vendredi 23 mai 2014

Millénium - Les films (2)



LE GENRE : VIOLENT


C’est le mot qui convient le mieux pour décrire ce film, à condition de le prendre dans toute sa richesse, sa polysémie, son homophonie…

C’est son genre d’abord : policier ou thriller.

C’est son thème ensuite : la violence faite aux femmes.

C’est son contenu enfin, et son message : femmes, voici comment se défendre des violences qui viennent des hommes. En deux mots : DÉFENSE et JUSTICE.

La violence est le point central de cette histoire, elle en est quasiment un protagoniste. Elle est traitée sur le mode réaliste. Les moments de violences physiques sont sporadiques, avec des paroxysmes dans chaque opus.


La violence, dans un film, est organisée, correctement ou pas. Elle a forcément une origine, qui lui interdit d’aller dans n’importe quel sens et détermine un rôle à chaque personnage. Le genre auquel se rattache le film est forcément déterminant. Par exemple, dans un film de guerre, on aura des guerriers de camps différents, avec des chefs, des grades etc, ça impliquerait une forme de violence bien déterminée et des relations un minimum prédéfinies.Ici, nous avons affaire à une intrigue de forme policière, avec des victimes, des coupables, des meurtriers, des policiers, on s’attend à une forme de violence plus psychologique, plus intime. Le personnage de Lisbeth, dans ce cadre, pourrait être traité sur le mode de la victime, or, elle a plutôt les caractéristiques d’une proie : le crime est en cours... C’est ce qui la détermine. Lisbeth, 27 ans, 50 kilos, femme, proie. Et c’est ce qui fait également de ce film un thriller.


Dans le premier film, d’Oplev, les scènes les plus marquantes sont une agression dans le métro, puis le viol de Lisbeth par Bjurman. C’est l’évènement déterminant du récit, et son traitement est sans ambiguïté : il n’y a aucun doute possible quant à la culpabilité de l’un (abus de pouvoir, vol, viol), l’absence de consentement de l’autre et la violence de l’acte. Ainsi le débat ne peut-il se déporter sur un « oui-mais-est-ce-qu’un-doigt-ça-compte-vraiment-quand-c’est-un-homme-sans-histoires-qui-le-fait-sur-une-fille-dont-il-n’est-pas-totalement-prouvé-qu’elle-n’était-pas-consentante ? » enfin, vous voyez le genre. Le crime est évident et sera traité comme tel (face à la justice), ce qui n’est absolument pas courant dans la production cinématographique !!

Le film suit quelques schémas du rape and revenge (violences punitives, erreurs judiciaires, « plans nichons »…) tout en s’écartant délibérément de leur expression habituelles à l’écran : il ne faut pas s’y fier.

Lisbeth, c’est un trait peu commun aux héros de films d’action, ne tue pas. Elle se défend et rend coup pour coup. Avec Blomkvist, ils livrent leurs ennemis à la justice et aux médias. On voit plusieurs fois Lisbeth se positionner en tant que dominatrice violente, quoiqu’elle ne cède pas aux mises à mort intempestives. La violence est littéralement canalisée, alors qu’elle est quasi permanente. Pas de meurtres par dizaines, pas d’holocauste de figurants, pas d’occasions de se demander si on va mettre des noirs ou des chinois comme chair à mourir bêtement.

Les « plans nichons »… Cette délicate expression vaut ici son pesant de cacahuètes. Vous avez peut-être l’impression de suivre des séries audacieuses sur Canal+, mais là, il va vous falloir réviser votre jugement ! Le choix de l’actrice, Noomi Rapace, y est juste pour tout. Elle a cet air renfrogné et cette coupe qui ressemble peu à quelque chose, elle est petite, elle est musclée elle est coriace, elle est silencieuse, elle sait utiliser une arme, elle est lesbienne, elle est tatouée et elle a des seins minuscules. Une tronche, un nez, un regard, une façon de bouger, entre l’aigle noir et le cow-boy qui descend de cheval. Ceux qui ont absolument besoin de leurs repères simples diront « androgyne ». En matière de « male gaze », nous aurons droit à son lever du prince, de dos, le tatouage de dragon rendu vivant par ses étirements, ainsi qu’à quelques ébats saphiques. Le spectateur se trouve piégé à son jeu de mateur quand la scène de viol a lieu. C’est un message simple et efficace : les motivations qui poussent l’homme à exposer ou à voir exposé le corps de la femme ne sont pas vraiment innocentes.

ë

TOI AUSSI ESSAIE LA PENSÉE FÉMINISTE !
  
1) Cherche au moins 5 films, de mémoire, dans lequel un viol est montré ou suggéré. Puis pour chaque titre pose-toi les questions : 
 - Est-ce que ce viol est le sujet du film ? 
- Est-il puni ? 
- Si oui comment ?  
2) Que penses-tu de ce que tu as trouvé ?  
3) Trouves-en 5 autres !  
Proposition de correction demain !



Dans le second film, d’Alfredson, on assiste au massacre de deux amis de Lisbeth par le redoutable Niederman, scène que j’ai trouvée éprouvante, mais ce n’est rien à côté de celle qui clôt le film : Lisbeth est abattue à l’arme à feu, avant d’être enterrée vivante. Elle survit et se donne l’occasion de fendre le crâne de son père à la hache. L’énormité de la chose est distillée avec un dosage précautionneux. Le film est par ailleurs ponctué de meurtres, violences qui se trouvent doublées d’une erreur judiciaire puisqu’elles sont mises sur le dos de Lisbeth. Pas de chorégraphies à la Kamel Ouali, pas de corps conçus pour tuer, des jeunes maigres et des vieux cons se foutent sur la gueule comme des bestiaux. Et là, quand je vois Lisbeth se battre, je pense au Krav Maga. Cette méthode de combat enseignée dans l’armée israélienne se résume ainsi : soit tu évites, soit tu atomises. L’idée, c’est de mettre le paquet, faire en sorte que le gars ne se relève pas. Ça joue sur l’instinct primaire de survie, la rapidité, tout en faisant appel au bad one en chacun de nous. Cette technique est aussi utilisée, chez nous, comme méthode d’autodéfense à l’usage des femmes. Lisbeth et plusieurs de ses amis pratiquent la boxe et le kickboxing.



Dans le troisième film, le père est achevé d’une balle dans le crâne, scène suivie d’un suicide. On remarque que ces deux motifs – la balle dans le crâne et le suicide – se trouvaient dans Inception, et combien ils ne produisent pas le même effet. Nolan les invoquait et les multipliait, traitant la mort avec une légèreté qui empêche d’éprouver de l’empathie. Avec Lisbeth, c’est autre chose. On est à fond avec elle. C’est ce qui fait la valeur de ces scènes. C’est avec une véritable terreur que nous appréhendons la rencontre de Lisbeth et Niederman. Quand elle tente de lui échapper, le long du mur, de caisses en caisses, on n’en mène pas large. Elle en vient à bout en le fixant au sol à la clouteuse, par les pieds ! Et putain, comme on se sent joice quand on comprend ce qu’elle a en main, et ce qu’elle va pouvoir faire avec ! Oubliez la bombe lacrymo les filles, adoptez la clouteuse !


Je relis cette dernière phrase. C’est moi ou bien le son d’une autre cloche ?




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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...