jeudi 30 octobre 2014

NON C’EST NON ! Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire - Irene Zeilinger


Aujourd’hui, publié aux éditions Zones, ce précieux petit manuel d’auto-défense dont je souhaite partager ici de substantifiques extraits.

En fait, des extraits, et tout son plan ! Ceci pour vous permettre de bien voir l’angle d’attaque de l’auteur, qui commence chaque chapitre en énumérant les raisons pour lesquelles, en situation d’agression, les femmes sont d’éternelles victimes… mais c’est pour mieux emboutir ce sinistre état de fait, que l’on sous-qualifie souvent de cliché (alors que c’est un très gros vrai problème) à coup de kickers !
Les conseils donnés peuvent authentiquement vous sauver la vie, et on trouve tout ce qu’il faut pour garder la tête froide quand ça commence à chauffer.

Selon le principe du lyber, le cyber-livre-libre (à prononcer très vite), vous en trouverez le texte intégral sur le site des éditeurs. A mettre dans toutes les mains (16 euros chez votre libraire favori) !


Irene Zeilinger
NON C’EST NON
Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre
de se faire emmerder sans rien dire.




1. SE DÉFENDRE, C’EST SE PROTÉGER (ET VICE VERSA)

L’AUTODÉFENSE, QU’EST-CE QUE C’EST ?
L’AUTODÉFENSE NE CASSE PAS DES BRIQUES
L’AUTODÉFENSE FÉMINISTE SERT À
PETITE HISTOIRE DE L’AUTODÉFENSE FÉMINISTE
DÉFENDRE L’AUTODÉFENSE
Il n’est pas possible de se défendre un petit peu. 
On le fait, ou on ne le fait pas.
SE DÉFENDRE, ÇA MARCHE !
L’AUTODÉFENSE ATTITUDE
STRATÉGIES D’AUTODÉFENSE
FAIRE L’AUTRUCHE
RIRA BIEN QUI RIRA LE DERNIER
AVOUE QUE J’AI RAISON !
ŒIL POUR ŒIL, DENT POUR DENT
VIENS ICI QUE JE TE MONTRE !

LES STRATÉGIES PEU EFFICACES :
- Ignorer l’agression (Faire l’autruche). 
- Humour (Rira bien qui rira en dernier). 
- Argumenter (« Avoue que j’ai raison ! »). 
- Se venger, faire la même chose (Œil pour œil, dent pour dent). 
- Provocation (« Viens ici que je te montre ! »).

LA FUITE
L’INTERVENTION PARADOXALE
FAIRE UN SCANDALE ET CHERCHER DE L’AIDE
COMMENT TÉLÉPHONER À LA POLICE
METTRE DE L’EAU SUR LE FEU
PAS AVEC MOI !

MON PALMARÈS DES STRATÉGIES EFFICACES :
- La fuite (ne pas être là où l’autre frappe). 
- L’intervention paradoxale (surprendre par le non-sens). 
- Faire un scandale (attirer l’attention d’autrui). 
- Demander de l’aide. 
- La désescalade (mettre de l’eau sur le feu). 
- La confrontation (ne pas se laisser faire). 

2. CONNAÎTRE L’ENNEMI

QU’EST-CE QUE LA VIOLENCE ?

LE COÛT DE LA VIOLENCE
Bien sûr, toute cette violence coûte cher, non seulement aux victimes individuelles, mais aussi à la société : les soins en urgences, les soins médicaux et psychosociaux à long terme pour les victimes, leur moindre productivité, leurs absences au travail pour congé de maladie, les frais d’intervention de la police, les procès, l’incarcération des auteurs… Pour donner un ordre d’idée, on estime en Espagne que la violence conjugale coûte 2 357 millions d’euros par an pour la seule région d’Andalousie, qui compte 8 millions d’habitants (soit 0,9 % du PIB ou 113 euros par habitant/e). Au Canada, les coûts économiques de la violence conjugale faite aux femmes sont estimés à 4,2 milliards de dollars canadiens par an. 
Mais celles et ceux qui paient le plus cher, ce sont bien sûr les victimes directes, et parfois aussi les témoins de la violence. Les séquelles peuvent persister longtemps après que la violence a pris fin, et une même personne cumule parfois le poids de plusieurs histoires de violences.On peut distinguer les conséquences des violences en cinq catégories pour les victimes : 
- Conséquences physiques : bleus, traumatismes abdominaux ou thoraciques, fractures, lacérations et ulcérations, lésions oculaires, invalidité, syndromes de douleur chronique, syndrome du côlon irritable, fibromyalgie, troubles gastro-intestinaux, fonctions physiques diminuées. 
- Conséquences sexuelles et reproductives : troubles gynécologiques, endométrites, infertilité, dysfonction sexuelle, maladies sexuellement transmissibles, grossesses non désirées, grossesses à complication/fausses couches, avortement dans des conditions insalubres. 
- Conséquences psychologiques et comportementales : sentiments de honte et de culpabilité, mauvaise estime de soi, manque de conscience des limites et de sens du soi, dépression et angoisse, phobies et troubles paniques, troubles du sommeil et de l’alimentation, inactivité physique, syndrome de stress post-traumatique, troubles psychosomatiques, alcoolisme, tabagisme et toxicomanie, comportement suicidaire et automutilation, comportement sexuel à risque. 
- Conséquences sociales : imposition du silence, exclusion sociale, culpabilisation, victimisation secondaire, appauvrissement, diminution de la participation citoyenne. 
- Conséquences mortelles : homicide, mortalité maternelle, mortalité liée au sida, suicide. 
Tout cela pour vous faire comprendre que l’option « se laisser faire » a de fortes chances d’avoir des conséquences pires que de prendre le risque de résister. Il vaut toujours la peine de se défendre.

LES CHIFFRES DE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES
VIOLENCE PHYSIQUE
VIOLENCE SEXUELLE
VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE
VIOLENCES CONJUGALES
AU TRAVAIL
DANS L’ESPACE PUBLIC
MAIS POURQUOI FONT-ILS ÇA ?
LES THÉORIES DE LA VIOLENCE EN 10 LEÇONS
SAVOIR IDENTIFIER LES DIFFÉRENTS TYPES D’AGRESSIONS
L’AGRESSION DE FRUSTRATION
L’AGRESSION DE FRUSTRATION EST FACILE À RECONNAÎTRE
L’AGRESSION INSTRUMENTALE
L’AGRESSION INSTRUMENTALE SE DISTINGUE CLAIREMENT DE L’AGRESSION DE FRUSTRATION
LES AGRESSIONS FONDÉES SUR DES RELATIONS INÉGALES DE POUVOIR
L’AGRESSION FONDÉE SUR DES RELATIONS INÉGALES DE POUVOIR PEUT ÊTRE RECONNUE PAR LES CARACTÉRISTIQUES SUIVANTES
AGRESSION PSYCHOPATHOLOGIQUE

3. L’AUTODÉFENSE MENTALE

LES OBSTACLES À L’AUTODÉFENSE MENTALE
UNE HISTOIRE QUI ME HANTE
LES FEMMES N’ONT PAS DE MODÈLES POSITIFS
LES FEMMES SONT ÉDUQUÉES À S’OCCUPER DES AUTRES AVANT DE S’OCCUPER D’ELLES-MÊMES
LES FEMMES N’ONT PAS UNE IMAGE POSITIVE DE LEURS CAPACITÉS DE DÉFENSE
LES FEMMES ONT TROP DE FANTAISIE
LES FEMMES PARLENT TOUTES SEULES
LES FEMMES ONT TROP D’ESPOIR
NOUS AVONS LE DROIT DE NOUS DÉFENDRE
J’AI LE DROIT DE ME DONNER LA PRIORITÉ À MOI-MÊME ET À MES BESOINS, INDÉPENDAMMENT DES ATTENTES DES AUTRES ET DES DIFFÉRENTS RÔLES QUE JE JOUE DANS LA VIE.
J’AI TOUJOURS LE DROIT DE SIGNALER UNE TENSION ET DE REFUSER QU’ON
J’AI LE DROIT DE REFUSER DE PORTER LA RESPONSABILITÉ DES PROBLÈMES DES AUTRES
J’AI LE DROIT D’AVOIR CONFIANCE EN MOI ET D’ESSAYER DE TOUT FAIRE POUR MAINTENIR MON INTÉGRITÉ
DANS MA VIE, J’AI TOUJOURS LE DROIT D’AVOIR DES ALTERNATIVES
QUE FAIRE ?
EN PARLER
PRENDRE DE BONNES HABITUDES
VIVE LA SOLIDARITÉ !
FÊTER SES SUCCÈS
LE BODY-BUILDING MENTAL

LA SOURCE DE MA FORCE
Voici un petit exemple pour une visualisation que je trouve agréable et qui me donne de l’énergie et du courage quand j’en ai besoin. 
Je suis debout, les jambes un peu écartées, les genoux un peu fléchis, de manière à ce que mes pieds sentent bien le sol et que je sois bien stable. Je ferme les yeux et je me concentre sur ma respiration qui coule doucement et lentement en moi. 
Quand je suis bien concentrée sur moi-même, je porte mon attention sur mon ventre. Dans mon ventre, il y a une source. Elle se trouve un peu en dessous de mon nombril, près de ma colonne vertébrale. C’est la source de ma force qui donne à mon corps de nouvelles énergies quand il en a besoin. Je peux y aller pour puiser de l’eau claire et fraîche, je peux en boire pour me sentir énergisée. Je vois cette source devant mon œil intérieur et je lui donne la forme qui me plaît le plus. 
Il y a un secret dans cette source de pouvoir : je peux la faire grandir pour avoir encore plus de force. Pour cela, je laisse couler ma respiration profondément dans mon ventre. Quand j’inspire, je sens comment l’air entre dans mes poumons et descend jusque dans mon ventre. L’air remplit les réserves d’énergie de ma source de force. Avec chaque respiration, j’agrandis la source, il y a de plus en plus d’eau qui jaillit et qui pétille agréablement dans mon ventre. Je laisse grandir la source de ma force autant que je veux, autant que nécessaire pour reprendre des forces. Je respire profondément, lentement.

4. L’AUTODÉFENSE ÉMOTIONNELLE

LES OBSTACLES ÉMOTIONNELS À L’AUTODÉFENSE
LES FEMMES N’ONT PAS CONFIANCE EN LEURS ÉMOTIONS
LES FEMMES NE FONT PAS LA DISTINCTION ENTRE PEUR ET ANGOISSE
LES FEMMES SE SENTENT COUPABLES DE TOUT ET DE RIEN
LES FEMMES ONT PEUR DE LEUR PROPRE COLÈRE
NOUS AVONS LE DROIT DE NOUS DÉFENDRE
NOUS AVONS LE DROIT D’ÉCOUTER NOTRE INTUITION
NOUS AVONS LE DROIT D’EXPRIMER NOS ÉMOTIONS
QUE FAIRE ? PLACER LA BARRE MOINS HAUT
PROTÉGER NOS POINTS VULNÉRABLES
MAINTENIR UN TAUX D’ADRÉNALINE BAS
UTILISER NOS ÉMOTIONS POUR DÉTERMINER NOS LIMITES

LES SIGNAUX D’ALARME
En cas de transgression de nos limites, nous pouvons constater certaines réactions spontanées, qui nous signalent que quelque chose cloche. Nous les utilisons comme des sortes d’alarmes intérieures, qui nous permettent de pouvoir réagir à temps. 
Réactions comportementales : rire nerveux, rompre le contact visuel, reculer ou ne pas prendre sa place, se retirer d’un groupe… 
Réactions mentales : étonnement, recherche d’explications de la situation, banaliser le ressenti, se déconnecter de la situation… 
Réactions émotionnelles : peur, énervement, colère, appréhension, timidité, mécontentement… 
Réactions physiologiques : nœud dans l’estomac, fréquence cardiaque élevée, respiration accélérée, sentiment de pression sur la poitrine, tension dans les extrémités, les épaules ou la mâchoire, changement de couleur (rougir ou pâlir), transpiration, mains moites, frissons, chair de poule, bouche sèche.

FAIRE DU « PREMIER SECOURS ÉMOTIONNEL »
ACCEPTER NOS ÉMOTIONS ET LES EXPRIMER
VISUALISATIONS : MA BULLE DE PROTECTION et TRANSFORMER SA PEUR EN COLÈRE

5. L’AUTODÉFENSE VERBALE

LES OBSTACLES À L’AUTODÉFENSE VERBALE
LES FEMMES PARLENT COMME DES FEMMES
PARLEZ-VOUS LE FÉMININ ?
LES FEMMES N’UTILISENT PAS ASSEZ DE GROS MOTS (PAR EXEMPLE : NON)
LES FEMMES SE CONTREDISENT
LES FEMMES SE CACHENT DERRIÈRE DES EXCUSES
LES FEMMES SE DÉCOURAGENT TROP VITE
LA TECHNIQUE DU DISQUE RAYÉ
NOUS AVONS LE DROIT DE NOUS DÉFENDRE
J’AI LE DROIT D’ÊTRE IMPOLIE
J’AI LE DROIT DE PARLER DE MOI ET DE MES ÉMOTIONS ET DE DEMANDER QU’ON LES PRENNE AU SÉRIEUX
J’AI LE DROIT D’EXPRIMER MON OPINION, DE DIRE CLAIREMENT CE QUE JE VEUX ET CE QUE JE NE VEUX PAS
J’AI LE DROIT DE NE PAS COMPRENDRE
QUE FAIRE ?
SAVOIR QUAND C’EST ASSEZ
NOUS PROTÉGER
QUELQUES RÈGLES POUR LA DÉFENSE VERBALE
ÊTRE COHÉRENTES AVEC NOS ÉMOTIONS
UTILISER NOTRE VOIX
LA RESPIRATION « DU VENTRE »
UTILISER NOTRE LANGAGE NON VERBAL
L’ART DE LA FUITE
COMMENT DÉSTABILISER COMPLÈTEMENT UN AGRESSEUR PAR LA PAROLE
LES TECHNIQUES VERBALES « LIGHT »

COMMENT PRATIQUER LA DÉSESCALADE
La désescalade est la technique appropriée face aux agressions de frustration (voir p. 59). L’agresseur ayant explosé de colère, il n’est plus en état d’écouter ce que vous avez à dire. Les arguments ne servent alors plus à rien : ils risquent plutôt de l’énerver davantage. De même, ignorer l’agresseur ou lui poser une limite serait ajouter à sa frustration et donc à la source de l’agression. 
La désescalade consiste à aller dans le sens de l’agresseur, en s’occupant de ses besoins pour lui permettre de se calmer. Faites bien la différence entre quelqu’un qui se met volontairement en colère et qui contrôle donc très bien sa colère (par exemple pour vous intimider, et c’est alors une agression instrumentale) et quelqu’un qui est contrôlé par la colère (agression de frustration). Sinon, vous risquez de tomber dans le piège de certains agresseurs manipulateurs. La différence est qu’un agresseur de frustration ne peut pas choisir quand et face à qui il explose ; ça lui arrive aussi dans des circonstances où c’est dangereux pour lui (par exemple face à son chef ou quand il est seul contre un groupe…). 
Pour la désescalade, la prévention est importante, car il est plus facile de calmer quelqu’un qui n’est pas encore totalement hors de contrôle que quelqu’un qui explose déjà. Un futur agresseur de frustration essaie de cacher sa colère accumulée, mais son corps envoie quand même des signaux, liés à l’adrénaline, que vous pouvez détecter (voir chapitre 4, p. 118). Dans ce cas, le mieux est de signaler à l’autre que vous voyez son état et que vous voulez l’aider. Par exemple, vous pourriez dire : « Je vois que tu es en colère. Est-ce que c’est juste ? Je voudrais en parler avec toi » ou encore : « J’ai l’impression que quelque chose ne va pas. Qu’est-ce qui s’est passé ? » Cela aide l’autre à mettre des mots sur ce qui lui arrive, donc à extérioriser ses émotions, et ça crée un lien entre vous et l’agresseur, qui ne se sentira plus « seul contre le monde entier ». Votre communication non verbale est importante, surtout quand l’agresseur est sous l’influence de drogues. Vous devez montrer du respect, du sérieux et une attention positive. 
S’il ne vous a pas été possible de prévenir l’explosion, vous commencez la véritable désescalade, toujours avec le même langage non verbal, tout en gardant l’attention sur d’éventuels dangers physiques. Pour être capable de garder votre calme face à la tempête, vous avez tout d’abord besoin d’une bonne gestion de vos propres émotions. Il est prudent de vous assurer que vous avez la possibilité de vous mettre en sécurité si jamais l’agression devient trop forte. Veillez aussi à laisser à l’agresseur une possibilité de sortir de la situation. En vous positionnant avec prudence, vous pourrez introduire un obstacle entre l’agresseur et vous, par exemple une table, une voiture, etc. Gardez vos distances, non seulement par souci de sécurité, mais parce que cela aide aussi l’agresseur à se calmer. Il faut éviter de toucher un agresseur de frustration, même pour lui témoigner tendresse et amour. 
La désescalade verbale consiste souvent en peu de mots. Un agresseur qui vient d’exploser a surtout besoin d’exprimer ses émotions, et vous devriez donc plutôt l’encourager non verbalement à parler au lieu de l’interrompre pour pouvoir dire quelque chose. Interrompre l’agresseur, lui donner des bons conseils, lui faire la leçon (« je te l’avais dit »), même dire que vous avez déjà vécu la même chose, ne sont pas de bonnes idées. Quand il y a des moments de silence, vous pouvez répéter ce que vous avez entendu pour montrer que vous écoutez (« donc, si j’ai bien compris, telle chose est arrivée… »), vous pouvez accueillir l’émotion de l’agresseur (« c’est vrai que c’est une situation énervante »), et, si possible, vous pouvez lui donner raison ou éventuellement vous excuser. Toute remarque qui pourrait être interprétée comme remettant en question l’émotion de l’agresseur (« pourquoi tu es tellement fâché ? ») est à éviter. Par contre, tout ce qui signale notre intention de l’aider, tout ce qui lui donne quelque chose (un verre d’eau, la priorité…) soutient l’effort de la désescalade. En bref, vous entrez en contact avec l’agresseur, vous le reconnaissez et l’écoutez avec attention, vous le prenez au sérieux (ne souriez surtout pas !) et vous lui signalez que vous pensez du bien de lui. Si possible, donnez-lui le contrôle sur un aspect de la situation, sans pour autant vous mettre en danger. S’il faut vraiment dire non à un agresseur de frustration, il faut à tout prix respecter sa dignité.

COMMENT POSER SES LIMITES

LA TECHNIQUE DES TROIS PHRASES, RÉCAPITULATIF :
1. Description : décrire le comportement qui nous dérange. 
2. Émotion : exprimer notre ressenti par rapport à ce comportement. 
3. Ordre : faire une demande explicite et concrète. 
Ces trois phrases peuvent être adaptées à n’importe quelle situation. Plus elles sont courtes et claires, plus elles sont efficaces. Par exemple « Tu m’ colles, j’aime pas, recule » est une version minimaliste où il y a tout ce qu’il faut. Les trois phrases peuvent aussi s’avérer très utiles face à quelqu’un qui nie toute agression. Exemple : « Tu dis que je ne devrais pas me sentir mal à l’aise. Je ne me sens pas respectée. Accepte que je sache mieux que toi comment je me sens. » Autre exemple, face à quelqu’un qui fait des monologues : « Vous ne me laissez pas en placer une. Ça me stresse. Écoutez ce que j’ai à dire. » Ou encore, face à quelqu’un qui ne fait pas d’efforts pour s’exprimer de manière compréhensible : « Tu parles par énigmes. Je ne comprends pas. Explique-moi ce que tu veux dire. » Les trois phrases sont d’ailleurs parfaitement combinables avec la technique du disque rayé (voir p. 144) : si l’agresseur n’arrête pas tout de suite, nous répétons les mêmes trois phrases jusqu’à ce qu’il ait compris ou qu’il se lasse.

NE JAMAIS RÉPONDRE AUX APPÂTS COMMUNICATIFS
QUAND TOUT SEMBLE PERDU, NOUS NÉGOCIONS

6. L’AUTODÉFENSE PHYSIQUE

LES OBSTACLES À SURMONTER POUR OSER SE DÉFENDRE PHYSIQUEMENT
LES FEMMES SE CRÉENT UN CORPS DE FEMME
LES FEMMES N’ONT PAS CONFIANCE EN LEUR PROPRE FORCE
LES FEMMES ONT PEUR D’AVOIR MAL
LES FEMMES ONT PEUR DE FAIRE MAL
NOUS AVONS LE DROIT DE NOUS DÉFENDRE
J’AI LE DROIT DE CONNAÎTRE ET DE CROIRE EN MA CAPACITÉ DE ME DÉFENDRE PHYSIQUEMENT
J’AI LE DROIT DE FAIRE DU MAL À QUELQU’UN POUR ME DÉFENDRE
CE QUE DIT VRAIMENT LA LOI SUR LA LÉGITIME DÉFENSE
J’AI LE DROIT DE SURVIVRE
L’AUTODÉFENSE PHYSIQUE, COMMENT ÇA MARCHE ?
PRENDRE NOTRE ESPACE
GARDER L’ÉQUILIBRE
TROUVEZ VOTRE POSITION D’ÉQUILIBRE
LIBÉRER SA VOIX ET CRIER
DÉVELOPPEZ VOTRE RESPIRATION ET VOTRE DÉTERMINATION
NOUS PROTÉGER

LES POINTS VULNÉRABLES
Frapper sur certains endroits est plus efficace que s’attaquer à d’autres – et comment s’y prendre sera expliqué p. 203. Dans le groupe des points vulnérables dits « incapacitants » (qui enlèvent à l’agresseur la capacité de nous agresser), nous trouvons : 
La tempe : cette partie de notre tête se trouve dans le prolongement des yeux, sur les côtés, juste devant les oreilles. Sous la peau se trouvent des artères importantes qui alimentent le cerveau. En frappant dessus, nous provoquons un choc qui peut mener à l’évanouissement. 
Les yeux : un agresseur aveuglé peut moins facilement nous agresser. Frapper les yeux fait très mal et désoriente la personne. Je sais que toute attaque aux yeux suscite beaucoup de réticences chez la plupart d’entre nous. Nous avons en général trop d’empathie avec un agresseur qui, lui, n’en a pas avec nous. Mais nous avons aussi parfois des images irréalistes de la fragilité des yeux : si nous y touchons ne serait-ce qu’un peu, nous nous imaginons que nous allons les crever ou les faire sortir de leur orbite. Rassurez-vous, les yeux sont beaucoup plus tenaces que ça. En cas de danger, ils se ferment automatiquement et la tête se rétracte, par réflexe – ce qui ne veut pas dire que viser les yeux serait inefficace ; c’est juste beaucoup moins sanglant que ce que nous pourrions imaginer. Si vous lui « tapez dans l’œil », l’agresseur verra des étoiles et aura mal pendant un bon moment – assez longtemps pour pouvoir vous enfuir ! 
Les oreilles : peut-être avez-vous déjà entendu parler de la facilité avec laquelle les oreilles se détachent du crâne. Ces histoires sanglantes ne m’intéressent pas, car je ne veux pas collectionner des oreilles – je veux me défendre ! Ce qui est beaucoup plus pratique pour nous se trouve à l’intérieur des oreilles : l’organe de l’équilibre. Si nous frappons sur les oreilles, nous pouvons perturber provisoirement le fonctionnement de cet organe de manière à ce que l’agresseur tombe facilement si nous « l’aidons » un peu. 
Le larynx : j’ai déjà parlé de cette partie fragile de notre cou. Ce qui est fragile chez nous l’est aussi chez l’agresseur. Pousser, ou encore mieux frapper ce cartilage (chez les hommes la pomme d’Adam) coupe la respiration. Sans oxygène, pas d’agression. Seul problème : il y a un risque que le coup casse le cartilage en question. Si c’est le cas, l’air ne passe plus du tout, l’agresseur étouffe et meurt. Certaines situations gravissimes sont cependant assez dangereuses pour légitimer une telle défense… 
Plexus solaire : si vous descendez le doigt sur votre sternum, cet os vertical entre vos seins, jusqu’à sa fin, vous vous trouverez au plexus solaire. Il s’agit d’un petit triangle juste en dessous du point où vos côtes se rejoignent. En dessous, à l’intérieur du torse, se trouvent plusieurs organes ainsi que des nerfs et des artères importantes. Un coup bien placé à cet endroit peut couper la respiration de l’agresseur, voire provoquer l’évanouissement. De toute façon, l’agresseur ne sera pas en état de continuer son agression. Malheureusement, c’est un endroit difficile à trouver car couvert par des vêtements, difficile à viser car petit. Il faudrait très bien connaître le corps humain pour toucher cet endroit si l’agresseur n’est pas torse nu. De plus, des vêtements d’hiver ou des bourrelets peuvent amortir vos coups. Cela fait beaucoup trop de « mais » à mon goût pour vraiment miser sur ce point vulnérable. 
Les testicules : les testicules, nous le savons, sont très sensibles à la douleur. Tellement sensibles qu’un coup bien placé fera s’écrouler l’agresseur à terre, voire lui fera perdre connaissance. Mais le talon d’Achille des hommes est bien caché entre les jambes. Si vous frappez par-devant, vous touchez le pénis, ce qui ne fait pas l’effet recherché. Pour taper en plein dans le mille, il faudrait frapper par-dessous, entre les jambes de l’agresseur. Il faudrait donc déjà être très proche de lui, dans la bonne position. Le problème est aussi que nos genoux sont relativement larges et ne passent pas facilement entre les jambes d’un agresseur. Essayez avec une amie : pour que vous puissiez l’atteindre sans problème d’un coup de genou à l’entrejambe, il faudrait qu’elle se mette devant vous les jambes bien écartées. Or les hommes le savent pertinemment et ne vont donc pas vous faire le cadeau d’écarter les jambes quand ils vous agressent.
Ce que vous pouvez faire par contre, c’est frapper, écraser, pincer les testicules avec les mains, qui passent plus facilement entre les jambes. Mais les testicules ne sont pas si faciles que ça à attraper : ils se trouvent dans un sachet de peau qui leur permet une certaine mobilité. Juste au-dessus, un creux dans le bassin les abrite spontanément si l’on tire sur la peau qui les entoure. C’est pourquoi il faut s’assurer de les empêcher de filer vers le haut, en pinçant les testicules du dessus et en pressant vers le bas, un peu comme quand on trait une vache. Sinon, vous aurez juste de la peau dans la main, avec un agresseur pas content du tout de l’autre côté de cette peau… 
Les genoux : comme toutes les articulations, les genoux sont plus fragiles que les os. C’est seulement le point de contact entre deux os, tenus ensemble par quelques ligaments, des cartilages et de la peau. Pas de muscles ici, et les genoux d’un Schwarzenegger sont donc aussi fragiles que les miens. Ce n’est pas pour rien qu’une grande partie des blessures de sport se localise ici – et la plupart du temps, les gens se les blessent tous seuls, sans aucune influence extérieure ! Vous voyez comme ça peut être facile ! Il ne faut ni beaucoup de force ni une souplesse extraordinaire pour lever notre pied à cette hauteur. Et, une fois le genou cassé, l’agresseur ne pourra plus marcher. 
Les chevilles : autre articulation nécessaire pour se déplacer, la cheville est également fragile – et très intéressante du coup comme point vulnérable. Comme les chevilles se trouvent sur une extrémité, l’effet levier est cependant moins important que pour les genoux et il est donc un peu plus difficile de les casser d’un seul coup. 
En plus de ces points-là, vous pouvez blesser l’agresseur à d’autres endroits pour lui faire mal, gagner du temps et peut-être lui faire comprendre que ce n’est pas une bonne idée de vous agresser. Vous pouvez par exemple lui faire mal au tympan en lui criant dans les oreilles ou avec un bruit très fort (sifflet, alarme personnelle). Lui taper sur le nez cassera son os nasal et le fera saigner. Lui donner un coup de pied dans le tibia, ça fait mal, mais ne casse rien. Frapper ou pincer des muscles tendus, par exemple les quadriceps, est également douloureux. Vous pouvez également écraser le dos du pied de l’agresseur, tordre ou carrément casser de petites articulations comme les doigts, ou encore frapper sur ses côtes flottantes (c’est-à-dire les dernières deux paires de côtes qui ne sont fixées au sternum que par des cartilages). Une autre possibilité est encore d’attraper sa tête par les cheveux et la frapper contre un mur, un meuble, le sol, tout ce que vous pouvez trouver. Autant de manières de sauver votre peau en profitant de la vulnérabilité de l’agresseur.

NOTRE CORPS EST UNE ARME !
SE LIBÉRER
UTILISEZ VOS ÉMOTIONS !
SI VOUS ÊTES À TERRE

UTILISER DES OBJETS COMME ARMES
Voilà une petite liste – non exhaustive : 
– Objets lourds : vous pouvez par exemple pousser une commode devant la porte pour bloquer l’accès à l’agresseur, ou encore faire basculer une étagère, sur l’agresseur lui-même, ou pour lui barrer la route. 
– Objets mi-lourds : grâce à la force mobilisée par l’adrénaline, vous pourrez soulever de petits meubles et les jeter sur l’agresseur. Ce genre d’objets est aussi utile pour casser une vitre afin d’attirer l’attention et pour qu’on entende vos cris « au feu » dans la rue. 
– Objets légers : nous avons tous et toutes le réflexe d’attraper les objets qu’on nous lance – si l’agresseur n’est pas blessé par l’objet que vous lui balancez à la figure, au moins il l’attrapera et aura les mains occupées, pendant que vous pouvez tranquillement lui casser le genou. Même des objets inoffensifs comme une écharpe ou un coussin feront l’affaire. 
– Objets grands : des chaises, de grands cadres et autres vélos peuvent vous servir de bouclier en les tenant entre vous et l’agresseur. Vous pouvez bien sûr aussi les lui jeter sur les pieds et courir vous mettre en sécurité. 
– Objets pointus : nous avons souvent des stylos-bille, clés, limes à ongles, etc. à portée de main, donc pourquoi ne pas les utiliser pour attaquer l’agresseur aux yeux et à la gorge ? D’autres objets sont moins clairement utilisables comme armes : classeurs, boîtes, livres, pochettes de CD, cadres… Mais avec leurs bords ou leurs coins, vous pouvez presser contre la gorge de l’agresseur. 
– Objets avec poignée : non seulement le classique rouleau à pâtisserie, mais toute casserole, sac à main, outil de bricolage peut devenir une arme entre nos mains. Donnez des coups directs plutôt que des coups balayants d’un côté à l’autre, et tenez l’objet à deux mains. 
– Objets chauds ou froids : pourquoi ne pas arroser l’agresseur avec votre café brûlant ou votre limonade avec glaçons ? Ou si vous êtes agressée en faisant la cuisine, n’oubliez pas l’eau ou l’huile bouillantes. 
– Objets agressifs : surtout, en cas d’agression à la maison, nous avons un choix cornélien entre décape-four, eau de javel, poudre à lessiver, insecticide, extincteur, déodorant ou spray pour les cheveux. Vous pouvez en jeter ou en vaporiser dans les yeux de l’agresseur – cela va l’occuper avec lui-même pendant un bon moment. 
– Objets tout petits : de la monnaie, de la terre de vos pots de fleurs, du sable à côté d’un chantier, du piment ou d’autres ingrédients de cuisine en forme de poudre, tout cela bloquera également la vue d’un agresseur. 
– Objets en forme de corde : fouettez l’agresseur comme Zorro, toujours vers son visage. Ou agitez votre objet en lui faisant une sorte de « huit couché » (le symbole de l’infini) devant les yeux pour qu’il ne voie pas venir votre coup de pied. Vous pouvez utiliser des ceintures, des vêtements, des chaînes… 
– Objets en forme de bâton : un balai, un parapluie, une pompe à vélo sont, la plupart du temps fragiles, et les utiliser pour frapper ou bloquer frontalement aurait pour seul effet de les casser. Il vaut mieux prendre un tel objet à deux mains, une main à chaque bout, de sorte qu’un petit bout dépasse les mains de chaque côté. Vous pouvez utiliser ces objets pour dévier un coup avec un mouvement d’essuie-glace. Vous pouvez aussi piquer tout droit vers l’avant sur des points vulnérables ou encore frapper avec le bout le plus court, qui est plus solide. 
Regardez chez vous à la maison, dans vos poches ou dans votre sac tout ce que vous pouvez trouver pour vous défendre. Avec une telle panoplie d’armes potentielles autour de vous, vous n’avez pas besoin de toujours porter sur vous un objet particulier destiné à vous défendre. Il y aura bien quelque chose à portée de main que vous pourrez utiliser à votre avantage. Toutes les idées sont bonnes ! D’autant plus que la défense avec un objet qui est là par hasard cause beaucoup moins de problèmes juridiques pour la légitime défense que si vous portez exprès tel ou tel objet sur vous, même s’il ne s’agit pas d’une arme proprement dite. C’est l’intention qui compte.

QUAND VOUS ÊTES AGRESSÉE AVEC UNE ARME
QUAND IL Y A PLUSIEURS AGRESSEURS

QUAND VOUS ÊTES PLUSIEURS AGRESSÉ/E/S
Au moment même d’une agression, il est trop tard pour se mettre d’accord sur qui fait quoi. Je vous conseille d’évoquer la question avec vos proches en amont : comment réagir si l’on vous agresse ensemble, à la maison ou dans la rue ? Décideriez-vous de fuir ensemble ? Si c’est le cas, il faudra vous donner la main et ne pas vous séparer pour éviter que le ou la plus lent/e ne se retrouve seul/e face à l’agresseur. Vous partageriez-vous plutôt les tâches ? Qui se sent alors la plus apte à chercher de l’aide ? Qui peut plus facilement garder son calme pour parler à l’agresseur ? Qui sait le mieux frapper ? Si vous décidez de vous défendre toutes et tous ensemble, comment vous positionnez-vous pour ne pas vous gêner les un/e/s les autres ? 
Une petite remarque encore à propos de l’alcool et des autres drogues. Ces substances sont un facteur de risque non négligeable dans certains types d’agressions, par exemple la violence sexuelle collective. Ceci parce que ces produits abaissent notre capacité à évaluer correctement un danger, réduisent notre rapidité de réaction, et amoindrissent notre capacité de défense. De plus, certains hommes peuvent prendre excuse de votre état second pour vous agresser. Quatre jeunes hommes sur dix pensent qu’il est acceptable de violer une fille qui est saoule. Donc : si vous voulez consommer des drogues, choisissez bien où, quand et en présence de qui vous le faites. Lors d’une fête, organisez-vous avec des copin/e/s. Si vous pouvez désigner un Sam (« celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas »), un Bob ou une Bobette pour vous reconduire à la maison en sécurité, pourquoi pas aussi désigner une personne dans votre groupe qui reste à jeun et veille à ce qu’il n’arrive pas de mésaventures à ses ami/e/s pendant la soirée ? Car si tout le monde est dans la lune, qui vous entendra crier, qui viendra à votre aide si vous vous défendez contre une agression sexuelle ou autre ? 
Voilà, nous sommes à la fin de ce que je considère essentiel pour l’autodéfense. Comme je vous l’ai déjà dit au début de ce chapitre, pour apprendre à utiliser tous ces trucs et astuces, il ne suffit pas de lire ce livre. Entraînez-vous mentalement pour acquérir des réflexes plus rapides. Participez à un cours d’autodéfense pour pratiquer avec d’autres femmes et apprendre ensemble à sauver votre peau. C’est joyeux et ça donne de la confiance en soi !

VISUALISATION POUR LA DÉFENSE PHYSIQUE

7. APRÈS UNE AGRESSION

VOUS METTRE EN SÉCURITÉ
DES SERVICES QUI PEUVENT VOUS AIDER

8. COMMENT CHOISIR UN COURS D’AUTODÉFENSE ?

QUELQUES CRITÈRES
OÙ TROUVER DES COURS D’AUTODÉFENSE FÉMINISTE ?
REMERCIEMENTS






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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...