vendredi 23 juin 2017

Les affaires sont les affaires - Octave Mirbeau (1903)



« Vous croyiez que vous n’aimiez pas Mirbeau
mais ce n’est pas vrai, c’est lui qui ne vous aimait pas. »
Sacha Guitry


Lucien - Germaine,
Les Affaires sont les affaires,
par Hermann-Paul (1929)



Je veux partager avec toi ce petit morceau de littérature qui m’a beaucoup transcendée : Les affaires sont les affaires, « manuscrit sans rature » d’Octave Mirbeau, produite pour la première fois à la Comédie-Française le 20 avril 1903, avec un succès qui ne s’est jamais démenti. C’est très exactement ce que j’ai toujours eu envie de lire, ce qui est arrivé il y a seulement quelques mois. J’ai lu le texte d’une traite, avec une sensation de familiarité et un confort jubilatoire. Puisse-t-il te procurer autant de sensations !

Classique super classe, fluide, incisif, c’est un portrait du capitalisme qu’il faut absolument avoir lu ! C’est aussi un joli portrait de femme libre.

Extrait de l'Acte II, Scène V.



GERMAINE
Si mon père n’était que fou… je supporterais sa folie… je pourrais même l’aimer et le guérir, à force de l’aimer… Mais… il n’est pas fou… Un homme aussi tenace et qui ne perd jamais pied dans ses plus extravagants caprices… un homme aussi terriblement logique dans sa déraison… n’est pas fou… 


LUCIEN
Ma pauvre Germaine !… (Il attire Germaine contre lui… lui prend la tête, avec des mouvements caressants et doux.) Chère petite tête sauvage… Ah ! si je pouvais y faire entrer plus d’indulgence et plus de pitié !… Si je pouvais… (Il lui embrasse le front.)… mettre là… un sens plus vrai de la vie !… (Il la regarde ensuite longuement.) C’est de toi-même que tu souffres, plus que de ton père… 


GERMAINE
Mais non… mais non… 


LUCIEN
Si… si… Tu souffres d’entretenir en toi un rêve au-dessus de l’humanité… Et ton idéal de justice absolue te prépare… oh ! crois-moi… un avenir de douleurs… Je ne suis pas un saint, moi non plus… Je suis, comme tout le monde… un composé de bien et de mal… de mal, peut-être, plus encore que de bien… Qui me dit que, le jour où tu t’apercevras que je ne suis qu’un homme… un pauvre homme de la terre… tu ne me haïras pas de n’être plus la radieuse chimère que tu avais créée en toi ?… Et alors… que deviendras-tu ? 


GERMAINE
C’est stupide, ce que tu dis là… 


LUCIEN
Non, c’est humain… Et tu retrouveras partout avec plus ou moins d’intensité… et sous d’autres formes… ce que tu as vu… ici… chez toi… Les décors peuvent varier où l’âme de l’homme habite… mais l’âme est la même… ou si peu différente… C’est la pauvre âme humaine avec ses appétits, ses intérêts, ses passions destructives… ses incohérences… ses crimes… oui !… mais avec la lourde fatalité de ses misères aussi… Et il faut la plaindre… plus qu’il ne convient de la haïr… Car on ne sait pas… Chez l’homme le plus déchu… chez le criminel le plus endurci… il y a toujours… pour qui sait voir… une petite lueur… par où s’ouvre le chemin de la pitié !… 


GERMAINE
La pitié !… Mais c’est parce que j’ai le cœur plein de pitié que j’ai aussi le cœur plein de haine… (Lucien, doucement, se dégage de Germaine. Elle le ramène.) Voyons… voyons… sois gentil… Reviens… (Un temps… Avec effort.) Je ne t’ai pas tout dit… moi non plus… par pudeur pour mes parents et pour moi… Et j’ai eu tort… Car les êtres qui s’aiment doivent tout mettre en commun… leurs joies… leurs douleurs et leurs hontes… Tu connais une partie de ma vie… mais tu ne connais pas toute ma vie… ma vie intérieure et secrète… Eh bien, connais-la… Elle en vaut la peine, je te le jure !… Ma mère !… Rien ou peu de chose… Elle n’est même pas méchante… et elle croit m’aimer… mais son cœur, peu à peu, à son insu, s’est endurci, par l’habitude et par l’exemple… Le peu de conscience qu’il y avait en elle a disparu, dans l’opulence, dont elle ne sait que faire, d’ailleurs ; et elle mêle à ce qu’elle appelle sa tendresse pour moi des préoccupations si vulgaires et si viles, si absolument étrangères à l’amour, que je n’ai jamais pu, en dépit de mes efforts et de mes raisonnements, la considérer comme une mère… comme ma mère…


mardi 13 juin 2017

Je roule à 70 km/h




Récemment sur la route, tu t’es retrouvé.e derrière une Micra noire (un peu cabossée) qui n’avançait pas et tu as eu l’impression que sa conductrice n’en avait rien à faire de te faire lambiner derrière elle ? C’était moi !!


J’ai pris une importante décision : celle de ne plus dépasser les 70 km/h lorsque je me déplace avec ma voiture. Marrez-vous, oui ! ça change tout.

mercredi 7 juin 2017

Care


Le privé, c’est politique, je faisais ce genre de constat dans un billet sur les statistiques concernant les « ménages » (oh le beau mot) français. C’est au sein de chaque couple que se perpétuent les valeurs du patriarcat. Se libérer, c’est une affaire personnelle, qui commence dans sa tête. C’est après que ça devient compliqué, parce que si tu es en lutte dans ta vie privée, c’est-à-dire avec tes proches, ta famille, tes amours, ça devient une guerre civile.

C’est le petit goût amer de la liberté, quand on se rend compte que même avec beaucoup de prudence et de volonté, on se retrouve toujours coincée.

Comme j’étais emmerdée ce matin de ne pas trouver de café dans ses placards, je me suis demandée d’où venais cette propension que j’ai à penser à tout ce qui concerne tout le monde (typiquement, le café) et lui à ne penser à rien d’autre qu’à lui (oui, j’ai l’air piquée, je suis piquée). J’exagère dans les deux sens bien sûr, je ne pense pas à tout et lui ne pense pas qu’à lui, mais le problème est récurrent. Quotidien pour ainsi dire.

Le problème du quotidien, c’est que c’est tous les jours, tu vois.

dimanche 4 juin 2017

There will be blood


Ce post philogyne suit le fil de mes cycles menstruels. C’est-à-dire que chaque mois, quand j’ai mes règles, je l’actualise en ajoutant des images, des liens ou des vidéos, les plus belles, les plus drôles ou les plus éloquentes sur le sujet. Si tu es d’humeur badine, tu peux t’amuser à calculer quand j’ovule.

Tu remarqueras que cette page est lourde et longue à ouvrir et qu’en plus, elle reste presque toujours sur la page d’accueil. Dis-toi que c’est métaphorique.

*03*06*17*

John Anna, Womanstruation




Ces hommes qui ont peur des menstruations

La femme qui saigne est dangereuse dans l’imaginaire patriarcal. Elle porte un regard sur le monde que l’homme ne possède pas. Un savoir basé sur l’expérience concrète de la vie, la filiation mère-fille, l’identité. Il y a aussi des hommes qui ont peur des femmes qui ne peuvent pas enfanter. Elles seraient dangereuses pour d’autres raisons : libertines, infidèles, incontrôlables. C’est comme si les femmes étaient toujours coincées entre les désirs et les attentes des hommes. Trop mères ou trop filles, mais jamais assez.

Simon Poirier
(Source : La Fabrique Crêpue)


jeudi 1 juin 2017

33


Jesus break dancing,  de Cosmo Sarson

Bon, ça y est, j'ai fait mieux que Curt Cobain, Amy Winehouse et Janis Joplin. Maintenant, je veux faire mieux que Jésus.

Joyeux anniversaire, Volu.



“Le moment le plus intense que l’Univers ait jamais connu, ce sont les quinze prochaines secondes.” Le philosophe Terence McKenna énonçait ainsi un principe essentiel de la réalité : chaque “maintenant” est la moisson de tout ce qui lui a précédé – une explosion de nouveauté déclenchée par la somme de toutes les aventures de l’Histoire. Tu éprouveras bientôt ce phénomène avec une acuité particulière, Gémeaux, voyant en chaque jour un agrégat de sentiments intéressants, de joies palpitantes et d’épiques prouesses. L’expérience, certes exaltante, pourrait cependant te submerger. Heureusement, tu as en toi suffisamment de force pour tirer profit de cette intensité.