dimanche 3 mars 2013

Regain - Jean Giono

Sûrement mon livre préféré du monde : Regain, de Jean Giono. Il fait partie d’une trilogie, souvent qualifiée de « pastorale », avec Colline et Un de Baumugnes, qui décrivent la vie d’un coin d’Univers battu par les vents, écrasé par la vie. Je voulais le partager avec vous parce qu’il décrit minutieusement le bonheur dans lequel devait s’épanouir la mienne, de vie, mon couple. Je l’ai copié plusieurs fois sur des beaux papiers, des lignes…Je ne peux pas croire que cela ait été vain. Ça marche la magie, Giono nous le dit !

Avec cet extrait d’abord, d’un érotisme quasi chamanique…


Elle a fermé ses doigts sur la main de Panturle. Elle touche la peau qui est comme une écorce avec des verrues et des entailles. Une peau chaude ! Des fois selon ce qu’il dit, le gros index enjambe les petits doigts et les écarte, entre au milieu d’eux et serre. Des fois, c’est le pouce qui appuie là, au creux sensible de la paume comme s’il voulait la crever, et entrer et traverser. Des fois, c’est tous les gros doigts qui serrent toute la petite main.
Ça fait chaud dans tout son corps comme si, d’un coup, l’été avec toutes ses moissons se couchait sur elle.
Il est sous la lune comme sous le canon d’une fontaine. Il a de gros muscles qui font de l’ombre le long de ses bras et sur ses hanches, et à l’épais de ses cuisses. Il a des poils comme des poils de chèvre noire.
Elle écoute : elle entend les coups sourds de son sang qui la foule à grands coups de talon.
Elle porte sa main gauche à travers la nuit pour tâter le beau poignet qui attache sa main droite. Il est noué comme un nœud d’arbre. Il remplit sa main gauche de nerf, de solide chair souple et chaude.
- … je ne sais pas dire… tous ils ont leurs femmes. Cette passion qui lui a pris à la terre… Cette passion ! …

Elle s’approche un peu de l’homme. Elle s’approche sans faire semblant, en se penchant parce qu’elle n’ose pas encore s’approcher bien carrément. C’est de la solide chair souple et chaude, et dure à la fois, ce qu’elle tient à pleines mains, ce poignet d’homme qui l’attache à l’homme, ce poignet qui est un pont par lequel le charroi du désir de l’homme passe dans elle.
Il a senti qu’elle s’approchait ; le nœud de ses mains se serre, la grosse corde du poignet vibre et il la tire vers lui. Elle glisse dans l’herbe et la voilà.
Tous les réseaux de son sang se sont mis à chanter comme la résille des ruisseaux et des rivières de la terre. Elle pose sa tête sur les poils de sa poitrine. Elle entend le cœur et le craquement sourd de ce panier de côtes qui porte le cœur comme un beau fruit sur des feuillages.
Alors, ce poids d’eau qu’elle a sur les épaules et qui est le bras de l’homme se fait lourd. Elle se renverse dans ce bras comme une gerbe de foin et elle se couche dans l’herbe.

C’est, d’abord, un coup de vent aigu et un pleur de ce vent au fond du bois ; le gémissement du ciel, puis une chouette qui s’abat en criant dans l’herbe. Une tourterelle sauvage commence à chanter.
- Voilà l’aube.
Ils disent ça l’un après l’autre sans se regarder : ils ont maintenant de grands corps calmes, des cœurs simples comme des coquelicots.
Là-bas, sous les peupliers, la machine à aiguiser est à l’ancre dans un pré d’herbe tranquille.


Il ramasse ses braies ; le velours est encore gonflé d’eau. Il tord sa chemise, puis il se la noue sur le ventre, puis il met ses souliers. Elle le regarde faire. Elle sait ce qui va arriver : c’est tout simple.
- Viens, dit Panturle, on va à la maison.
Et elle a marché derrière lui dans le sentier.


Je vous livre également ses deux dernières pages, les plus belles pages de livre du monde, et vous comprendrez de quoi je vous parle, de quoi Giono nous parle.



Je prie Pan, et tous ses saints.

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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...