mardi 3 avril 2007

Aménorrhée


J’ai tellement mal aux seins… Au réveil, ils sont tendus comme fruits trop mûres, au bord de la gerçure. Ça tiraille, ils sont lourds, gonflés, énormes. Pour la première fois de ma vie, mes décolletés ressemblent à des décolletés. Petite compensation.

Dans mon ventre, c’est chamboulé. Ca tire là, ça gargouille ici. Je mange pour deux, déjà, la balance s’affole. Le ventre, poigné.

Et dans ma tête ? Je me suis dit d’abord : « Non, pas possible ». Les mains qui tremblent. Et puis, la tête, tellement contente. Elle galope, elle jugeotte, elle tourne et retourne la chose, la bougeotte des neurones, ils disent « la valse des émotions ».

Je me suis fait un café. J’ai sorti la ptite boite violette, au fond de l’armoire de la salle de bain.

J’ai bu mon café.

Deux petites barres.

Depuis, je n’aime plus le café, je mange des champignons au thon, un œuf à la coque avec ses deux mouillettes en me levant. Du fromage. Plus de clopes. Ça me fait tourner la tête, envie de vomir. Pas moyen d’avaler un avocat.

L’utérus mou, ça surprend. Je jouis tellement vite ! Mais mollement. Il ne me sent presque plus autours de lui. Envie, 24 heures sur 24. Plus de sommeil, ou alors si, la journée. Dormir, dormir, dormir. Sieste à 16 heures. Je m’éteins à 22 heures. M’éveille comme une pile à 6 heures. Je traîne, je ne sais pas si je suis molle, ou sereine. Le temps traîne, lui aussi, le réveil, l’horloge, tournent au ralenti. Je m’impatiente. Deviens hautaine, dans ces moments-là, il paraît. Dormir…

Dans l’appareil, la dame me sort un chiffre, supérieur à 7000. J’ai l’impression d’être malade, tous ces mots durs qu’ils utilisent, tous ces gens qui vont être habillés en blanc et qui vont porter des gants, toutes ces sensations pas si agréables, et tous ces conseils qu’on te prodigue. Tous les risques qu’il y a. Et puis de l’autre côté, toutes ces idées qui galopent dans la tête, toute cette joie qui vient d’en bas, du fond, du creux, tous ces sourires que je ferais si je ne voulais pas seulement, dormir…

L’unité de temps, dans ces cas-là, est une drôle de chose. Vous ne pouvez pas connaître les gars. Un nom pareil, ça crisse désagréablement, et en même temps, ça t’impressionne. Nous ne sommes qu’un tas d’hormones, de chair, et de réactions chimico-automatiques. Je suis un corps, fait pour une seule chose, finalement… L’unité de temps dans ces cas-là, disais-je, est le nombre de jours d’aménorrhée.

C’est un nom vraiment pas beau, pour une chose aussi belle. J’en suis à 7 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. Je suis enceinte. Pour faire encore plus beau et plus simple : j’attends un enfant. Avec impatience, plaisir, et remous.

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Volu, je t'aime bien mais j'aimerais ajouter quelque chose à tout ça...