lundi 21 avril 2014

Gravity - Alfonso Cuaron (2013)


Voilà, je me suis fait mon idée. Vous vous demandiez si le film Gravity, d’Alfonso Cuaron, sorti en 2013, pouvait être considéré comme « féministe », ou à tout le moins « progressiste » dans sa forme ? Je dirais qu’il en a bien les prétentions, mais qu’à moins de ne rester à un niveau de lecture quasi quantique (une looooongue variation autours du vide, qui se finit par une naissance), le résultat est décevant.
Résumer revient à détailler : l’épaisseur de l’intrigue est à l’image de l’air qui nous entoure, rare. Il n’y a que deux personnages (et un 0 au Bechdel Test) qui nous sont très sommairement présentés car terriblement vides et leur mission reste au niveau de la survie pure et simple.


Alerte femme à la dérive. Ryan Stone, experte en ingénierie médicale à l’équilibre psychologique instable depuis la mort bêtement accidentelle de sa fille de 4 ans, se retrouve missionnée après seulement 6 mois d’entraînement et avoir crashé tous ses Soyouz en simulateur, sur la navette Explorer.
Elle s’appelle Ryan parce que « papa voulait un garçon ». C’est absolument tout ce que l’on sait d’elle.

Qu’elle finisse larguée après une attaque de météorites (pardon : une « réaction en chaîne totale » impliquant des débris « fonçant à la vitesse d’un boulet de canon ») ne nous étonne donc pas.

Les pérégrinations d’un spationaute dans l’espace. La navette Explorer est pulvérisée, leurs collègues morts, la radio ne répond plus et l’oxygène baisse inexorablement. Heureusement, Ryan n’est pas seule, lui est accolé un vieux beau lourdingue vétéran de l’espace qui fait sa dernière mission, qui concourt pour un record du monde de temps de sortie extravéhiculaire dans l’espace (record qu’il gagnera symboliquement) et qui lui insuffle la vie, le Nord, le Sud, les navettes à rejoindre et l’ardent besoin de rentrer à la maison. Il fait preuve en toute occasion à son égard d'un paternalisme et d'une condescendance achevés.

« Suffit de jouer, il faut rentrer à la maison maintenant ! »

Tel est le leitmotiv du film. Elle n’a rien à faire là, mais elle s’en sort bien quand même, grâce à… à… un truc que vous n’avez JAMAIS vu dans les mains d’un astronaute au cinéma… un manuel !!

Plusieurs films spatiaux confrontent des jeunes avec des anciens (je pense à Armageddon par exemple), et bien je n’ai souvenir d’aucun Putain De Manuel dans les mains d’un bleu ! L’incompétence de Ryan et son manque d’assurance sont carrément un fil de tension du film, à tout moment elle peut « planter »… C’est même à se demander si elle ne porte pas la poisse : sur son passage, les incendies se déclenchent, les navettes se pulvérisent et les parachutes s’emberlificotent. Avouez, quand même.

Du coup, le vieux beau gardera le beau rôle même mort ! ce qui arrive à l’issue de la première demi-heure, dans un acte d’héroïsme supra-Clooneysque. Il l’aidera à rentrer dans la Station Spatiale Internationale et lui communique tout ce qu’elle a à savoir pour aller jusqu’à une station chinoise proche.

C’est bien simple : le personnage de Kowalski ne sert qu’à ça, et que Stone fût expérimentée annulerait probablement son existence. A bord de l’ISS, le manuel prend le relais. Et ça recommence : une fois qu’elle a atteint la station chinoise, et arrivée au bout de ses propres limites (elle n’arrive pas à faire démarrer la capsule car elle s’en pense incapable), Kowalski fait alors irruption dans les songes de son étouffement, elle se réveille, ressort son manuel et ça repart.

Suicide, position du fœtus (après un déshabillage d’une grâce et d’un esthétisme inespérés vu le lieu et le moment), filins qui sont autant de cordons ombilicaux, enfilades d’utérus : n’en jetez plus, on a compris !


La scène du strip-tease et du fœtus…

Du fœtus à l’homme debout. Tout ceci est censé illustrer la libération et la renaissance de l’héroïne, renaissance qui passe par une métamorphose, un état de chrysalide très mouvementé pour Ryan Stone, à savoir :

- faire le deuil de sa fille, en demandant à Matt mort de lui transmettre un message rempli de joie de vivre.

- trouver la « confiance en soi »… c’est-à-dire plutôt en sa capacité d’appliquer le manuel et suivre les indications fournies par Matt… Sur les 83 minutes de film, on la voit sûre d’elle (et en même temps souriante) alors qu’elle exécute des gestes auxquels elle n’est qu’à demi préparée pendant moins de 2 minutes.

- retourner à la maison, grâce au coup de pouce de Matt.
Bref, Matt est partout et la fille misère un maximum. Un truc comme « indépendance n’est pas souveraineté », voyez le truc ?

Ryan nage en permanence dans des vêtements trop grands, elle doit faire des choses trop dures et surmonter des dangers trop énormes pour elle. Il est étrange que le dépassement de soi qu’elle devra mettre en œuvre pour survivre lui serve à… rentrer à la maison, et retrouver une existence normale…


Final. Elle a survécu à tout, au vide, au froid, à la suffocation, au feu, à la noyade, et elle est debout ! Pas de gloire prévue, pas d’apothéose dans sa carrière à l’horizon, elle ne deviendra certainement pas astronaute, et d’ailleurs, on se demande depuis le début comment elle l’est devenue… Cet incroyable héroïsme dont elle vient de faire preuve (envoyez un mâle dans l’espace, et dites-moi si ça le ramène sur Terre…), c’est juste pour la remettre sur les rails de la vie, sans autre précision.

 Le film dit et répète « regardez, cette femme s’émancipe », et on la voit s’émanciper très fort, ouhlala, ça fait des étincelles, oui mais, on ne sait pas à quoi elle s’ouvre, on voit juste que c’est pas du gâteau.

Elle est rudement menée pour des prunes, moi, je trouve. Le film ressemble furieusement à une expérience in vitro, où l’on débute l’observation quand le sujet est mis en contact avec un agent pathogène, et où on l’arrête quand on constate un précipité. Cela dit, le film l’annonçait en introduction : la vie n’est pas possible dans l’espace.



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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...