samedi 12 juillet 2014

The Dinner Party – La Déesse primordiale… et les autres




Logiquement, les femmes associées à la déesse primordiale par Judy Chicago, sur le socle du Dinner Party, ne relèvent pas vraiment de cet archétype premier, mais plutôt de celui de la mère, génitrice et nourricière, puisqu’aucune entité féminine, à ma connaissance, n’a eu l’honneur d’être retenue comme le principe premier de toute chose par toute une civilisation (quoiqu’on soupçonne le contraire). Ainsi, Chaos, qui est une « béance », était-il une divinité mâle, et c’est lui qui engendra Gaïa. A partir de cet élément mâle, la Déesse-Mère entre en scène et inonde le monde de générations de petits rejetons de Dieux, de héros, et enfin d’humains.



Ninhursag
Il y a 5000 ans, au Moyen-Orient dans la région de Sumer, Aruru/Ninhursag, était une déesse-Mère sumérienne qui fabriquait les héros dans l’argile. Elle était aussi la femme d’Enki, dieu civilisateur et fils de Nammu, qui était, elle, la Mère de Toutes les Mères, mais qui ressemble beaucoup à Tiamat, Déesse chaotique primordiale de Babylone.

En Egypte : Tefnout, déesse de la rosée et de la pluie à Héliopolis, était la parèdre du dieu Shou, le couple divin créateur du monde, mais tous deux sont nés de l’éjaculation/crachat du Dieu Atoum (oui, il y en a une excellente à faire là)Neith, une des plus anciennes déesses protectrices égyptiennes, orne le front des Pharaons avec sa consœur Bouto, la Déesse Cobra que Chicago consacre dans une autre partie de son installation. On remarque que dans la ville seule de Saïs, Neith était considérée comme le creuset du monde, le véritable principe premier. Ailleurs, elle faisait plutôt partie d’une parèdre créatrice et elle est assimilée à  Nout, la voûte Céleste,  fille de la Tefnout héliopolienne. Le feu de Neith couvera longtemps avant de s’éteindre, se muant en Isis (par ailleurs une de ses filles dans les actualisations suivantes du mythe) puis en Cybèle (car le mouvement de syncrétisme continue avec la civilisation gréco-romaine).

Gaïa / Tellus / Terra Mater
Il y a moins de trois mille ans, en Europela civilisation grecque accouche d’un premier panthéon en guise de genèse du monde. Gaïa fut la toute première Déesse à émerger du Chaos dans la chronologie des principaux mythes grecs. Elle donnera forme à la Terre sans intervention masculine. Elle s’unira à son premier fils Ouranos, le Ciel, pour engendrer ensuite les Titans, les Cyclopes et autres Hécatonchires, tout ça étant un peu comme de gros engins de chantier pour mettre le monde en ordre. Par contre, Ouranos ne supportait pas ses gosses et demandait à son épouse de les garder dans son ventre si elle ne voulait pas les voir balancer dans les Enfers du Tartare. Eurynomé était quant à elle fille d’Océan, fils de Gaïa. Elle a eu l’honneur d’être la première à siéger sur l’Olympe avec le Titan Ophion, avant d’être détrônée par le couple Rhéa et Cronos (ce dernier « évacuait » également les enfants de Rhéa, dès leur naissance, mais le sixième, Zeus, finit par lui mettre la misère et prit sa place).

Siwa
La mythologie nordique possède également deux générations de dieux, les Vanes, créateurs du monde et révérant la nature, dépossédés du pouvoir par les seconds, les Ases, plus belliqueux et qui veulent mener le monde. Leurs querelles s’apaisèrent suite à un échange de dieux entre les deux clans. Ainsi Gefjon était une géante Vane, qu’Odin (chef des Ases, qui règne à présent) a envoyé paître faire ce que bon lui semblait alors qu’elle lui réclamait un bout de terre où régner. Elle créera le Seeland en traçant de sa charrue et ses quatre fils en guise de bœufs un large sillon sur les terres du roi Gylfi ; elle est parfois assimilée à Freyja, une Vane qui fut échangée contre des Ases et devint une figure importante du panthéon nordique, déesse de la fertilité, de l’amour et des vierges.

Ilmatar était la déesse de l’air qui a façonné la terre et les astres dans la mythologie finnoise.

Siwa, aux longs cheveux, était la déesse slave de la Vie, de l’amour et de la fertilité ; elle était l’épouse de Siebog, également dieu de l’amour et du mariage.

En AsieAysyt, la déesse-Mère iakoute veillait sur chaque naissance, apportait l’âme de l’enfant à naître et tenait les registres du Destin.

Atira
En AmériqueAtira était la femme du dieu créateur Tirawa chez les amérindiens Pawnee, représentée sous la forme d'un maïs ou d'un nuage. Sa fille enseigna aux hommes l’agriculture et la fabrication des outils.

Le dieu créateur aztèque Ometeotl, enfin, était double : il était fait d’une essence masculine, Ometecuhtli, et d’une essence féminine, Omecihuatl. Ces deux-là étaient considérés comme des époux. Elle vivait ainsi au Treizième Ciel avec son « mari » avec qui elle généra les héros qui créèrent à leur tour les Hommes.



A la question "Connaît-on une société primitive matriarcale ?" la réponse aujourd’hui est « non » et risque de le rester puisque si elle exista, ce fut avant l’écriture (institution d'abord masculine), dans des temps hors d’atteinte, et dont les preuves en attestant ont dû traverser des millénaires de syncrétisme par des religions patriarcales. Si la mainmise des hommes sur les femmes est concomitante de son évolution en « homme moderne », on peut penser que ceci explique cela : c’est comme ça qu’ils ont fait, c’est par là qu’homo sapiens a commencé.

C’est avec la certitude de dominer le monde, et c’est en le faisant, que le singe est devenu un homme, un vrai.






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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...