jeudi 23 octobre 2014

Grammaire non sexiste




Notre langue porte les prérogatives de la domination masculine dans nos conversations, dans les formulaires de l’administration, dans nos journaux, dans notre boîte aux lettres, dans nos relations quotidiennes.



A ce titre j’apprécie les deux seules mesures politiques qui ont fait mine d’œuvrer dans le sens du progrès :

Ø  le retrait du mademoiselle des formulaires administratifs en 2012, qui apportait une distinction qui n’avait pas lieu d’être. Notez qu’il n’a jamais été question d’interdire l’usage du terme « mademoiselle » dans toute autre situation. Pourtant cela revient à opérer une différenciation non seulement sur le sexe… mais aussi sur l’âge des femmes.

Ø  la possibilité pour les femmes mariées d’être nommées par leur nom, celui de leur naissance, tout simplement, en 2002, ce qui a abolit les « madame Marcel Dupont ». Là, la portée symbolique est inestimable, mais la portée pratique un peu problématique : il a fallu aussi accepter les noms composés à rallonge et le choix qui devient moins évident pour donner un nom à ses enfants (logique, puisque ce n’est plus automatique, les choses se font donc au cas par cas, par décision mutuelle, mots doux, purs et démocratiques à mes oreilles).

Ici, ce n’est pas une discrimination générale de la femme qui est mis en cause, mais son statut marital, qui ne devrait pas, comme pour les hommes, influer sur son statut social. C’est donc une toute petite partie du problème, la plus grosse étant la grammaire elle-même.

Les différents courants de pensée féministes qui se sont penchés sur la question ont dégagé quelques règles de langage non-sexiste (lien wiki, sinon passez lire Genre !).

Ø  La fameuse règle du masculin l’emporte dans les accords, particulièrement vexatoire. La solution proposée : la règle de proximité. On accorde alors les adjectifs avec le plus proche de ses substantifs, et le verbe avec le plus proche de ses sujets.
  

Ø  Les noms qui désignent des humains de manière indéfinie ou des groupes mixtes, où l’on voit que là aussi le masculin l’emporte… comme le mot « Homme » pour désigner un humain, ou plus typiquement encore, les noms de métiers et d’activités de toutes sortes. Ce sont des casse-tête sans nom, parce que l’égratignage de la langue déclenche des passions impressionnantes. Au premier rang des pugilistes, l’Académie Française et toutes les institutions orthographiques les plus sérieuses. Il faut dire qu’il faut inventer des mots féminins (une bandite ? une écrivaine ?), mais aussi des mots masculins (un sage-homme ? un homme de ménage ?), dégager des règles pour que ce soit logique et facile, et puis respecter les sensibilités. Il y a plusieurs solutions avancées :
- Privilégier les mots épicènes, qui peuvent être indifféremment précédés de un ou une : élève, adulte, enfant, archéologue, secrétaire, ministre, juge, esclave... On peut aussi ranger ici les féminins et masculins génériques, où le genre est neutralisé, car ils n’impliquent pas un sexe particulier : une personne.
- Ajouter des –e (féminisation), à chaque fois que ça se justifie… Dans ce domaine, il y a les unionistes (les (musicien-ne-s), les pointillistes (musicien.ne.s) et les parenthésistes (musicien(ne)s), les deux premiers ralliant le plus de suffrages (mon correcteur orthographique n’accepte que le premier). On trouvera également le E majuscule (motivéEs) ou le point médian (motivé·e·s). Là aussi, c’est affaire de symbole avant tout, et ça compte.

Ø  Le pire, c’est encore les pronoms ! Dès qu’il y a foule ou indétermination, le masculin s’impose. Pour eux, on a trouvé les mots trans-sexes : illes / els pour « ils et elles », ceulles / celleux pour « celles et ceux » etc…

Cette sur-règle grammaticale du masculin-l-emporte a deux conséquences : elle invisibilise les femmes et inscrit dans le roc cette autre sur-règle, morale cette fois : le masculin l’emporte.

On peut dire non. En soignant sa grammaire.

Vous allez me dire « c’est lourd », et puis « ça alourdit le texte » et encore « c’est illisible », c’est évident, puisque vous ne l’avez jamais lu. Je suis comme vous et moi : je n’ai pas appris à penser à écrire comme ça ! Je vais devoir reprendre tous les articles de ce blog, je ne sais pas si tu vois…

Pour m'aider, pour t'aider, pour qu'on s'entraide entre nous quoi, ici, pour toi, pour moi, pour nous Le Guide Ultime de la Féminisation ! concocté par le Centre National de la Recherche Scientifique et l'Institut National de Langue Française. Tu peux y aller, c'est 100% Français national (et Scientifique).

Donc hop. On s’y met !

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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...