mardi 20 décembre 2016

Le son et les images




Alors OK j’avoue, je fais une fixette sur les images. Tu sais, comme quand on avait 12 ans et qu’on soulageait nos contrariétés hormonales en écoutant des chansons d’amour qui parlent trop de ta vie et en feuilletant des magazines avec des garçons beaux dedans.



Aujourd’hui que j’ai grandi (…) et que je suis capable d’analyser mes propres comportements (…), je me rends compte qu’on passe notre temps à faire du recel d’énergie. Le simple fait de vivre, respirer, se tenir debout nous coûte et nous avons en permanence besoin de nous approvisionner. C’est vrai pour notre corps et ça l’est aussi pour notre esprit. On collecte, partout où l’on peut, tout ce qui nous rend plus fort, tout ce qui nous correspond, tout ce qui nous permet de nous identifier de mieux en mieux. On se bâtit nous-mêmes. Pour moi, écouter des chansons « qui parlent de moi » et regarder des images « qui me parlent », c’est à la fois :
- construire mon univers intérieur (avec des images / mots qui font progresser ma réflexion et lui donnent forme), 
- trouver un exutoire à une énergie sortante (ce que j’ai besoin d’exprimer l’est enfin) 
- accumuler une nouvelle énergie (en me gavant de couleurs, de mots, de sons et la meilleure : la sensation d’être aimée et comprise) 
- et enfin me masturber. Les neurones. Me procurer du plaisir.

C’est de la nourriture spirituelle si tu préfères. D’ailleurs c’est un peu mon souci en ce moment, on fait pas beaucoup de muscle avec ça. Bref, voilà ce que je mange ces temps-ci. Comme ça je te donne des nouvelles en même temps.





Dans la voiture, c’est Ben Harper, Welcome to the cruel world : Mama’s got a girlfriend now (j’ai rencontré une fille formidable, qui me sauve juste), Like a King (power up et appel aux morts), How many miles must we march ? (quand une chanson parle si bien de nous, on a toujours envie de dire que ça parle de soi-même) et pour finir I’ll rise (encore du power up). On voit bien que c’est sexuel aussi, tout ça : ça me lustre le mojo dans le sens du poil et ça m’aide à bander bien fort dans la vie.





Je ne passe pas non plus une journée sans m’immerger dans Way down we go et Broken bones de Kaleo, parce qu’il faut absolument que je revienne sur terre.




La nourriture spirituelle c’est bien, mais ça a tendance à s’évaporer assez vite comme énergie. C’est du sucre un peu rapide. Du coup, mon ostéo est formel : je devrais faire de la muscu et desserrer les dents, on peut espérer que ça me donnera faim. Je porte des poids aux chevilles. Je marche sous les arbres. Il faudrait que j’admette que j’existe vraiment, que je peux pas effacer le monde, que je suis pas un pur esprit, mais ça, c’est dur. En attendant d’être grande, je recèle l’énergie dont j’ai besoin. C’est très con mais ces morceaux d’images, de notes de musique et d’histoires qui me viennent de mes frères et sœurs humaines, ça fait partie des choses qui me tiennent en vie. Je reste pour ça (ça et quelques autres choses).

[Parce que franchement… l’angoisse m’étreint les enfants, on fait n’importe quoi. Je nous trouve tous très mal élevés. Je crois que tout ça va très mal finir et je crains d’être dans l’obligation d’y assister.]

Les images fonctionnent comme les musiques et les films. En pleine crise existentielle, je me gave comme une porcinette. J’ai besoin de repères, de mots, de trucs auxquels m’accrocher. Nourris-moi, nourris-moi. Y a eu l’épisode Doflamingo, qui a été quand même très amusant et dont il reste quelques miettes aujourd’hui, puis la sauvageonne et les recherches d’illustrations pour les articles sur les identités sexuelles et les poétesses, sans oublier mon article sans fin calé sur mon cycle menstruel, There will be blood... j’ai fait fumer les serveurs de Youtube et x-hamster, j’ai collecté, compilé (et même classé) des dizaines et des dizaines de vidéos, d’images et de musiques en quelques semaines. Avec des étapes vraiment sympas, comme le Deep Dream à propos duquel je devrais bien trouver le temps de te toucher un mot.

Et puis là paf, James Jean. Ça me transcende pas, ça n’y arrive pas, il me faut deux jours pour comprendre pourquoi (ça me frustre de n’être pas transcendée) : parce que ça m’emmerde en fait, son propos. J’veux des femmes. Des femmes, des femmes. De la femme. Plus de femme. Des trucs de femmes. De la femme, de la femme, de la femme. Femme !

C’est l’énergie dont j’ai besoin. Je suis un peu vidée, tu vois. Chuis en mode survivor depuis 18 ans, et depuis 4 années, c’est pelade (2012), burn out (2013), cancers (2014), deuils (2015) et suicides (2016), alors bon, je suis déjà contente d’être là, avec le sourire en plus.

:)

Cette énergie féminine, c’est ma base, mon centre, mon noyau. Ma graine. Je me nourris à flux tendu de ce côté de moi. Je sais aussi que je dois alimenter mes muscles, mon corps, ma capacité d’agir dans le monde et donc de mettre en œuvre les décisions que je prends (cette énergie masculine qui me manque cruellement). C’est idiot, mais avec un corps comme le mien, on ne fait pas grand-chose. J’ai zéro réserve. Zéro. 0. Null. Chaque effort physique (surtout quand il fait froid comme en ce moment) est un calcul sur mon stock d’énergie. Vous les grands, qui vous gavez et dépensez sans compter de l’énergie, vous ne vous rendez pas compte combien ça coûte de vivre.

2016
Volubilis, 2006

Moi, je voudrais bien durer encore un peu, mais seulement, je ne sais toujours pas qui, quoi, comment ? J’ai résolu le pourquoi, j’ai décidé que ça en valait la peine, mais maintenant que j’ai bien pensé, que j’ai un bien gros cerveau, je me rends compte que j’ai un tout petit corps et que ça va être chaud, de durer. Et que si je sais qui je veux être, je ne vois pas comment je vais y arriver. Vous êtes des brutes et moi une demi-portion. Envie de me battre, finalement ? Je traine la patte, j’avoue. La dure lutte, j’en veux plus. Pourtant l’épreuve est physique, ici. Matérielle. Il faut mériter chaque instant de son existence, tu sais. Il s’agit pour moi de forcir, de m’épaissir, de prendre de l’espace spatialement et socialement parlant. On pourrait penser que me nourrir d’images, de couleurs et de notes comme d’autres se nourrissent d’amour et d’eau fraîche, ça aggrave mon cas (je plussoie) mais il faut comprendre que je suis une putain de toxico. Je me pose pas la question, j’ai besoin. Je meurs sinon. J’ai besoin de rencontrer des reflets amis. J’ai besoin d’air et d’eau. De choses basiques.

Quant à ma capacité d’agir… de quoi se nourrit-elle d’autre ? Mes voyages en terre libertine et en terre féministe (oui, je suis légèrement bipolarisée) n’ont pas été fait que d’expériences concrètes (dangereux, le concret), mais aussi beaucoup d’art, d’images, de musiques et de mots ; de réflexions abstraites (et confortables) ; ils ont fait de moi ce que je suis et m’ont fait faire ce que j’ai fait. Tout ce que je réalise, je veux le penser. Je conceptualise à mort (t’as remarqué ?). J’ai besoin d’une base abstraite, va comprendre, pour m’élever sans tomber. J’aime à penser que je suis droite et juste dans ce que je fais. Moyennant quoi, je ne fais pas toujours.

Or, il est où le problème, hmmm, si ce n’est là ? Qu’est-ce qui m’oppresse, en tant que femme, si ce n’est cette chape de silence et d’inaction qui plâtre mon existence ? Ce vide qu’est ma propre culture, mon propre sexe ? Cette souffrance qu’il porte et qu’il tait ? Est-ce que par hasard, il ne serait pas temps de s’ôter les doigts du cul ? Qui parlera à ma place ? Qui agira pour moi ? La supériorité intellectuelle de la femme, à mon sens, n’est pas contestable. Ah ça ! On pense ! On s’en pose des questions ! On en trouve des réponses ! Mais quand serais-je libérée, bordel ????


Mon guide spirituel du moment : lMajor Motoko Kusanagi
(juste après le coup de cœur Scarlet Overkill)

C’est comme ça, et comme d’autres aussi, que j’en suis venue à me dire que je pense pour agir, sinon c’est de la pure branlette. Que les femmes doivent produire. Prendre de la place. Forcir, se muscler, s’épaissir. Produire, produire.

Ce besoin de trouver des femmes, des images, des chants et des idées, c’est ça aussi. C’est fonder notre culture, c’est participer à notre éducation à toustes. C’est pas juste du recel d’énergie immédiat et personnel, c’est un long travail de fond, tout aussi vital, à visée collective. Ce blog n’a pas d’autre raison d’être, d’ailleurs.

Je cherche une forme d’expression qui me connait, qui me respecte, qui parle vraiment en mon nom. Comme submergée par la nécessité de rétablir mon ordre du monde, je suis partie en quête d’un pendant aux illustrations de James Jean, un pendant féminin.

Tu me connais : je l’ai trouvé. Et même plutôt deux fois qu’une. Wouaou ! Je me sens fière des femmes.


Donc d’abord (demain) : Marguerite Sauvage. Et ensuite (après demain) : Sarah Andersen.

2 commentaires:

  1. Je suis admiratif de ce que tu produis, Volu, en réflexion, en partage.
    Je respecte infiniment ce que tu es, même si nous sommes tous les deux très différents dans ce que nous sommes et ce qui nous anime.

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  2. Bonjour CUI ! Cela est très réconfortant à lire ! Et figure-toi que c'est réciproque. Tu fais partie des gens qui m'ont enseigné l'altérité et la relativité des choses. Tu es, par exemple, l'une des personnes les plus fidèles que je connaisse :)

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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...