriture, la nature offre tout un tas de services ! Les insectes pollinisent les fleurs ; ces services sont vitaux pour la santé de la planète, et les économistes appellent ça « des paramètres extérieurs » ! C’est du délire. » 

David Suzuki / Généticien et activiste (minute 55)