lundi 27 octobre 2014

Que d'eau !


Initialement, nous avons décidé de recueillir nos eaux « usées » (les animaux « souillent », nous on « use ») pour pouvoir arroser plantes et jardin à moindres frais : cette maison étant un luxe à elle seule, nous avons l’intention d’y vivre… comme des pauvres. Que nous sommes d’ailleurs, alors, même pas besoin de se forcer, hein

(Image non contractuelle)
Procédé ultra-simple, et assez efficace en soi : il suffit de placer une bassine ou un petit seau au fond de chaque lavabo, et de les vider une fois pleins dans une cuve ad hoc. Au départ, nous n’avions pas l’intention de diminuer notre consommation d’eau, simplement d’en recueillir une partie (la moins sale) pour l’utiliser deux fois.

Or, c’est en faisant cette drôle d’expérience que ce redoutable constat s’est imposé à nous : nous (deux femmes et une petite fille) rejetons chaque jour, et sans compter les bains, les douches, l’eau de lavage des vaisselles et celle des chasses d’eau (que nous ne recueillons pas), 15 seaux de 5 litres par jour. Nous avons même pu observer in vivo les constantes suivantes :

Nous utilisons, chaque jour 
- 2 seaux par adulte et un seau par enfant pour la toilette, donc 5 seaux. 
- 2 seaux par personne pour le lavage de mains et un usage normal du robinet : 6 seaux. 
- 4 seaux pour rincer toute la vaisselle du jour. 


Oui, je vous parle en seaux, parce que c’est en les trimballant, de la salle de bain à la cuve, de l’étage au rez-de-chaussée, qu’on s’est irrésistiblement interrogées sur la chance que nous avions de ne pas avoir à les ramener de la rivière, ces 15 seaux de 5 litres.
75 litres par jour, c’est énorme, simplement pour assurer sa propreté et celle de son environnement… et encore pensons-nous être des gens raisonnables, nous ne lavons pas notre maison à grande eau tous les jours (ni même toutes les semaines), ni nos voitures, ni rien du tout d’ailleurs. Mais combien de temps encore le bouton « ECO » que l’on trouve sur chaque machine à laver le linge ou la vaisselle suffira-t-il à nous donner bonne conscience ?

Car à ses 75 litres, ajoutons (toujours pour notre foyer de 3 personnes et par jour)

- l’eau consommée : la boisson (3 litres), la cuisine (3 litres, nous sommes amatrices de soupes)

- l’eau salie et/ou contenant des détergents et évacuée : le bain (150 litres !), la douche (70 litres), les chasses d’eau (60 litres), la lessive (90 litres), le ménage (30 litres).

Je suis toujours aussi mauvaise en maths, mais je crois bien que ça fait beaucoup beaucoup. 481 litres si j’ai pas foiré mon addition.
75 litres, c’était déjà hard à ramener de la rivière, tu te souviens ? Alors là, je m’interroge méchamment.

Vous me direz que c’est une drôle d’idée, de voir les choses sous cet angle, l’homme étant civilisé depuis quelques siècles maintenant et capable d’assurer l’eau courante bien avant l’invention de l’électricité. Vous me direz qu’il ne faut pas trop pousser l’écologisme vers le paléolithisme, quoi.

Je vous répondrais que je ne vous parle pas de paléolithisme, mais bien d’actualité. Je lis les journaux, et j’ai même des atlas sur mes étagères, que j’ouvre souvent. Du coup, je sais aussi que 42% de la population humaine, malgré tous ces nombreux siècles de cette incroyable civilisation qu’est celle de l’Homme, n’a pas accès à l’eau courante propre, même pas au stade gallo-romain.

Je PEUX, moi, pomper 481 litres par jour si je veux, sans le moindre effort, quand au Sahel, au Mozambique, au Nigeria, il va falloir se contenter d’une dizaine de litres par jour.

Il ne s’agit pas vraiment de chance, d’ailleurs, il s’agit de travail et de volontés humaines.

Cette méthode de recueillement (amen) des eau usées a un autre avantage : les eaux non polluées (détergents et cosmétiques naturels bios, résidus alimentaires idem) ne sont pas renvoyées dans le système d’épuration. Parce que vu les systèmes de traitement de l’eau actuels, on peut dire qu’ils  lavent les eaux polluées… mais qu’ils salissent les eaux propres. Pour info, des gens qui portent des cravates ont classé les eaux (d’un point de vue anthropocentré) en trois catégories :

On subdivise généralement l’empreinte en eau en trois catégories : bleu, vert et gris. L’empreinte eau verte est le volume d’eau de pluie stockée dans le sol sous forme d’humidité, et qui s’évapore via les surfaces cultivées. L’empreinte eau bleue est le volume d’eau douce captée dans les ressources en « eau bleue » (eaux de surface et nappes phréatiques), pour des usages domestiques, industriels ou agricoles. L’empreinte eau grise (aussi appelée flux de retour) est le volume d’eau polluée lors des processus de production : c‘est le volume d’eau requis pour diluer les polluants dans des proportions suffisantes pour que la qualité de l’eau corresponde aux normes acceptables.


Je transforme donc leur eau grise en eau bleue. Fortiche.

Cette histoire de couleur doit vous faire comprendre que vous n’êtes pas toutE seulE : la consommation d’eau domestique ne représente que 10% de la consommation totale. Il faut aussi beaucoup d’eau pour faire pousser une vache ou du chocolat.

Non, vous n’êtes pas toutE seulE, et vous DEVEZ savoir, en mangeant votre hamburger, qu’il n’y en aura pas pour tout le monde.

Et vous SAVEZ comment ça finit, quand il n’y en a pas pour tout le monde…





Nous SAVONS que confort rime avec consommation… mais savons-nous à quel point ?



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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...