Louis, 30 ans, ingénieur et masculiniste




C’est quoi être masculiniste ? C’est être comme Louis (ou Sergi, donc, @cacestmafrance, compte aujourd'hui suspendu), 30 ans, ingénieur, que vous entendrez de la minute 20 à la minute 23 de l’excellent huitième épisode d’Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé. Je retranscris ses propos ci-dessous, c’est cadeau. Parce que tu as sûrement 3645826 potes qui partagent ses idées, et que tu dois te sentir mal à chaque fois qu'ils ouvrent leur grande bouche, je vous conseille les bingos que je vous refile au passage, histoire de vous familiariser de manière ludique à cette forme de pensée.







J’ai même fait un petit code pour rendre la lecture plus vivante :

- L’italique signifie que Louis, 30 ans, ingénieur, modifie sa voix pour imiter la voix d’une femme.

- J’ai souligné quand Louis, 30 ans, ingénieur, appuyait un mot en particulier.

- [J’ai mis entre crochets les éléments audibles qui ne sont pas des mots : silences, bruits, rires de Louis, 30 ans, ingénieur]

- Enfin j’ai mis en gras + renvois les grands classiques, que je reprends brièvement à la suite pour rappeler en quoi ces propos de Louis, 30 ans, ingénieur, sont problématiques.


***

« Aujourd’hui je pense qu’il y a un énorme problème, c’est qu’on n’arrive plus à danser (1). Avant la danse, c’était très clair, y avait un cavalier et t’avais celle qui suivait. C’était pas une question de soumission, tu vois, c’était juste qu’il faut bien qu’il y en ait un des deux et on a décidé que c’était le cavalier parce que c’était un homme et qu’il avait la force physique (2) ou… ou je sais pas quoi, enfin on s’en fout… mais quand on a la force physique on n’a pas la grâce. Faut arrêter quoi, les rôles sont très bien établis par la nature (3). Souvent quand on a la force physique on n’a pas la grâce. Quand on peut porter un enfant, ben on peut pas aller à la chasse parce que…’fin… Aujourd’hui t’as des nanas qui veulent absolument, et elles savent pas pourquoi [bruit de bouche] parce qu’on leur a dit, je sais pas, parce que les grand-mères ont brûlé leurs soutien-gorge, que les mères [pff] elles sont paumées de toute façon, elles sont montées au créneau aussi parce qu’elles savent pas pourquoi et… du coup t’as des gamines qui sont déchirées entre genre « je suis pas une pute (4) mais heu faut que je sois une salope (4) » et un homme « Il faut qu’il soit beau, riche, fort, en même temps sensible (4), qu’il en ait rien à foutre de l’argent » enfin c’est un bordel pas possible quoi. On se marche sur les pieds, on devrait mener la danse mais on nous a dit « Attention, tu veux mener la danse, mais non [ricanement] euh, il faut que tu respectes les femmes. » Alors tout de suite t’es accusé de tous les trucs (5), là euh pas possibles, donc du coup tu te mets en retrait, tu fais genre [parle plus doucement] « Oulala non, non, non, non je prends pas le… » Du coup la nana en face elle se dit « Mais c’est un pédé ou quoi ? » Alors tu dis « Ah je suis un pédé ? (4) Non [bégaie] vas-y je vais te… » Là elle euh elle va te faire euh… « Oh attends, tu veux m’écraser ? On s’est battu pour ça, moi je suis une femme, maintenant j’ai des droits comme toi » et genre elles veulent… Elles veulent pas les mêmes droits elles veulent, elles veulent euh… [déglutit] elles veulent tout. Même ce qui nous appartient à nous quoi genre on n’a plus rien qui nous appartient, c’est un bordel de malade, genre elles savent pas, elles savent pas ce qu’elles veulent (6). On n’a jamais su ce qu’elles voulaient, même nous on sait plus ce qu’on veut nous. C’est genre une horreur pas possible, y a plus de nature. Nos comportements… ils sont plus naturels tu vois. On se force à essayer à retrouver une certaine nature mais on sait plus ce qu’on est tu vois. Ben ouais chuis bougon quoi, chuis, chuis… c’est pas pour ça que je suis méchant. On n’a même plus le droit de dire (7) ça tu vois, on sait, on sait même plus comment se positionner les uns par rapport aux autres. La virilité avant c’était quelque chose de positif, maintenant c’est tout de suite associé à… testostérone (8), agressivité, viol, enfin… frapper sa femme, boire nin nin nin compagnie et tout. ‘tin, t’es constamment orienté vers quelque chose de négatif. Moi j’en souffre beaucoup (9). Moi je suis un enfant tu vois, moi si les femmes sont féministes moi je suis masculiniste. Moi j’en ai marre voilà. J’en ai ras-le-bol, je suis révolté. Ça fait 30 ans que j’existe en fait tu vois, et ça fait euh [calcule] ça fait 24 ans qu’on me tape sur les couilles (9). Je supporte pas qu’on me tape sur les couilles, j’ai rien demandé. Mais non tu vois, il convient de faire perdurer cette image comme quoi les femmes sont des victimes et des anges et les hommes sont des gros singes qui sont des coupables. On continue à victimiser les femmes (10), les féministes le font elles-mêmes, genre en les déresponsabilisant (10). Je sais pas, moi j’en ai marre, chuis hyper en colère contre cette société. La masculinité aussi ça m’évoque tout de suite… « Exaspération »… genre… « Honte », parce qu’il faut pas en parler, c’est pas bien, genre c’est quelque chose de négatif, un peu comme euh… être français. Le seul moment où tu as le droit d’être français c’est euh… de chanter la Marseillaise, tu vois c’est pendant la Coupe du Monde, sinon t’es raciste. Enfin ça me saoule tu vois, ça, ça me saoule. »

(Propos recueillis par Florian Vörös, sociologue, auteur d'une thèse Les usages sociaux de la pornographie en ligne et les constructions de la masculinité)


***

1) Ne plus arriver à danser n’est pas un énorme problème. Tout comme ne plus arriver à draguer, baiser, discuter. D'ailleurs je suis à la recherche des hommes qui "n'arrivent plus à danser", vous en avez vus ?



2) En quoi la force physique induit que les hommes mènent la danse, si on écarte le concept de soumission ?? Il s’emmêle un peu les pédales on évoquant la capacité à « porter un enfant » (ce qui requiert clairement de la force physique) et le fait de ne pas pouvoir aller à la chasse selon l’argument « quand on a la force physique on n’a pas la grâce », j’ai pas compris et vous ?



3) Si la nature établit des rôles, ce n’est clairement pas ceux-là. Vous pouvez actualiser vos connaissances en biologie.



4) Pute, salope, un homme beau riche, fort et sensible, pédé : en appeler à des clichés n’établit aucune vérité sociologique. Il conviendrait d’interroger ces concepts au lieu de se baser dessus.



5) Les « fausses accusations » sont le fer de lance des masculinistes, au milieu d’une justice qui leur est entièrement dévolue. On rappelle qu’il y a plus de risques pour un homme d’être lui-même violé  que d’être injustement accusé. Les viols et les agressions sexuelles sont les crimes et délits pour lesquels on porte le moins plainte.



6) Les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent… ou alors les mascu ne savent pas lire, n’ont pas d’yeux ni d’oreilles, on ne sait pas trop. En dépit de leur invisibilisation les revendications des femmes sont claires et unanimes : égalité, justice et sécurité.



7) Argument d’un cynisme éhonté : « on n’a plus le droit de rien dire » que doivent drôlement apprécier celles à qui l’on demande de se taire, de faire moins de bruit, de surveiller leurs propos… celles qui ont été censurées et celles dont le travail a été récupéré… d’un autre côté on a jamais vu un homme aller en prison pour avoir dit ce qu’il pense des femmes.



8) La dévaluation de la testostérone les chagrine énormément, il faudrait que ça reste un truc hyper positif sinon il souffre. On a beau expliquer qu’aucune hormone est bonne ou mauvaise en soi, que plus t’en mets plus t’en as et qu’en tant qu’humain tu peux t’élever, t’améliorer et te dominer, et bien non, il souffre. En dernier recours, on a essayé de mettre sur le tapis les autres hormones, celles que les femmes portent et qui sont Ô combien discutées, critiquées, blâmées, avec des effets si chiants hein, il souffre quand même.



9) Bref, les mascu souffrent. On leur tape sur les couilles ! Ah oui, évidemment, c’est purement symbolique hein. Il souffre dans son cœur et il utilise une métaphore pour ses couilles, on (qui ?) lui tape pas vraiment dessus. Est-ce qu’on lui parle du clito et des parties génitales féminines, qui elles sont mutilées par millions pas du tout symboliquement ?



10) Reconnaître le statut de victimes des femmes, c’est les déresponsabiliser, leur donner le bon dieu sans confession. On le rassure : la justice ne reconnaît pas le statut de victimes à la majorité des femmes qui y ont recours. Alors celles qui ne portent pas plainte... lol. Si on te vole ta voiture, si on cambriole ta maison, tu n’entendras pas ce discours : « si on reconnait ton statut de victime, ça va te déresponsabiliser ! », les violences faites aux femmes sont les seules qui salissent la victime au lieu de salir le coupable. Ou plutôt, il est absolument insupportable que des hommes soient salis pour si peu (en fait, disons-le, carrément rien, le masculinisme est un immense procès en diffamation). Par contre lui, il souffre et j’imagine que reconnaître son statut de victime ne le déresponsabilisera pas.

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