dimanche 20 novembre 2016

Poétesses



À la base, je voulais te parler d’Andrée Chedid… C’est une femme de lettres, poétesse qui a laissé derrière elle ce que l’on peut compter comme les plus belles lignes de la littérature française moderne. Et même moins moderne, à mon avis, parce qu’Andrée Chedid, à la lecture, nous donne une drôle d’impression, rarement ressentie ailleurs : sa poésie ne parle pas des hommes et très peu d’amour. Ma remarque te paraît bizarre ? Eh bien, promène-toi un peu sous les mots-clés « poésie française » : tu arriveras ici ou , où tu ne croiseras que des hommes, à travers les thèmes canoniques l’amitié / l’amour / le mariage / la vie. Avec une rose délicatement posée sur la page d’un livre ouvert, parfois… tu viens de trouver la femme dans la poésie française. Enfin, juste dans son anthologie ! Si on voulait appliquer le Bechdel-test (hypothèse amusante) à nos anthologies poétiques, on n’en repêcherait pas des masses. L’homme y est le centre du monde.

Tu trouveras des tonnes de poèmes sur la femme, mais pour trouver des poèmes de femmes, ça va être plus compliqué. Les femmes n’auraient-elles rien écrit en 5000 ans d’expérience humaine dans ce domaine ? La réponse est un peu pathétique : en effet, la production féminine, la masse des choses qu’elles ont écrites, est ridiculement ridicule en regard de la masse produite par les hommes dans le même temps, pour la raison assez simple qu’écrire, ça s’apprend et que depuis 5000 ans, le système patriarcal prévaut. L’un des principes essentiel du patriarcat, c’est de ne pas éduquer les femmes.

Et pourtant, on en trouve quand même, à ce point même que ça tient du miracle, vu l’acharnement avec lequel on a voulu les soustraire à cette activité. Tiens, pour le plaisir, je te fais une liste de toutes les poétesses d’expression française que j’ai rencontrées au cours de mes recherches et pour lesquelles j’ai trouvé un tant soit peu d’informations (au moins un lien…).



Christine de Pizan et son fils

Moyen-âge

Marie de France (1160-1210)
Christine de Pizan (1364-1430)
Marie de Ventadour (…-1219) 

Époque moderne

Marie d’Agoult / Daniel Stern (1805-1876) 
Doëtte Angliviel (1809-1948) 
Autoportrait
d'Elisabeth-Sophie Chéron
(1672)
Madeleine de l’Aubépine (1546-1596) 
Félicie d’Ayzac (1801-1881) 
Fanny de Beauharnais (1737-1813) 
Louise Bertin (1805-1877) 
Germaine Blondin (1887-1965)
Mélanie Bourotte (1832-1890) 
Renée de Brimont (1880-1943) 
Claude Cahun / Lucy Schwob (1894-1954) 
Nina de Callias (1843-1884) 
Louise Colet (1810-1876) 
Portrait de Constance Pipelet -
Jean-Baptiste François Desoria
(1797)
Simone Chevallier (….-1980) 
Louise-Victorine Choquet / Ackermann (1813-1890) 
Marie Dauguet (1860-1942) 
Lise Deharme (1898-1980) 
Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) 
Catherine Descartes (1637-1706) 
Evelyne Désormery (1784-1868) 
Tola Dorian (1839-1918) 
Jeanne Dortzal (1878-1943) 
Adélaïde Dufrénoy (1765-1825)  
Emilie Evershed (1800-1879)
Louise Colet
Catherine Fradonnet / Des Roches (1542-1587)
Rosemonde Gérard (1866-1953) 
Delphine Gay / de Giradin (1804-1855) 
Katia Granoff (1895-1989) 
Marie-Laure Grouard (1822-1843) 
Pernette du Guillet (1520-1545) 
Rose Harel (1826-1885) 
Nicolette Hennique (1886-1956) 
Marie de Hérédia / Georges d’Houville (1875-1963) 
Marie Huot (1846-1930) 
Eva Jouan (1857-1910) 
Elsa Koeberlé (1881-1950) 
Marie Krysinska (1857-1908) 
Natalie Barney à 10 ans
Carolus Duran (1897)
Louise Labé (1524-1566) 
Cora Laparcerie (1875-1951) 
Madame de Lauvergne / Lénodaride (XVII)
Hermance Lesguillon (1812-1882)
Jeanne Loiseau / Daniel Lesueur (1854-1921) 
Anne de Marquets (1533 - 1588) 
Elisa Mercoeur (1809-1835) 
Louise Michel (1830-1905) 
Adrienne Monnier (1892-1955) 
Amélie Murat (1882-1940) 
Jeanne Nette / Catulle-Mendès (1867-1955) 
Anna de Noailles (1876-1933) 
Marie Noël / Rouget (1883-1967) 
Jeanne Dortzal
1900
Françoise Pascale (1632-1699) 
Louisa Paulin (1888-1944) 
Jeanne Perdriel-Vaissière / Saint-Cygne (1870-1951) 
Hélène Picard (1873-1945) 
Mathilde Pomès (1886-1977) 
Catherine Pozzi (1882-1934) 
Berthe de Puybusque (1848- ?) 
Antoinette Quarré (1813-1847) 
Marie Ravenel (1811-1893) 
Isabelle Rimbaud (1860-1917) 
Anne de Rohan (1584-1646) 
Hortense Rolland (1836-1884) 
Anne-Marie Ropars (1839-1913) 
Agathe-Sophie Sasserno (1810-1860) 
Renée de Brimont
Cécile Sauvage (1883-1927)
Anaïs Ségalas (1811-1895)
Hélène Seguin (1885-1972)
Louisa Siefert (1845-1877) 
Marie de Sormiou (1865-1956) 
Gabrielle Soumet (1814-1886) 
Brémonde de Tarascon (1858-1898) 
Amable Tastu (1795-1885)
Constance de Théis (1767-1845) 
Ondine Valmore (1821-1853)
Anne de la Vigne (1634-1684) 

Rosemonde Gérard -
Ernest Hébert (1901)
Époque contemporaine

Béatrice Balteg / Nicolas
Marie de Hérédia
Marie-Claire Bancquart
Gisèle Barbotin (1900-1958) 
Audrey Bernard (1922-1997)
Martine Broda (1947-2009)
Andrée Brunin (1937-1993)
Claude de Burine (1931-2005)
Anna-Elisabeth,
comtesse de Noailles
Philip Alexius de László (1913)
Charlotte Calmis (1913-1982)
Odette Casadesus (1925-1999)
Claudine Chonez (1912-1993)
Geneviève Clancy (1937-2005)
Lucie Delarue-Mardrus,
portrait à la cigarette -
Nadar (1914)
Chantal Danjou
Juliette Darle (1921-2013)
Béatrice Douvre (1967-1994)
Marie-Jeanne Durry (1901-1980)
Valentine de Saint-Point
(1914)
Sylvie Fabre
Laurence Iché (1921-2007)
Gisèle Barbotin par
Raymond Dorsand (1933)
Emilienne Kerhoas
Paule Laborie (1911-2007)
Maryse Lafont (1918-2001)
Andrée Marik (1914-2016)
Marietta Martin (1902-1944)
Anne-Marie Albiach
1971
Alice Massénat
Janine Mitaud (1921-1991)
Nora Mitrani (1921-1961)
Jeanne Monteil (1924-1999)
Geneviève Pastre (1924-1912)
Anne Péron (1908-2002)
Gisèle Prassinos (1920-2015)
Andrée Chedid
Madeleine Riffaud
Jacqueline Risset (1936-2014)
Mitsou Ronat (1946-1984)
Pierrette Sartin (1911-2007)
Sabine Sicaud (1913-1928)
Angèle Vannier (1917-1980)
Louise de Vilmorin (1902-1969)




Un lien mort ou fâcheux ? Un nom (et un prénom) à ajouter à cette liste ? Une faille dans mon classement ? N’hésite pas à laisser un commentaire sous cet article !


J'en ai compté 220. Evidemment, si je voulais dresser une telle liste pour les hommes, j'aurais besoin de beaucoup plus de temps et de place. 

Je vais dire un truc drôle (je m'amuse d'un rien) : les femmes sont comme les hommes.

Quand elles lyrisent, c’est souvent pour parler d’amour. Pourquoi ? Mais parce qu’il y a 6000 ans, en même temps qu'on inventait les nombres pour compter mieux, on inventait les lettres pour penser mieux ! Depuis, l’esprit humain n’a pas rencontré de limites à ses capacités d’analyse, de décorticage et de complexification du monde. Depuis, il a accès à des schémas de pensées abstraits qui mettent à sa portée des choses indicibles. Il creuse, il creuse, il creusera toujours l’idée de dieu, de liberté, de mort et d’amour, ces questions qui reviennent toujours sur le tapis. Réécoute toutes les chansons de ta discothèque et relis tous les livres de ta bibliothèque : ça ne parle que de ça. Et c’est comme ça qu’en apprenant quand même à lire et écrire, les femmes sont devenues intelligentes, semblablement aux hommes, et qu’elles se sont mises à écrire des poèmes d’amour.

Et d'autres trucs aussi ! Ce que je trouve vraiment dommage, c'est que les seuls vers que nos anthologies veulent bien retenir, ce sont ces litanies symptomatiques du post-partuum éternel auquel sont vouées les femmes, qui alternent sonnets enamourés et complaintes de chagrin d'amour. C'est-à-dire qu'en face d'un Ronsard, il faut se fader une Desbordes-Valmore. *Romantic overdose* So 1800 les enfants ! La première façon de tuer le patriarcat, c’est de lui faire fermer sa gueule quand il parle d’amour ! Et produire, produire !

J’ai donc cherché, disais-je des poétesses qui ne parlent pas d’amour, qui se sont occupé d'autre chose. Au rayon « homme », c'est castoche, Aragon se pose là, tu vois, pas très loin de Rimbaud, Prévert et Carême, Villon... C’est pas forcément politique, mais c’est nécessairement philosophique. Ça nous parle de quête de liberté, de la vraie vie, de concepts profonds. C’est très beau. On en trouve à la pelle sans se fatiguer. Au rayon « femme »… ouh, la galère. On pourrait croire qu’en tant d'ans et de siècles, les femmes n’ont pas eu d’autre préoccupation que l’amour, depuis leur petite chambre. La liberté, la vraie vie, tout ça tout ça… Nan, pas trop. En tout cas, terriblement pas dans les miettes de poésie que notre classicisme a bien voulu garder. Pourtant, dans la liste de courageuses que je viens de vous faire, vous en trouverez plein.




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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...