jeudi 31 juillet 2014

Bricolage domestique viril n°1 : porter des choses lourdes




Lors de mon déménagement, j’ai douloureusement pris conscience du poids de la connaissance. Il n’y a à peu près rien de plus lourd que les livres. A part une machine à laver.

Au jeu du bricolage viril qui vous permettra de contacter votre animus profond, vous devez déployer toute votre intelligence, toute votre perspicacité, et du bon sens. Ainsi que de la patience. On croit que c’est affaire de force… ce sont ceux qui n’y connaissent rien qui le disent !

Dans le cas des livres (casseroles, bouteilles pleines et tous les petits objets lourds…) il n’y a qu’une solution : faire de petits cartons ! Pour tous les autres cas, quelques conseils…




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Bricolage domestique viril n°1

Porter des choses lourdes
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 (dur, sale et chronophage)




La chose lourde est le premier ennemi de la parité, car il serait de notoriété publique que la femme ne peut la soulever. C’est peut-être vrai, et encore plus si vous mesurez 1m53 pour 40 kilos, mais figurez-vous que ça n’a rien à voir !

mercredi 30 juillet 2014

Bricolage Domestique Viril : Introduction










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Bricolage domestique viril
Introduction




Avec le recul de l’expérience, je peux dire deux choses :




- hormis (peut-être) les travaux les plus pénibles que je ne leur envie pas, les femmes peuvent faire TOUT ce que font les hommes, rien, génétiquement, ne nous empêche d’installer nous-même notre cuisinière et changer ses injecteurs, rien. L’autonomie a une saveur inoubliable, vous savez. Après, il faut s’armer de patience car…

- attention, ce sont des hommes qui ont préparé le terrain : outils lourds, écrous serrés à mort, « modes d’emploi » improbables, tout est fait pour des bourrins.



C’est là que je me dis qu’il faut faire quelque chose. Ça ne va pas s’arranger si on laisse faire. Saisissez votre clé à molette, madame, d’une manière virile et déterminée. Puis répétez après moi :


La vis ? Je la dévisse !
Le clip ? Je le déclipe !
Le clou ? Je le décloue !
Je démonte tout et rien ne me résiste !


(Des mantras plus adaptés vous seront proposés lorsque le moment de tout remonter sera venu)

mercredi 16 juillet 2014

The Dinner Party – Ishtar… et les autres



Les femmes associées à Ishtar sur le Dinner Party sont des déesses ni vraiment primordiales (mais toujours en bonne place) ni vraiment fertiles (mais garantes de la succession des saisons comme toute bonne déesse-mère), qui apportent une nouvelle dimension à l’image paléolithique de la féminité… Majoritairement issues du Proche-Orient, elles ont toutes ces points communs avec la grande déesse Ishtar : épouses d’un dieu moins important qu’elles, elles guerroient montées sur des lions, présentent des mœurs légères et leur caractère en acier trempé leur permet une quasi-souveraineté. Chicago est également parvenu à mettre la main sur quelques figures féminines réelles (plus ou moins) importantes de cette époque.



Ishtar / Astarte / Esther
Au Proche-Orient, il y a 2 000 ans, au large de Sumer, nous avons trouvé Anahita, l’unique déesse du panthéon perse, souvent associée au mythe de Mithra (qui ressemblait beaucoup à Gilgamesh – à base de terrassement de taureau à mains nues). Cette émanation d’Ishtar régnait sur les fluides et l’humidité, purificatrice de l’eau, du sperme, du sang et du lait, elle donnait le courage au soldat, la profusion aux récoltes, la vie et la mort. Son culte était le cadre d’une prostitution sacrée. Absorbée en douceur par le zoroastrisme (elle devient une sorte d’ange), elle restera vivante jusqu’à la naissance des grandes religions monothéistes. Anat, du royaume d’Ougarit (aujourd’hui la Syrie), était du même bois, c’était la sœur/compagne de Baal le héros-dieu. Comme pour Ishtar, on trouve à son propos le mythe d’une descente aux Enfers expliquant la succession des saisons. Son culte se propagea à l’Est jusqu’en Iran, et à l’Ouest jusqu’en Egypte où elle prit les traits d’HathorAstarte, toujours belliqueuse, libre et protectrice, est le nom qu’ont donné les grecs à cette sorte de déesse connue dans toute cette région, où elle prit le nom d’Ashtoreth ou d’Ashera en hébreu. Les frontières entre les mythes, les peuples et les cultures sont loin d’être étanches ! Nous pouvons également asseoir à leurs côtés, comme l’a fait Chicago : la déesse hittite Arinitti/Arinna, déesse-soleil reine d’Hati, unie au dieu de l’orage, à la fois chtonienne (qui règne aux Enfers) et céleste (aux Cieux) et qui se confond peut-être avec Hebat ; Tanit, déesse carthaginoise de la fertilité, épouse de Ba’al Hammon et symbolisée sous forme de femme les bras levés en position de prière ; Hannahannah, enfin, dont le symbole était le lion et qui était mariée au dieu de l’orage hourrite Teshub. Toutes ces déesses, très semblables entres elles et probablement d’une même origine, se plièrent à l’impérialisme grec, qui les baptiseront Aphrodite, ou cédèrent face à l’intraitabilité des religions monothéistes (et patriarcales) qui commençaient à se mettre en place (le culte de Yahvé prenait son envol et voyait d’un mauvais œil ces déesses impudiques).

Comme pendant à cette liste de déités interchangeables, Chicago en propose une autre : il y a des femmes qui ont réellement existé à Lagash, Babylone ou Sumer !

mardi 15 juillet 2014

The Dinner Party – Ishtar


Aile 1 : l’Antiquité

Déesse primordiale   -   Déesse de la fertilité   -   Ishtar   -   Kali   -   Déesse Serpent   -   Sophie   -   Amazone   -   Hatchepsout   -   Judith   -   Sappho   -   Aspasie   -   Boadicée   -   Hypatie


 « Dame de Warka », masque sculpté trouvé dans un temple dédié à Innana/Ishtar à Uruk, et plus vieux visage féminin sculpté au monde.

 

Ishtar – D’abord nommée Inanna par les Sumériens à l’aube de notre histoire (il y a 6 000 ans), les Babyloniens et les Assyriens renommèrent "Ishtar" ce mythe très important qui déifiait à la fois l’amour, la guerre, le sexe et la beauté.

C’est un des plus vieux archétypes de la femme un peu fatale sur les bords, qui régit la Vie et la Mort.


lundi 14 juillet 2014

The Dinner Party – La Déesse de la fertilité… et les autres

Avec la Déesse de la Fertilité, nous faisons un tout petit pas de plus dans l’histoire des femmes : celles qui lui sont associées sur le Dinner Party sont toutes des figures issues des mythologies européennes et du Proche-Orient ; on quitte Sumer, le berceau de l’humanité, pour les rives celtiques et nordiques, où elles sont particulièrement représentées. Les entités divines féminines sont toujours un peu « déesse de la fertilité » d’une manière ou d’une autre, mais là, on ne gardera que celles où le symbole est vraiment central.



Héra
En Europe, il y a 2 500 ansle monde Grec se préparait (difficilement) à passer sous domination romaine, et on dut accommoder l’Olympe. Le nouveau était très ressemblant : Gaïa est devenue Tellus (ou Terra) et prit le rôle symbolique de la Mère, maîtresse des saisons, en quelques coups de cuillère à pot. Tout le reste est à l’avenant : Junon succède à Héra, également citée dans cette partie de l’installation, sur le trône de la Reine des Dieux. Comme elle, elle est la déesse protectrice des jeunes filles et du mariage, épouse de Zeus/Jupiter. Le mariage était logiquement consacré aux côtés de la fertilité : il est l’acte légal qui rend possible et atteste la propriété sur la richesse de l’homme : sur sa femme et ses enfants ainsi que sur le travail, la richesse que tout ça peut produire ou constitue. Bona Dea est une discrète déesse de la chasteté (chasteté qu’elle dut elle-même défendre en vain contre son père Faunus) qui mourut sous les coups de son mari. Son culte était réservé aux femmes. Cardea était également une déesse mineure, d’ailleurs méconnue, c’est la déesse des… portes et des gonds : elle pouvait ouvrir ce qui était fermé, et fermer ce qui était ouvert. Ainsi surveillait-elle la porte du foyer… pour protéger les enfants. Ce don pratique lui a été conféré en paiement de son dépucelage (et de la perte de son titre de nymphe) par Janus.

dimanche 13 juillet 2014

The Dinner Party – La Déesse de la fertilité



Aile 1 : l’Antiquité
Déesse primordiale   -   Déesse de la fertilité   -   Ishtar   -   Kali   -   Déesse Serpent   -   Sophie   -   Amazone   -   Hatchepsout   -   Judith   -   Sappho   -   Aspasie   -   Boadicée   -   Hypatie



Femme tenant ses seins dite Figurine de Halaf, aux attributs féminins hypertrophiés, caractéristiques des vénus paléolithiques
[Cliquez sur l'image pour découvrir la "révolution néolithique"]

samedi 12 juillet 2014

The Dinner Party – La Déesse primordiale… et les autres




Logiquement, les femmes associées à la déesse primordiale par Judy Chicago, sur le socle du Dinner Party, ne relèvent pas vraiment de cet archétype premier, mais plutôt de celui de la mère, génitrice et nourricière, puisqu’aucune entité féminine, à ma connaissance, n’a eu l’honneur d’être retenue comme le principe premier de toute chose par toute une civilisation (quoiqu’on soupçonne le contraire). Ainsi, Chaos, qui est une « béance », était-il une divinité mâle, et c’est lui qui engendra Gaïa. A partir de cet élément mâle, la Déesse-Mère entre en scène et inonde le monde de générations de petits rejetons de Dieux, de héros, et enfin d’humains.



Ninhursag
Il y a 5000 ans, au Moyen-Orient dans la région de Sumer, Aruru/Ninhursag, était une déesse-Mère sumérienne qui fabriquait les héros dans l’argile. Elle était aussi la femme d’Enki, dieu civilisateur et fils de Nammu, qui était, elle, la Mère de Toutes les Mères, mais qui ressemble beaucoup à Tiamat, Déesse chaotique primordiale de Babylone.

En Egypte : Tefnout, déesse de la rosée et de la pluie à Héliopolis, était la parèdre du dieu Shou, le couple divin créateur du monde, mais tous deux sont nés de l’éjaculation/crachat du Dieu Atoum (oui, il y en a une excellente à faire là)Neith, une des plus anciennes déesses protectrices égyptiennes, orne le front des Pharaons avec sa consœur Bouto, la Déesse Cobra que Chicago consacre dans une autre partie de son installation. On remarque que dans la ville seule de Saïs, Neith était considérée comme le creuset du monde, le véritable principe premier. Ailleurs, elle faisait plutôt partie d’une parèdre créatrice et elle est assimilée à  Nout, la voûte Céleste,  fille de la Tefnout héliopolienne. Le feu de Neith couvera longtemps avant de s’éteindre, se muant en Isis (par ailleurs une de ses filles dans les actualisations suivantes du mythe) puis en Cybèle (car le mouvement de syncrétisme continue avec la civilisation gréco-romaine).

vendredi 11 juillet 2014

The Dinner Party – La Déesse primordiale



Chicago a commencé par sonder les nuits antiques, pour en rapporter les tous premiers spécimens féminins. Je ne parle pas de Lucy, le fossile hominidé dont on ne sait pas comment elle gérait sa féminité, mais surtout de ces « Femmes Archaïques », ces déesses, ces figures, ces modèles mythiques qui ont fondé « la nature féminine ».



Aile 1 : l’Antiquité
Déesse primordiale   -   Déesse de la fertilité   -   Ishtar   -   Kali   -   Déesse Serpent   -  Sophie   -   Amazone   -   Hatchepsout   -   Judith   -   Sappho - Aspasie   -   Boadicée   -   Hypatie





(Cliquez aussi sur l’image pour une entrée en matière)

jeudi 10 juillet 2014

The Dinner Party - Judy Chicago



Judy Chicago, née Cohen en 1939 à Chicago, est une artiste féministe. Très active dans les années 60-70, elle pratique un art politique tourné vers l’émancipation sociale et sexuelle des femmes. C’est ainsi qu’elle change de nom en 1971, pour rompre ses chaînes.

En 1979, elle présente une installation nommée The Dinner Party, qui rend hommage aux centaines de femmes qui font partie de notre histoire. Cette table triangulaire de 15 mètres de côté dresse un couvert à 39 femmes mythiques ou historiques, disposées en ordre chronologique, sur un sol de dalles blanches, dorées aux noms de 999 autres femmes. Ainsi la Déesse Primordiale se retrouve-t-elle à la  droite de Georgia O’Keefe. Chicago donne à chacune de ses 39 convives ses couleurs : un chemin de table et une assiette chargés de symboles, qui forment à la fois un blason et un portrait.




C’est plein de ventres, de sexes et de fleurs, du coup. Dans l’ensemble, ça me fait furieusement penser au lourd cendrier « art contemporain » qu’on trouvait aux Emmaüs jadis, mais aussi aux explosions symboliques et colorées de Déborah Chock. J’adore le travail de broderie, mais aussi les assiettes…

Ici, Chicago nous refait le Panthéon au féminin : la lumière est sépulcrale, le ton d’un festif feutré, doré, solennel. Comme le mien il est tout p’tit, de Panthéon (en colonne : « Panthéon des noms pas très propres »), je ne vais pas manquer l’occasion de l’agrandir et de nous instruire !

Judy Chicago fait en effet œuvre de pédagogie. Non seulement les femmes nommées apparaissent par ordre chronologique (globalement), mais elles sont aussi regroupées sous des « figures », qui sont elles-mêmes des femmes, des symboles de femmes (surtout pour les temps les plus reculés), ou des causes féminines à qui elle souhaitait donner un visage unifié. Ses choix sont discutables à l’infini, historiquement, socialement, tout ce que vous voudrez. C’est toutefois un répertoire unique en son genre, et c’est à ce titre que j’ai voulu le travailler ici. 

Tout en respectant les choix de l’artiste et sa présentation, j’ai voulu rassembler un peu plus ces femmes éparpillées sur le socle du Dinner Party, géographiquement parlant, pour ne pas dire géopolitiquement. Elles appartiennent à des cultures, des civilisations, qui ont été puissantes ou non, ce qui leur a permis d’être visibles aujourd’hui ou pas. Et quand on les remet ainsi dans leur contexte, on voit bien que l’histoire est écrite par les vainqueurs.

Chaque aile (il y en a trois) est composée de 13 femmes, qui constitueront autant d’articles, afin de bien présenter chacune d’entre elles. Pour chaque article, chaque Grande Femme, il y a aura des dizaines de Petites Grandes Femmes, que j’évoquerai plus rapidement. Vous trouverez les liens wiki (ou autres) qui vous en diront davantage.

C’est parti pour 1 038 bio-express (ou moins express) !


jeudi 3 juillet 2014

La plus belle histoire des femmes - Sylviane Agacinski, Nicole Bacharan, Françoise Héritier et Michelle Perrot (2)



[…] Mais en plus, les femmes donnent du plaisir aux hommes. Dans certaines sociétés - par exemple, en Grèce, au Japon, en Inde, dans le judaïsme ancien – ces différentes fonctions étaient même réparties dans plusieurs corps de femmes. Dans le rapport conjugal, il s’agissait juste de faire des enfants, et d’autres femmes étaient chargées de procurer du plaisir – les enfants que ces dernières mettaient au monde n’étaient d’ailleurs pas légitimes. Dans la Grèce classique, auprès du citoyen, on trouve l’épouse, qui reste dans le gynécée, que l’on respecte, avec qui l’on a des rapports sexuels pour avoir des fils, rien de plus. Puis il y a la concubine, qui vit au foyer et assure le confort domestique, s’occupe des plaisirs de la vie quotidienne, de la nourriture, du linge. Les loisirs plus sophistiqués, sexuels et intellectuels, sont le domaine de l’hétaïre. Elle ne fait pas de travaux domestiques, elle accompagne les hommes aux banquets, discute philosophie et, éventuellement, couche avec eux. A côté de l’hétaïre, il peut aussi y avoir la prostituée proprement dite, réservée au plaisir sexuel, et avec qui on n’a pas de joutes intellectuelles. 
- Cela fait beaucoup de femmes au service d’un seul homme… Avez-vous observé cette dissociation des rôles attribués aux femmes dans de nombreuses sociétés archaïques ? 
- Non. Dans la plupart des sociétés, ces rôles ne sont pas dissociés. L’homme use de son épouse à la fois comme mère de ses fils, pourvoyeuse de confort, travailleuse et source de plaisir sexuel !