mercredi 8 février 2017

Adam et Dieu (Genèse d'un doute)


L'Ancien des Jours,
de William Blake (1794)



Aujourd’hui, je voudrais qu’on prenne un peu de hauteur, afin de gagner en profondeur de vue. C’est assez simple : en oubliant deux secondes (en fait un peu plus, disons le temps qu’il te faut pour lire cet article) qu’on est un individu ici et maintenant, on peut arriver à penser que l’on est un membre de la grande famille humaine. Élargir, c’est relativiser. Autrement dit, je te demande de prendre conscience que tu n’es pas tout.e seul.e, que des milliards (MILLIARDS. MI-LLIARDS) d’hommes et des femmes ont agi, pensé et parlé avant toi, que d’autres agiront, penseront et s’exprimeront après toi et que tout ça forme la belle histoire de l’humanité. Tu y es ?

Eh bien allons plus haut encore, dans l’infiniment grand, là où l’individu d’ici et maintenant est infiniment petit.

C’est un texte légèrement cosmogonique que j’ai écrit il y a quelques mois et qui essaie d’imaginer à quel moment ça a merdé, entre l’humanité et le reste du monde, c’est-à-dire entre les hommes et les femmes. Selon moi, ça ne date pas d’hier. Hum. Pour la forme, l’énonciation théâtrale est purement pratique (j'avais besoin d'immatérialité, de descriptions marrantes et d'un acte premier) mais j’ai trouvé drôle d’imaginer comment le mettre en scène réellement. Pour le fond, j’avais envie de faire rimer féminisme avec pacifisme. Pour le produire, j'ai fait s'accoupler une Bible toute neuve et mon vieil exemplaire du Tarot Initiatique, symbolique et ésotérique. Oui, c'était marrant de les regarder faire. Il sera donc question de Dieu. Il sera aussi et essentiellement question d’humain et encore plus essentiellement d’homme. Si tu es une femme, avant de commencer la lecture, il convient de procéder à un protocole magique ; répète quatre fois :

« Je suis pure ! Je suis pure ! Je suis pure ! Je suis pure ! »

Bonne lecture.


Résumé des épisodes précédents :

Création de l'Univers, SCIENCE & VIE N°1171,  Avril 2015
Création du système solaire
Dieu et la Création d'Adam (détail), par Michel Ange (1512)


ADAM ET DIEU
(Genèse d’un doute)

ACTE PREMIER

Scène 1

DIEU : Salut, Adam.
ADAM : Bonjour Dieu.
DIEU : Tout va bien pour toi ?
ADAM : Oh oui !
DIEU : Il fait bon ?
ADAM : Tout est parfait ! Comme ce monde est beau ! Et comme il tourne bien !
DIEU : Tu aimes cette lumière ?
ADAM, impressionné : Et comment ! Tu as dû y passer des jours pour marier ces nuances subtiles d’or, d’émeraude et de violine !
DIEU : La lumière me passionne depuis le premier jour, c’est elle qui révèle les couleurs. C’est important les couleurs. Je les choisis en prenant mon temps, une par une.
ADAM : Ça se voit !
DIEU : La musique te plait ?
ADAM : Divine ! Céleste ! Immanente !
DIEU : C’est que tu as l’oreille musicale ; c’est l’avantage de t’avoir fait à mon image. Dans le fond, ma capacité à émettre des sons est aussi complète que la tienne à les entendre. Tu me comprends si bien…
ADAM : C’est vrai, je me sens limpide et résonnant. Je suis ton cristal.
DIEU, agréablement surpris : Poète !
ADAM, en poussant Dieu du coude d’un geste tendre : Comme toi, va… Je te dois tant. Merci, vieux.
DIEU : Avec plaisir, fils.

Passe un peu d’éternité béate.

mardi 7 février 2017

Étant donnés... - Marcel Duchamp



Aussi séduisante que puisse paraître cette installation (parce qu’il y a une femme à poils nue au milieu ?), elle me laisse une vilaine sensation. La femme n’est pas un écrin de confort, au parfum de paradis perdu. C’est pas l’eau et le gaz à tous les étages, pardon mais merci bien. Le repos du guerrier ! Quand tu as quelques notions de géopolitique cette expression te fait frissonner de terreur.

Y a beaucoup de choses qui coincent ici. J’ai comme la sensation qu’on a fait du mal à l’origine du monde. Vu comme ça, la femme n’est qu’un cadavre (ce que semble confirmer le commentaire d’Hypathie ci-dessous). Un corps sans tête.

Et puis, surtout, cette vision de la femme, c’est une inversion conceptuelle, une perversion intellectuelle. Je te le prouve demain !!



Étant donnés : 1° la chute d'eau 2° le gaz d'éclairage... - Marcel Duchamp (1966)