jeudi 29 novembre 2012

La gourmandise


(ou Le pâté de sanglier et moi)


Ça a une tronche de pâté de sable raté à la terre, c’est vrai que ça ne présente pas bien, mais dans une assiette à côté d’une feuille de salade, moi je me régale déjà. La consistance est tendre (c’est encore meilleur chaud, votre tranche est luisante de lipides fondues) mais c’est comme le foie gras : ça ne se tartine pas. On appelle ça du pâté à cause de la méthode de fabrication, mais dans ce cas-là, vous mâchez surclassé. Un long feu d’artifice.

mardi 27 novembre 2012

Dessous

J’aime être à l’aise. C’est pour ça que je choisis bien mes escarpins, que je mets des brassières, et des petites culottes en coton.

Oh, j’ai comme tout le monde une panoplie de trucs en synthétique… que j’ai bien de la peine à garder plus de quelques heures. C’est fait pour être enlevé, alors je m’en prive pas. Mais les jours normaux, où je vais gagner le pain de ce jour, ben c’est plus souvent Petit Bateau. Ils en font de très bien.

Sauf que… sauf que les Jules et les maris, ils veulent une femme lascive et désirable, avec des dentelles et des ptits nœuds, et surtout, surtout, les Jules et les maris, ils souffrent trop de voir l’élastique de la petite culotte creuser le fessier conjugal. Les Jules, ils veulent des tangas. Des strings ! Il veulent des couleurs qui ne passent pas à la machine et des textures fermes, c’est comme ça. Ils veulent des trucs qu’on devine mais qui ne dépassent pas en faisant des plis grotesques au-dessus de la ceinture de nos tailles basses, oui.

On achoppe, là, c’est évident. Encore un sujet où on ne sera jamais d’accord. Peut-être que j’ai  de bonnes raisons de mettre des culottes en coton, invariablement blanches, à pois ou à rayures !

dimanche 18 novembre 2012

L'oisiveté




Oisiveté : art de vivre comme un oiseau.


L’oisiveté, mère de tous les vices ?

Sous-entendriez-vous que les gens occupés sont vertueux ?

Pensez-vous vraiment que boire, manger, baiser, soient des vices ? Ne sont-ce pas (j’ai un peu de culture) des imprécations de préchi-prêcheurs pour faire taire, travailler et marcher droit la gueuserie, lancées sur des échines courbées en un temps où la bêtise et l’ignorance, le mépris, la violence faisaient office de cadre de vie ?

Je me marre, je me gausse, je ris tout jaune.

Moi, je vois que ceux qui se sont levés tôt n’ont pas manqué, en effet, de décider que le monde leur appartenait. Qu’ils se sont occupés à tout l’abîmer. Que ces gens-là volent, violent, exploitent, tuent et mentent, et même pour certains, toute la journée !
S’il y avait une poignée de péchés à absolument retenir, pour moi, ce serait ceux-là. Quant aux vices…

Rendons plus subtil le débat : je pense que ça n’a pas d’heure pour se lever, la connerie. Ça n’a pas de couleur, d’odeur, de parti, de religion, de travail ou de mœurs particulières, ça peut tout simplement arriver à tout le monde. Par contre, il faut reconnaître une chose à la feignasse, à celui qui ne se presse pas et celle qui prend son temps : ils font deux fois moins de conneries, au total, parce que plus, ça les fatiguerait.

En ce qui me concerne, de toute façon, c’est un peu différent. Je ne suis pas oisive, je suis hyperactive dans ma tête. C’est pour ça qu’écrire est une de mes principales activités (et en plus, heureuse coïncidence : je peux le faire au lit !)

samedi 10 novembre 2012

Des hordes d'arbres - Vénus Khoury-Ghata

Des hordes d'arbres aux noms imprononçables se déversaient sur nos faubourgs
Au déclin des saisons
Entraient en collision avec les nôtres devenus herbeux à force de méditation
Humilis au pied bot drapé dans manteau emprunté au loup
Quercus aux tympans percés par oiseaux récriminateurs
Oléastre noir des sécrétions des cimetières
Nous les attendions avec bâtons haches et chiens mangeurs d'écorce
Nos veuves les pourchassaient de leurs aboiements
La lune leur lançait son trop plein de pierres et d'étincelles
Ils repartaient sans avoir écarté le sillon d'amour d'une seule rose
Sans avoir touché la nuque velue d'un seul chèvrefeuille
Ou montré les blessures de leurs genoux au hêtre guérisseur
Reculaient jusqu'au fleuve où vider leurs poches remplies de hannetons

vendredi 9 novembre 2012

Raoul Vaneigem


« Une société qui n’a d’autre réponse à la misère
que le clientélisme, la charité et la combine
est une société mafieuse »


Mon apolitisme est notoire, je me cantonne à une philosophie de vie qui fait aussi bien l’affaire quand il s’agit d’ouvrir ma gueule, moi aussi. Depuis toujours, la vie politique française ne m’évoque que navrance, mais depuis quelques mois, je m’attache à répondre aux questions auxquelles il faut bien répondre, tout de même.



Ce petit texte qui suit, daté de 1995, résume l’évolution et le fond de ma pensée. Il n’apporte pas de solution pratique en ces lignes, mais l’ouvrage dont il est extrait est destiné à appeler à une réforme… de l’école. Tout se jouera dans l’éducation, parce que ce qu’il faut combattre, ce sont nos habitudes, nos vilaines habitudes de petits blancs occidentaux. Vaneigem conjure chacun de nous à la raison : vivons curieux, vivons forts, vivons, surtout, comme nous l’entendons, ne laissons rien ni personne nous dicter notre conduite, qui doit être le fruit d’une réflexion sur notre bien-être, un choix logique dans un monde vivant, fragile et délicieux.

vendredi 2 novembre 2012

La Princesse au Petit Pois


Un conte traditionnel que je sers partout où je passe. Parce que je l'aime bien. Voilà tout. Bonne lecture !


Il y avait une fois un prince qui voulait épouser une princesse, mais une vraie princesse, une parfaitement véritable princesse. Il avait parcouru le monde en tous sens pour trouver une fiancée qui répondît à ses vœux, mais il n’y avait pas réussi. Il y avait toujours quelque chose ; un je-ne-sais-quoi qui n’allait pas. Pourtant, des princesses, ce n’était pas ce qui manquait de par le monde, on en trouvait à chaque pas ; mais comment savoir si c’étaient de vraies, véritables princesses ? Il manquait toujours une preuve irréfutable.

Il rentra donc au palais de son père, déconfit et bien triste, et désirant toujours ardemment dénicher sa princesse véritable.

Un soir se déchaîna un horrible mauvais temps, on eut dit que tous les diables s’étaient mis en frais. Il tonnait, il ventait, il pleuvait à ne pas mettre un chien dehors. Tout à coup, on entendit frapper à la porte et le vieux roi alla ouvrir.

Devant la porte, se tenait une princesse. Mais dans quel état ! La pluie lui coulait du nez jusqu’aux pieds et passait au travers de ses chaussures, ses cheveux étaient tout collés et pendaient, sa jupe était trempée ! Un vrai désastre ! Et elle affirmait être une véritable princesse !

La vieille reine ne dit mot, mais pensa en elle-même :
« Bien ! Bien ! Nous allons voir… »

Elle alla préparer une chambre, sortit du lit tous les matelas et tous  les édredons et posa au fond un tout petit petit pois. Puis elle remit dessus vingt matelas et vingt édredons en duvet d’eider. Elle appela la princesse et la fit coucher.

Le lendemain matin, ils lui demandèrent comment elle avait dormi.

La princesse poussa de gros soupirs et gémit :
« Affreusement mal ! Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit ! Dieu sait ce qu’il y avait dans ce lit ! Je ressentais sous moi quelque chose de si dur que j’en ai le corps couvert de bosses et de bleus ! »

A ces mots, ils reconnurent qu’elle était, véritablement et sûrement, une vraie princesse, puisque à travers vingt matelas et vingt édredons, elle avait senti le petit pois.

Aussi le prince a prit immédiatement pour femme. Quant au petit pois, ils l’exposèrent avec le trésor royal et vous pouvez l’y voir si vous en avez envie.

Et sachez bien que mon histoire est une véritablement vraie histoire, qui est véritablement arrivée.