vendredi 29 mars 2013

Alexandrin

J’ai pas poésité depuis des années. La recherche du pied, du ver, de la rime, ça vaut bien une grille de Marc Aussitôt, mais qui me parlerait de moi. Une sorte de casse-tête : allez, vide-la, ta caisse, vide-la de tous ses petits cubes puis remets-les ensemble de manière à ce qu’ils concordent horizontalement, verticalement et en diagonale ! Un carré magique au boyau.
    
J’ai toujours eu un faible pour l’alexandrin. Parce que ceux de Victor ont le don de me faire résonner comme une nef, qu’il a la longueur du souffle et la rondeur de la pensée, qu’il met la rime au carré et donne l’occasion d’apprendre plein de mots compliqués. Avant de le connaître, je croyais déjà tâter de la poésie, j’alignais des phrases que je hachais en vers sans souci de pieds, avec des rimes moyennement riches. J’ai du mal avec les rimes, en fait, des fois ça défigure, je trouve, c’est lourd, c’est annoncé, elle est déjà fade et oubliée quand elle arrive. Je préfère les allitérations intuitives et imprévisibles. Mais bon, on ne fait pas que ce qu’on veut dans la vie. Et puis, a priori, on ne s’affranchit pas de règles qu’on ne connaît pas. Comme dirait l’autre, sans pratique, tout ça n’est rien qu’une sale manie.

Aujourd’hui, cours de poésie. Enfin, juste le B-A-BA, parce que c’est déjà solide et que j’ai mis du temps avant de réussir mes études.

mercredi 27 mars 2013

Dépression : il fera moche demain

Un portrait aujourd’hui. J’aime bien les portraits, on se marre bien. Et puis j’adore les sciences à la noix, ma préférée, c’est l’ethnologie. J’ai fait les paresseux, aujourd’hui : les dépressifs.

J’ai eu une adolescence… dépressive. Ça commençait tout juste. Je découvrais la colère, les cris intérieurs, et le désespoir, ce grand vide. Du coup, j’ai pas mal d’expérience dans le domaine, aujourd’hui !

DÉPRESSIF

Définition. adj.qual. (aussi employé comme nom : le dépressif). La meilleure définition me semble être fournie par une étude par  dérivation (préfixe dé-, qui annule, défait ; radical pression ; suffixe –if, qui adjective le radical et exprime un processus) : qui est sujet à un affaissement de la pression. On utilise le mot « dépression », j’imagine, pour exprimer une idée d’effondrement. Un effondrement sur soi, une implosion très, très lente. Une consomption (version dépressive de la combustion, synonyme d’effacement par désintégration, comme évanescence un peu, joli,  non ?)


mardi 19 mars 2013

Patapoufs et Filifers - André Maurois

Quand j’étais gamine, j’ai lu au moins dix fois tout Tintin, au moins. Ça me faisait voyager. À cheval entre Blake et Mortimer, qui me rebutait tout à fait et Indiana Jones, dont j’étais bien sûr amoureuse. Je n’aimais pas Tintin, d’ailleurs, et encore moins son clebs, non, moi j’aimais bien le Capitaine Haddock.

En grandissant, j’ai remarqué une chose : il n’y a pas de personnages féminins dans Tintin (d’ailleurs, Tintin n’a pas de femme, ni le Capitaine, ni le professeur Tournesol, ni Nestor, ni…bref), à l’exception très notable de l'affreuse Castafiore, sa camériste toujours à deux doigts de se trouver mal, plus quelques figurantes, passantes ou servantes. Hergé était un homme de son époque, allez-vous avoir envie de dire... 

Des mondes sans femmes, on en trouve à la pelle dès qu'on quitte la littérature romantique... tout particulièrement au début du siècle précédent. Tintin, donc, mais aussi, chez Maurois. Filifers et Patapoufs, vous connaissez ? Il s'agit d'une "utopie", enfin, un monde inventé, parce que, un beau bourbier surtout. Une histoire exclusivement de bonhommes, un bordel intégral. Il y a UNE femme dedans c’est la femme du Général Rugifer / de Monsieur Double. Or, cette unique Madame Double/Rugifer (elles sont décrites de la même façon), très brièvement évoquée, apparaît comme une femme aimée de tous, douée certainement d’un caractère de fer et au corps rond, dont son mari est follement amoureux, juste en quelques lignes.

J’adore ce conte… mais il n’est plus édité.
Ce qui fait pleins de raisons de vous le raconter, avec toutes celles que j’ai en tête, plus celles dont je ne me doutais même pas avant de me relire là tout de suite, voyez. Il était une fois…

dimanche 3 mars 2013

Regain - Jean Giono

Sûrement mon livre préféré du monde : Regain, de Jean Giono. Il fait partie d’une trilogie, souvent qualifiée de « pastorale », avec Colline et Un de Baumugnes, qui décrivent la vie d’un coin d’Univers battu par les vents, écrasé par la vie. Je voulais le partager avec vous parce qu’il décrit minutieusement le bonheur dans lequel devait s’épanouir la mienne, de vie, mon couple. Je l’ai copié plusieurs fois sur des beaux papiers, des lignes…Je ne peux pas croire que cela ait été vain. Ça marche la magie, Giono nous le dit !

Avec cet extrait d’abord, d’un érotisme quasi chamanique…


Elle a fermé ses doigts sur la main de Panturle. Elle touche la peau qui est comme une écorce avec des verrues et des entailles. Une peau chaude ! Des fois selon ce qu’il dit, le gros index enjambe les petits doigts et les écarte, entre au milieu d’eux et serre. Des fois, c’est le pouce qui appuie là, au creux sensible de la paume comme s’il voulait la crever, et entrer et traverser. Des fois, c’est tous les gros doigts qui serrent toute la petite main.
Ça fait chaud dans tout son corps comme si, d’un coup, l’été avec toutes ses moissons se couchait sur elle.